Code Animal au séminaire international ICAP : quand 60 ONG européennes se retroussent les manches

Il y a des rendez-vous qu’on ne manque pas. Le séminaire organisé par Convergence Animaux Politique les 16 et 17 avril à Paris en faisait clairement partie. Code Animal était présent, et on en est revenus avec beaucoup à raconter.

Pendant deux jours, 60 organisations de protection animale issues de 12 pays européens (Allemagne, Pays-Bas, Grèce, Italie, Espagne, Slovaquie, et bien d’autres) se sont retrouvées pour une chose simple mais essentielle : parler franchement de la situation, et réfléchir ensemble à comment avancer. Autour de la table : la SPA, L214, la Fondation Brigitte Bardot, PETA, CIWF, Eurogroup for Animals, Anima International, Essere Animali, Albert Schweitzer Foundation… Un panorama assez impressionnant du mouvement animalier européen, réuni dans un même lieu avec un même objectif.

Pourquoi ce séminaire tombait à pic

Soyons directs : la cause animale traverse une période difficile en Europe. Ce n’est pas un ressenti, c’est un constat partagé par l’ensemble des participants. Les avancées législatives se font rares, les reculs s’accumulent (le déclassement du statut de protection du loup en est l’exemple le plus symbolique) et le contexte politique général n’aide pas. La montée des partis d’extrêmes droites dans plusieurs États membres, les pressions des lobbies agricoles sur la Commission européenne, les crises successives qui repoussent la protection animale au bas des priorités politiques… Tout cela dessine un tableau qui n’est pas franchement réjouissant.

Mais c’est justement dans ces moments-là qu’il faut se retrouver, analyser ce qui se passe, et construire des réponses collectives plutôt que de rester chacun dans son coin. C’était tout l’enjeu de ces deux journées.

Photo credit : FairShot

La première journée : dire les choses telles qu’elles sont

Le jeudi a démarré avec une table ronde réunissant six responsables de plaidoyer parmi les plus expérimentés du mouvement européen : Eurogroup for Animals, CIWF, Humane World for Animals, Sentience Suisse, Stichting Bont voor Dieren, et CAP. Trois heures d’échanges articulées autour d’un fil conducteur : pourquoi est-ce qu’on recule, et qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

Ce qui a frappé, c’est la lucidité des intervenants. Personne n’est venu avec des formules toutes faites. Le constat est sévère : les ONG n’ont pas toujours su anticiper les crises, le mouvement reste trop fragmenté, et le soutien de l’opinion publique (pourtant réel dans les sondages) ne se traduit pas suffisamment dans les urnes ni dans les comportements de consommation. C’est inconfortable à entendre, mais c’est nécessaire.

À partir de là, les discussions ont glissé vers les solutions. Comment faire entendre la protection animale dans un contexte où les gouvernements pensent avant tout compétitivité et souveraineté alimentaire ? Comment parler aux élus conservateurs sans perdre son âme ni sa crédibilité ? Comment articuler les actions menées au niveau national avec les dynamiques européennes ? Des questions complexes, sans réponses simples, mais qui ont commencé à trouver des pistes lors des ateliers du lendemain.

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La deuxième journée : apprendre des victoires des uns pour nourrir les combats des autres

Le vendredi a pris un tour plus concret, et franchement plus stimulant. Plusieurs organisations ont pris le temps de partager en détail des campagnes qu’elles ont menées, et gagnées. Ce format « retour d’expérience » est rare dans notre secteur, et c’est dommage, parce que c’est là qu’on apprend le plus.

Anima International a raconté comment ils ont finalement réussi à faire interdire l’élevage de fourrure en Pologne en 2025, après quatorze ans de combat et sept tentatives législatives. Quatorze ans. Ce seul chiffre dit quelque chose sur la réalité du travail de plaidoyer, loin des victoires rapides qu’on imagine parfois de l’extérieur. Ce qui a fait la différence au final : une présence parlementaire constante, une stratégie rigoureusement transpartisane, et la capacité à saisir une fenêtre d’opportunité politique au bon moment, en l’occurrence, un contexte où la guerre en Ukraine avait fragilisé l’image d’une industrie aux liens étroits avec la Russie.

En Suède, une coalition a réussi à bloquer une tentative du gouvernement de supprimer le droit des vaches laitières au pâturage. Leur force : avoir construit un message ancré dans la culture et l’identité suédoise, en réunissant des ONG animalières, des associations environnementales et des organisations de consommateurs. Défendre la vache qui broute dans le pré, c’est défendre un certain paysage, un certain rapport à la nature, ça parle à beaucoup plus de monde que le seul argument du bien-être animal.

Aux Pays-Bas, la Coalition TAPP a travaillé à rendre politiquement acceptable l’idée d’une taxe sur la viande, un sujet hautement sensible. Leur astuce : ne jamais parler de « taxe » mais de « prix juste », et s’assurer que les recettes générées bénéficient aussi aux agriculteurs et aux ménages modestes. Résultat : une campagne qui a débordé les frontières néerlandaises et inspiré des mesures au Danemark.

En Espagne, AnimaNaturalis a présenté la campagne « No es mi cultura », une initiative législative populaire visant à retirer à la tauromachie son statut de patrimoine culturel. Ce qui retient l’attention ici, c’est la méthode : utiliser les outils institutionnels existants pour donner une légitimité démocratique à une revendication, et s’attaquer frontalement au récit dominant selon lequel la corrida serait un patrimoine unanimement partagé.

Enfin, Cruelty Free International a présenté la RAT list : un inventaire des tests sur les animaux encore pratiqués malgré l’existence d’alternatives. Un outil simple dans le principe, mais redoutablement efficace pour cibler les réformes possibles et rendre visibles des pratiques que personne ne souhaite défendre publiquement.

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Ce qu’on retient de ces deux jours

Il serait exagéré de dire qu’on est repartis avec des certitudes. Mais on est repartis avec quelque chose de précieux : le sentiment d’appartenir à un mouvement qui réfléchit, qui s’adapte, qui ne baisse pas les bras. Les discussions sur la stratégie à adopter face à la montée des partis d’extrême droite : faut-il dialoguer ? refuser tout contact ? trouver une troisième voie au cas par cas ?, ont montré que personne n’a la réponse définitive, et que c’est peut-être ça la bonne nouvelle : on est sortis du dogme pour entrer dans le pragmatisme.

Code Animal est ressorti de ces deux journées avec de nouveaux contacts, de nouvelles idées, et une conviction renforcée : la coopération européenne entre organisations, c’est non seulement utile, c’est indispensable. Les animaux n’ont pas de frontières. Nos combats non plus.

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