Les zoos mettent en avant leur rôle dans la conservation de la biodiversité. Pourtant, les chiffres montrent que leur contribution financière reste marginale (environ 1,25 % de leur chiffre d’affaires, soit 5 millions d’euros par an en France), très loin des 4,7 milliards investis par l’État. Derrière une communication valorisante, les zoos apparaissent davantage comme des intermédiaires financés par le public que comme des acteurs structurants de la conservation.
Pour légitimer leur existence aux yeux du public, les zoos mettent en avant leur engagement en faveur de la conservation. Cette mission figure bien dans la réglementation — Directive zoo et arrêté du 25 mars 2004 — mais de manière suffisamment vague pour laisser une large marge d’interprétation. Concrètement, elle peut aller du simple échange de données à un soutien financier plus tangible. Tous les établissements ne s’y engagent donc pas avec la même intensité.
Une contribution limitée
Les zoos membres de l’EAZA (Association Européenne des Zoos et Aquariums) et de l’AFdPZ (Association Française des Parcs Zoologiques) participent davantage au financement de la conservation et de la recherche que les établissements non affiliés.
Selon l’AFdPZ, cette contribution atteint environ 5 millions d’euros par an1. Rapporté au chiffre d’affaires global du secteur — estimé à 400 millions d’euros2 — cela représente environ 1,25 %.
Dans les faits, plusieurs grands zoos français affichent un objectif d’environ 1 % de leur chiffre d’affaires consacré à la conservation. Ce niveau n’est toutefois pas une obligation formelle des instances professionnelles comme l’EAZA ou l’AFdPZ, qui imposent des engagements qualitatifs mais pas de seuil financier minimal.
Le ZooParc de Beauval, par exemple, avec plus de 110 millions d’euros de chiffre d’affaires, consacre environ 1 % à la conservation3 via son association Beauval Nature, soit à lui seul près d’un cinquième des contributions nationales.
Une communication en décalage
Ces 5 millions d’euros ne sont pas négligeables, mais ils doivent être remis en perspective.
Le décalage est frappant entre la promesse — le zoo présenté comme une arche de Noé moderne — et la réalité économique — une entreprise de loisirs.
Car derrière les discours, la conservation ne représente qu’une faible part des revenus, alors même qu’elle est souvent mise en avant comme l’ADN des établissements.
En pratique, financer ce 1 % est relativement simple : il suffit d’ajuster légèrement le prix des billets. Les hausses observées ces dernières années sont significatives :
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- Beauval : de 22 € en 2010 à 42 € en 2026
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- La Palmyre : de 12 € en 2005 à 20 € en 2025
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- Amnéville : de 26 € en 2010 à 36 € en 2026
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- La Flèche : de 19 € en 2010 à 28 € en 2026
Au final, la part réellement affectée à la conservation représente souvent quelques dizaines de centimes par billet. Certains établissements l’assument clairement, comme le zoo de Mulhouse, qui annonce 1 € dédié à ces programmes.
Dans ces conditions, les zoos apparaissent moins comme des financeurs directs que comme des intermédiaires collectant une contribution auprès du public. Ce mécanisme n’est pas problématique en soi — mais il pourrait tout aussi bien être appliqué à d’autres activités de loisirs ou de consommation. Cela ne suffit pas à en faire des acteurs centraux de la conservation.
Les véritables actions de terrain restent majoritairement portées par des organisations à but non lucratif, « in situ ».
Des priorités d’investissement révélatrices
Le contraste devient encore plus net lorsqu’on compare ces montants aux investissements réalisés par les zoos eux-mêmes.
Le ZooParc de Beauval a investi 40 millions d’euros dans le Dôme Équatorial (2020)4, 14 millions dans une volière (2023) et plus de 60 millions dans son offre hôtelière5.
Le zoo d’Amnéville a consacré jusqu’à 20 millions d’euros à Tiger World, un projet qui a contribué à fragiliser sa situation financière6.
Le zoo de La Flèche investit chaque année 2 à 3 millions d’euros, principalement dans l’hébergement haut de gamme.
Le PAL a engagé environ 16 millions d’euros pour un complexe hôtelier, en plus d’investissements réguliers dans ses attractions.
Quant au Parc zoologique de Paris, sa rénovation complète a atteint 200 millions d’euros7.
Face à ces montants, les 5 millions d’euros annuels consacrés à la conservation par l’ensemble des zoos français apparaissent modestes.
À titre de comparaison, le seul Dôme de Beauval équivaut à huit années de contributions nationales à la conservation et la rénovation du zoo de Paris à quarante ans !
Ces chiffres illustrent une priorité claire : la croissance, l’attractivité et la rentabilité.
Pourtant la conservation, elle, reste souvent un argument moral valorisant.
Le rôle déterminant de l’État
La baisse de la TVA de 10 % à 5,5 % en 20178 a renforcé ce déséquilibre.
Elle a généré environ 18 millions d’euros supplémentaires pour le secteur, dont seulement 3 à 5 millions ont été orientés vers la conservation.
Autrement dit, à peine 14 centimes par euro ont été consacrés à cette mission, le reste étant absorbé par le fonctionnement et le développement des parcs.
Au total, la conservation ne représente qu’environ 27 % du gain fiscal obtenu.
Dans les faits, ce sont donc largement les finances publiques — et donc les contribuables — qui soutiennent indirectement ces actions, les zoos jouant un rôle d’intermédiaires.
Un rapport de force sans équivoque
Le discours des zoos tend à les présenter comme les « derniers remparts » de la biodiversité. Pourtant, les chiffres publics racontent une autre histoire.
Pour 2024-2025, l’État français consacre près de 4,7 milliards d’euros9 à la biodiversité. L’Office français de la biodiversité reçoit à lui seul plus de 584 millions d’euros10, tandis que les parcs nationaux bénéficient d’environ 75 millions d’euros par an11.
Face à ces montants, les 5 millions d’euros versés par les zoos représentent environ 0,11 % des dépenses publiques.
La différence de rôle est structurelle :
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- L’État finance la conservation de fond (aires protégées, restauration des milieux, police de l’environnement).
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- Les zoos financent des actions ciblées, visibles et souvent médiatiques.
L’argument de la conservation « ex situ »
Les responsables de zoos avancent que la conservation ne se limite pas aux financements externes et inclut le coût d’entretien des animaux en captivité.
Mais cette approche entretient une confusion. Un animal très attractif pour le public — comme un tigre blanc — peut coûter aussi cher qu’une espèce réellement menacée, sans pour autant présenter un intérêt conservatoire majeur voir aller à l’encontre de la conservation.
Assimiler ces dépenses de fonctionnement à de la conservation relève alors d’un glissement sémantique.
Conclusion
L’idée selon laquelle les zoos seraient les principaux financeurs de la conservation repose sur un mythe comptable.
En réalité, les principaux contributeurs sont les citoyens, via le budget de l’État.
Les zoos apparaissent davantage comme des intermédiaires du financement, intégrés à une logique économique de loisirs.
Ils peuvent jouer un rôle utile, notamment dans certains programmes spécifiques, mais ils ne constituent ni le moteur économique, ni le pilier structurel de la protection de la biodiversité, à l’échelle nationale comme internationale.
Sources :
2Les données consolidées de chiffre d’affaires du secteur ne sont pas publiées par les instances professionnelles et reposent sur des estimations issues d’études de marché.
4 Dossier de presse Beauval / Mon Séjour à Beauval
5 Rapports d’activités / Les Zoos dans le Monde
6 Républicain Lorrain / Rapport de redressement judiciaire

