Le commerce légal d’animaux sauvages est-il une solution pour leur survie ?

On en parlait dans un précédent article sur les animaux sauvages en voie d’extinction : le commerce légal d’animaux sauvages est presque tout autant destructeur que le commerce illégal, car il en favorise la demande et n’est quasiment pas juridiquement sanctionné. Aujourd’hui, la crise sanitaire liée au covid19 semble remettre en question ce commerce d’animaux sauvages, notamment pour des questions éthiques et de santé publique. En effet, le fait d’importer des espèces du monde entier profite à la multiplication de potentielles maladies et virus pour l’humain.

source : Unsplash

L’incontrôlable progression du commerce légal

Tous les ans, ce sont des millions d’espèces, animales ou végétales, qui sont commercialisées et transportées d’un pays à un autre pour répondre à la demande croissante. En effet, cette demande se retrouve surtout au niveau des dits animaux de compagnie mais également de tous les produits dérivés des animaux sauvages, tels que des produits de luxe, la viande ou des médicaments.

Certaines personnes affirment qu’élever dans des dermes ces animaux tout en les commercialisant légalement par la suite, est bénéfique pour leur survie et leur conservation. Un autre argument en faveur de l’élevage des animaux sauvages est qu’ à force, le braconnage et le trafic illégal deviendraient non rentables et diminueraient au fur et à mesure. Ces arguments sont toujours remis en question par des chercheurs et cette question est toujours débattue.

Source : NouvelObs.com

De nombreuses entreprises ont vu le jour avec différentes finalités de commercialisation : animaux pour les attractions touristiques, médicaments, trophées, viande, os, bile ou toute autre partie du corps de ces animaux. Ces entreprises sont lucratives et se peuvent se faire passer pour des entreprises axées sur la survie de la faune sauvage, et semblent à l’abri des sanctions juridiques par rapport au commerce illégal. En effet, il est toujours plus facile de vendre quelque chose lorsqu’on y affiche une étiquette morale et qu’il n’existe que très peu de contrôles.

Avec une origine dite légale, le consommateur se sent rassuré de connaître la provenance du produit sur le marché. Leur consommation est considérée comme étant plus acceptable comme il s’agit d’un commerce légal, et c’est pourquoi la demande peut augmenter et entraîner petit à petit la diminution du nombre de ces espèces.

Mais sans pédagogie en parallèle pour sensibiliser les consommateurs sur l’impact réel du commerce de la faune sauvage, il semble peu probable que la demande diminue réellement.

Source : IFAW

Le fléau des fermes d’animaux sauvages

Lorsque qu’on parle de ferme, il nous vient tout de suite à l’esprit nos fermes traditionnelles françaises avec les animaux domestiques : bovins, moutons, porcs. Dans les pays étrangers, ce sont d’autres types de ferme. En Chine par exemple, ce sont des fermes de tigres, et en Afrique, ce sont les fermes de lions.

Les animaux sont capturés dans la nature ou élevés en captivité, puis vendus sur les marchés, dans les restaurants et même sur la toile en ligne. Ils sont également souvent exploités pour la fabrication de remèdes traditionnels ; les os de lion importés d’Afrique du Sud sont devenus un substitut aux os de tigre de plus en plus difficiles à se procurer.

Source : WorldAnimalProtection.ca

Il faut également penser aux conditions dans lesquelles ces animaux sont enfermés et traités. Les lions et les tigres, sont souvent sous-nourris, car il faut simplement les maintenir en vie le temps « de prendre ce qu’il faut ». On les attrape, on les fait se reproduire, on les nourrit et on les abat ou on les commercialise, mort ou vivant. Ce ne sont pas des élevages classiques de conservation de l’espèce où les animaux sont protégés et réintroduits par la suite dans leur habitat naturel. Bien au contraire, une fois arrivés ou nés dans ces fermes, leur vie se termine ici. On est clairement ici sur de l’élevage intensif.

A titre d’exemple de fermes, prenons les ours. Afin de prélever la bile plus facilement sur ces derniers, leur abdomen reste ouvert pendant des années. Les plaies sont donc à l’air libre, laissant apparaître les bactéries, et laissant mourir l’ours jusqu’à ce que le suivant prenne sa place. Ces fermes sont des nids à bactéries, à virus, et à des maladies zoonotiques dangereuses.

Source : Pixabay

En effet, depuis qu’il a été émis l’hypothèse qu’une injection contenant de la bile d’ours était recommandée comme traitement contre le coronavirus par la médecine traditionnelle chinoise, son commerce a connu une croissance explosive. Les intérêts commerciaux liés aux fermes à ours ont fait pression sur le gouvernement pour écarter les alternatives à base de plantes et les remplacer par de la bile d’ours. Malheureusement, le gouvernement a cédé en autorisant de grandes entreprises pharmaceutiques à consolider les petites fermes à ours plutôt que de les interdire. 

Source : Natura-Sciences.com 

De plus, contrairement à ce que ces « éleveurs » laissent penser, ces fermes favorisent le braconnage d’animaux dans la nature, notamment par les habitants modestes, prêts à prendre des risques pour gagner leur vie, surtout face à des réglementations insuffisantes. Les éleveurs ne sont pas tenus d’enregistrer ou de divulguer leurs activités et les autorités sont trop peu équipées pour surveiller et réguler ce commerce d’animaux, qui se développe beaucoup trop rapidement pour être stoppé (source ONG TRAFFIC).

Évidemment, il y a aussi des organisations criminelles bien dotées et disposant d’actifs dans chaque partie de la chaîne d’approvisionnement internationale, qui utilisent ces fermes d’élevage légales pour blanchir des animaux capturés illégalement ou braconnés dans la nature vers des marchés légitimes. 

A titre indicatif, il y a plus de 200 fermes de tigres en Chine, détenant environ 7 000 tigres ; soit une population en captivité plus élevée que celle à l’état sauvage.  Le tigre est un animal assez recherché car « rien ne se perd » : sa peau pour la fourrure, sa viande pour son goût ou encore ses os pour ses prétendues vertus. Une peau de tigre peut se vendre jusqu’à 100 000 dollars sur le marché.

Source : Code animal

La politique des gouvernements étrangers

Malheureusement la plupart des gouvernements étrangers ont connaissance de ce problème et de cette industrie grandissante, mais restent inactifs face à ce dilemme de taille. La Chine représente un acteur majeur de l’exportation locale d’animaux, et est bien connue pour être un des pays les plus importants en matière de commerce d’animaux sauvages. L’Europe et les USA sont également dans le classement.

En Afrique du Sud, le « game farm », des élevages d’animaux existe avec l’unique but de les chasser pour offrir des trophées de qualité aux participants.

Source : FondationBrigitteBardot

Cependant quelques actions peuvent venir à l’aide des animaux. Le gouvernement vietnamien a récemment annoncé l’interdiction du commerce, illégal, d’animaux sauvages aux fins de la consommation de leur viande, notamment après avoir appris que l’épidémie de COVID-19 était probablement due à la consommation d’animaux sauvages en Chine. Malheureusement, aucune action n’est engagée pour lutter contre le commerce légal, qui va ainsi d’autant plus se développer et entraîner l’extinction douloureuse de certaines espèces. Hong Honk a également annoncé que le trafic faunique serait sanctionné plus lourdement.

De son côté, l’Organisation Mondiale de la Santé souhaite une interdiction mondiale de la vente d’animaux sauvages sur les marchés, mais en attendant que cela puisse être possible, elle demande une amélioration des règles d’hygiène et d’assainissement sur ces marchés traditionnels. Il faut une réglementation permettant de contrôler l’élevage et la vente d’animaux sauvages sur ces marchés.

Source : Unsplash

Selon une étude sud-africaine menée en 2016, il y aurait cinq points conduisant à faire du commerce légal de la faune sauvage une véritable conservation de cette dernière : ne pas utiliser les populations sauvages pour le repeuplement, les consommateurs ne doivent pas préférer les animaux capturés dans la nature, les produits vendus sont suffisamment abordables pour ne pas se tourner vers le marché noir, ne pas utiliser ce commerce légal pour blanchir des produits illégaux, et il faut répondre à une part substantielle de la demande sans que celle-ci n’augmente.

Concrètement, ces cinq conditions sont quasiment impossibles à réunir, ce qui fait que le commerce légal ne peut être une méthode efficace pour protéger la faune sauvage et être une réelle solution de survie des espèces.

Source : Pixabay

Le rôle de la France

Dans un rapport paru cette année à l’occasion de la journée mondiale des animaux sauvages, il a été révélé que la France est un des acteurs majeurs dans le commerce légal d’espèces sauvages au sein de l’Union Européenne, tant comme marché final que comme zone de transit.

La France se classe parmi les trois premiers pays importateurs d’espèces sauvages en Europe. Entre 2008 et 2017, plus de 28 millions d’espèces ont été importées sur son territoire, avec principalement des reptiles, coraux, plantes et sangsues.

Source : L’express.fr

Elle est également le premier pays (ré)exportateur d’espèces CITES de l’Union Européenne. La CITES contrôle et réglemente le commerce international des spécimens des espèces inscrites à ses annexes. Toute importation, exportation, réexportation ou introduction en provenance de la mer de spécimens des espèces couvertes par la Convention doit être autorisée dans le cadre d’un système de permis.

Depuis 1978, la France fait partie de cette convention CITES, et elle a la responsabilité de veiller à ce que le commerce d’espèces sauvages soit durable, légal et traçable. La France se positionne comme pays d’origine dans le commerce d’espèces CITES. Avec ses douze territoires d’outre-mer dispersés un peu partout sur le globe, en passant par les zones tropicales des trois grands océans, elle abrite une diversité biologique énorme. Entre 2008 et 2017, 45 millions de spécimens ont été directement exportés depuis la France, où avaient la France pour pays d’origine.

La France joue un rôle commercial clé, notamment du fait de l’importance de ses grandes industries utilisant des espèces sauvages sur son territoire, mais également par sa position géographique centrale, avec l’un des plus grands aéroports d’Europe : l’aéroport Paris-Charles De Gaulle.

Source : Pixabay

En bref, le COVID-19 serait la conséquence directe du commerce d’animaux sauvages. Le risque de maladies infectieuses peut se retrouver à chaque maillon de ce commerce, et pour prévenir de futures pandémies, Code Animal souhaiterait idéalement mettre un terme au commerce d’animaux, peu importe sa finalité. Ceci est d’autant plus vrai que le commerce légal permet simplement de cacher une triste réalité : il n’y a aucune conservation des espèces sauvages, mais simplement une extinction masquée de ces espèces, non sanctionnée et financière. De plus, derrière le commerce légal se cache bien trop souvent le commerce illégal.

Un autre débat serait celui des zoos : sont-ils un symbole de captivité ou de protection des animaux sauvages ? Est-ce que tous les zoos ont un but unique de conservation des espèces ou plutôt un objectif financier ?

Anthony GIRAUDON

Source : Pixabay

 

SOURCES :

DAILYMAVERICK.CO.ZA

QUATRE-PATTES.CH

IFAW.ORG

WWF.FR

WILANG.ORG

CITES.ORG