Du 5 au 7 avril 2026, la France a accueilli à Lyon le premier sommet international visant à accélérer la mise en œuvre de l’approche « Une seule santé ». Pour Code Animal, cette mobilisation mondiale est une opportunité historique de placer le respect de la vie sauvage au sommet de l’agenda sanitaire international.
Le principe « Une seule santé » : de quoi parle-t-on ?
L’approche « Une seule santé » (ou One Health) part d’un constat scientifique établi : la santé humaine, la santé animale et l’état des écosystèmes sont profondément interdépendants. Selon l’Organisation mondiale de la santé, près de 60 % des maladies infectieuses connues chez l’humain sont d’origine zoonotique, c’est-à-dire transmises par des animaux. Cette proportion monte à 75 % pour les maladies infectieuses émergentes, parmi lesquelles le VIH, Ebola ou encore le Covid-19.
L’idée centrale est donc que traiter ces enjeux de manière cloisonnée, la médecine humaine d’un côté, la santé vétérinaire de l’autre, l’environnement ailleurs, ne permet pas de répondre efficacement aux risques sanitaires actuels.
One Health promeut à l’inverse une approche intégrée, croisant les disciplines et les échelles d’action, du local au mondial.
Photo credit : Unsplash
Un sommet sous le signe de l’urgence globale
Réunissant chefs d’État, scientifiques et organisations internationales, le « One Health Summit » de Lyon a marqué une rupture avec les simples déclarations d’intention. L’objectif était clair : transformer les preuves scientifiques en politiques publiques concrètes pour prévenir les prochaines crises sanitaires, climatiques et environnementales.
Les travaux se sont articulés autour de quatre piliers majeurs :
- La lutte contre l’antibiorésistance : Une menace mondiale exacerbée par les pratiques d’élevage industriel.
- La surveillance des réservoirs zoonotiques : Mieux comprendre et détecter les agents pathogènes chez les animaux sauvages et les insectes vecteurs.
- Les systèmes alimentaires durables : Repenser notre consommation pour réduire la pression sur les écosystèmes.
- L’impact des pollutions : Notamment les perturbateurs endocriniens et les PFAS qui dégradent la santé de tout le vivant.
Photo credit : INRAE
Le regard de Code Animal : Pas de « One Health » sans liberté sauvage
Si Code Animal salue l’initiative, nous rappelons que l’approche « One Health » ne peut être purement utilitariste. On ne peut protéger la santé humaine en se contentant de « surveiller » la faune sauvage comme un simple réservoir de virus.
L’approche One Health repose sur un constat documenté : la majorité des maladies infectieuses émergentes chez l’humain sont d’origine animale. La réduction des interfaces entre espèces sauvages et populations humaines est donc identifiée comme un levier préventif central.
Cela inclut notamment la question de la détention d’espèces sauvages à des fins commerciales ou de loisir. Plus les contacts entre animaux issus de milieux différents sont fréquents, que ce soit en captivité, dans le commerce d’animaux exotiques ou via la destruction des habitats naturels, plus les risques de transmission de pathogènes augmentent.
La liste positive : un outil législatif concret
C’est dans ce contexte que le principe de liste positive, porté par Code Animal et inscrit dans la législation française par la Loi de novembre 2021, prend tout son sens. Ce mécanisme inverse la logique jusqu’alors en vigueur : plutôt que d’interdire au cas par cas les espèces problématiques, seules les espèces explicitement autorisées peuvent désormais être détenues comme animaux de compagnie.
Ce changement de paradigme juridique répond directement aux recommandations de l’approche One Health en limitant la détention d’espèces sauvages et donc les risques de transmission zoonotique associés.
Code Animal travaille actuellement avec le ministère compétent à l’élaboration des décrets d’application, étape indispensable pour que le texte produise des effets concrets sur le terrain.
Photo credit : Unsplash
Notre prise de position collective : quand les actes contredisent les discours
En amont du sommet, Code Animal a cosigné avec des dizaines d’organisations une tribune publiée dans Libération le 5 avril 2026, intitulée « Santé et biodiversité : sous l’étendard du One Health Summit, la dangereuse inertie des pouvoirs publics ». Le texte souligne que l’ambition affichée du sommet (faire de l’approche « Une seule santé » une boussole pour les politiques publiques) se heurte à une réalité alarmante : en France comme en Europe, les décisions récentes contredisent frontalement ces objectifs.
Les signataires pointent notamment la loi Duplomb, soutenue par les lobbies agro-industriels, qui lève des limites à l’extension des élevages intensifs, ainsi que les offensives européennes visant à démanteler des normes sanitaires et environnementales.
Pour Code Animal, cette tribune illustre une conviction centrale : les engagements pris lors d’un sommet international n’ont de valeur que s’ils se traduisent en politiques cohérentes au quotidien.
Lien vers la tribune
Photo credit : Unsplash
Conclusion
Le sommet de Lyon marque une étape dans la reconnaissance institutionnelle des liens entre biodiversité, bien-être animal et santé publique. La mise en œuvre effective des engagements pris, en France comme à l’international, constituera le véritable indicateur de ce tournant annoncé. Pour Code Animal, la liste positive représente une contribution législative tangible à cet objectif, dont l’application pratique reste aujourd’hui la priorité.
À retenir
- Le One Health Summit de Lyon (avril 2026) vise à traduire l’approche « Une seule santé » en politiques publiques concrètes.
- La réduction des contacts entre espèces sauvages et humains est identifiée comme un levier préventif majeur contre les zoonoses.
- Le principe de liste positive, porté par Code Animal et inscrit dans la loi française, s’inscrit directement dans cette logique.
- Code Animal collabore avec le ministère pour l’élaboration des décrets d’application.
Photo credit : Unsplash
Sources
Photo couverture Copyright: Philemon HENRY
Council on Foreign Relations. (2023, 13 février). The global governance of emerging zoonotic diseases. https://www.cfr.org/report/global-governance-emerging-zoonotic-diseases
Organisation mondiale de la santé. (2020, 29 juillet). Zoonoses. https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/zoonoses
Gouvernement Français. (2026, 3 avril). Qu’est-ce que le « One Health Summit » ? Info.gouv.fr. https://www.info.gouv.fr/actualite/qu-est-ce-que-le-one-health-summit
International Institute for Sustainable Development (IISD). (2023, 24 octobre). France Convenes Summit to Accelerate Implementation of One Health Approach. SDG Knowledge Hub. https://sdg.iisd.org/news/france-convenes-summit-to-accelerate-implementation-of-one-health-approach/
Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. (2026, 17 avril). The One Health Summit: A comprehensive approach to meet the health challenges of the 21st century. France ONU. https://onu.delegfrance.org/the-one-health-summit-a-comprehensive-approach-to-meet-the-health-challenges-of
Ministère de la Santé et de la Prévention. (2026, 7 avril). ONE HEALTH SUMMIT : Santé-environnement : la France change d’échelle avec une stratégie nationale fondée sur « Une seule santé ». Sante.gouv.fr. https://sante.gouv.fr/actualites-presse/presse/communiques-de-presse/article/one-health-summit-sante-environnement-la-france-change-d-echelle-avec-une
Code Animal et al. (2026, 5 avril). Santé et biodiversité : sous l’étendard du One Health Summit, la dangereuse inertie des pouvoirs publics. Libération. https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/sante-et-biodiversite-sous-letendard-du-one-health-summit-la-dangereuse-inertie-des-pouvoirs-publics-20260405_7HGJIGP6HBGFTL7IWASGLRNHI4/

