Après plus de cinquante ans d’existence, le parc zoologique de Fréjus va fermer définitivement ses portes. Cette décision marque la fin d’un établissement qui accueillait environ 450 animaux de nombreuses espèces, des lémuriens aux hippopotames, en passant par les tigres, les chimpanzés ou encore les flamants.
Pour Code Animal, cette fermeture constitue une avancée importante. Depuis plusieurs années, notre association alertait sur les conditions de détention de certains animaux et sur la nécessité de faire évoluer ce modèle. Mais si la fermeture est une bonne nouvelle, elle soulève désormais une question essentielle : que vont devenir tous ces animaux ?
Photo crédit : enquete Code animal
Une fermeture liée au devenir du terrain, pas des animaux
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le propriétaire du zoo n’a pas choisi de mettre fin à son activité.
Le parc zoologique est installé sur des terrains appartenant à la Ville de Fréjus. En revanche, les animaux sont la propriété de la société exploitante du zoo, dirigée par Habib Nafati.
La municipalité a décidé de récupérer ces terrains afin d’y développer un nouveau quartier comprenant des logements, des équipements publics et des espaces verts. Le zoo doit donc quitter les lieux.
Cette distinction est importante : la ville récupère le terrain, mais pas les animaux.
Les quelque 450 animaux restent la propriété de l’exploitant, qui doit désormais organiser leur transfert vers d’autres établissements autorisés. Selon les informations communiquées, l’objectif est de limiter autant que possible les déplacements et de privilégier des structures situées dans la région lorsque cela est envisageable.
Pour autant, ce travail représente un véritable défi. Chaque animal possède des besoins spécifiques liés à son espèce, son âge, son état de santé ou encore à son groupe social. Tous ne pourront pas rejoindre les mêmes types de structures.
Photo crédit : enquete Code animal
À qui appartiennent les animaux d’un zoo ?
Cette situation amène souvent une interrogation du grand public : pourquoi la Ville ne décide-t-elle pas d’envoyer tous les animaux dans des sanctuaires ?
La réponse est juridique.
Les terrains appartiennent à la commune, mais les animaux appartiennent à l’exploitant du zoo. Celui-ci reste responsable de leur devenir et organise leur transfert en lien avec les services de l’État.
Même si le Code civil reconnaît désormais les animaux comme des êtres vivants doués de sensibilité, ils demeurent juridiquement la propriété de leur détenteur. Une collectivité ne peut donc pas décider unilatéralement de leur destination.
Dans la pratique, les animaux pourront être transférés vers d’autres zoos, intégrés à des programmes d’élevage, ou, lorsque cela est possible, rejoindre des refuges ou des sanctuaires spécialisés, la solution préférée de notre association. Malheureusement, ces derniers disposent encore de capacités d’accueil limitées.
Photo crédit : enquete Code animal
Une fermeture attendue depuis plusieurs années
Pour Code Animal, cette annonce intervient après de nombreuses années de mobilisation.
En 2019, notre association avait réalisé une enquête approfondie sur le parc zoologique de Fréjus. Ce travail mettait en évidence de nombreux manquements concernant les installations, le bien-être animal et le respect des exigences fixées par la réglementation applicable aux établissements zoologiques. À l’issue de cette enquête, Code Animal avait déposé plainte contre le zoo.
Nos enquêteurs avaient notamment relevé :
- des enclos insuffisamment adaptés aux besoins biologiques de plusieurs espèces ;
- un manque d’enrichissement permettant aux animaux d’exprimer leurs comportements naturels ;
- des animaux ne pouvant pas toujours s’isoler du regard permanent du public ;
- des comportements stéréotypés, signes reconnus d’un mal-être chronique chez les animaux captifs ;
- une mission de conservation peu démontrée au regard des objectifs attendus d’un zoo moderne.
Parmi les situations les plus préoccupantes figurait celle de Gina, l’éléphante d’Asie. Détenue seule après le départ du mâle Kim vers un sanctuaire en 2018, elle présentait des comportements de balancement répétés, largement décrits dans la littérature scientifique comme des indicateurs de souffrance chronique chez les éléphants captifs. Notre enquête soulignait également l’absence d’aménagements répondant pleinement aux besoins comportementaux de cette espèce hautement sociale.
Malgré quelques améliorations apportées au fil des années, notre conclusion était claire : sans restructuration profonde, l’établissement ne pouvait répondre durablement aux exigences actuelles en matière de bien-être animal.
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Photo crédit : enquete Code animal
Une bonne nouvelle… qui ne règle pas tout
La fermeture du zoo est une étape importante, mais elle ne signifie pas que les animaux retrouveront tous une vie plus adaptée.
Pour beaucoup d’entre eux, le scénario le plus probable reste un transfert vers un autre parc zoologique. Les places disponibles dans les sanctuaires européens sont limités.
Chaque fermeture de zoo pose donc la même question : où accueillir les animaux lorsque les refuges sont insuffisamment nombreux ?
C’est précisément ce défi que Code Animal porte aujourd’hui auprès des décideurs politiques. Nous appelons à anticiper davantage les évolutions de notre société et leurs conséquences sur les animaux sauvages captifs.
Les zoos commerciaux reposent sur un modèle économique où la présentation d’animaux au public constitue le cœur de l’activité. Lorsque ces établissements ferment, rencontrent des difficultés économiques ou doivent s’adapter à de nouveaux enjeux (qu’il s’agisse de l’évolution des attentes sociétales, des contraintes foncières ou des conséquences du changement climatique), ce sont les animaux qui subissent les premiers les effets de ces transitions.
C’est pourquoi nous défendons le développement de refuges et de sanctuaires capables d’anticiper ces situations, afin que les animaux ne soient plus les variables d’ajustement d’un modèle devenu de plus en plus fragile.
Photo crédit : enquete Code animal
Du zoo au refuge : construire les solutions de demain
« Tant que nous n’anticiperons pas la reconversion des zoos, chaque fermeture restera une urgence pour les animaux. » L’équipe de Code animal
La situation de Fréjus illustre parfaitement pourquoi Code Animal porte depuis plusieurs années une réflexion sur l’avenir des établissements zoologiques.
À l’occasion des élections municipales de 2026, notre association a lancé la campagne « Du zoo au refuge », qui propose aux collectivités de préparer progressivement la transformation des zoos en refuges pour animaux sauvages.
L’objectif n’est pas de fermer des établissements du jour au lendemain sans solution. Au contraire, il s’agit d’anticiper ces transitions afin que les animaux issus de fermetures, de saisies, de trafics ou d’abandons puissent être accueillis dans des structures adaptées, sans reproduction commerciale ni acquisition de nouveaux animaux destinés à être exposés au public.
Fréjus démontre que cette réflexion n’est plus théorique. Lorsqu’un zoo ferme, des centaines d’animaux doivent être relogés. Aujourd’hui, faute d’alternatives suffisantes, ils sont le plus souvent redistribués entre d’autres zoos.
Développer des refuges spécialisés permettrait d’offrir une véritable alternative et d’accompagner la transformation progressive des établissements zoologiques vers des missions de protection plutôt que d’exposition.
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Photo crédit : enquete Code animal
Code Animal restera mobilisée
Notre association suivra avec attention le devenir de chacun des animaux du zoo de Fréjus.
Nous espérons que les transferts seront réalisés dans les meilleures conditions possibles, en limitant le stress lié aux transports, en préservant les groupes sociaux lorsque cela est possible et en privilégiant les structures offrant les meilleures garanties de bien-être.
La fermeture du zoo de Fréjus constitue une étape importante dans l’évolution de notre rapport aux animaux sauvages captifs. Elle rappelle également qu’il est indispensable de préparer dès aujourd’hui les solutions d’accueil de demain.
Parce qu’une fermeture ne doit jamais être une fin en soi, mais le début d’une vie meilleure pour les animaux.
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