VERS LA FIN DE LA CHASSE AUX TROPHÉES EN AFRIQUE DU SUD ?

En mai dernier, l’Afrique du Sud annonçait son intention de mettre fin à l’élevage de lions en captivité pour la chasse aux trophées ou à des fins touristiques. Une interdiction qui, selon la ministre sud-africaine Barbara Creecy, concernerait également les éléphants, les rhinocéros et les léopards.

Dans les années 80, l’Afrique du Sud devenait une destination prisée des touristes en mal d’exotisme, désireux, par exemple, de passer quelques heures à caresser – et/ou chasser, c’est selon – des lions, moyennant des dizaines de milliers de dollars. Officiellement née d’une volonté de lutter contre le braconnage et le commerce illégal de trophées de chasse, la « chasse en boîte » (ou « canned hunting » en anglais), permettait surtout aux vacanciers fortunés d’éviter de patienter jusqu’à la fin d’un safari, parfois long de plusieurs semaines, pour abattre leurs proies. Cette forme de chasse fait également le bonheur des chasseurs inexpérimentés qui peuvent ainsi atteindre leur cible bien plus facilement au sein d’un enclos qu’en pleine nature, les félins étant parfois drogués pour maximiser leurs chances.

Entre 2008 et 2018, l’Afrique du Sud a ainsi exporté un millier de trophées par an vers les Etats-Unis, l’Europe, la Russie ou encore la Chine.

Photo credit : Pixabay

Ainsi, derrière le bel étendard de la conservation de l’espèce, se cache en réalité un commerce des plus florissants, reposant sur un système bien rodé. En effet, les touristes n’hésitent pas à dépenser sans compter pour séjourner dans des résidences de luxe, aux côtés de lionceaux qu’ils peuvent nourrir au biberon, câliner des heures durant et voir grandir au fil de leurs escapades en Jeep. Lorsqu’ils atteignent l’âge de 3 ans, les félins sont ensuite revendus à des fermes d’élevage – l’Afrique du Sud en compte plus de 300 – dans lesquelles ils sont retenus en captivité dans le but d’être chassés.

Ainsi, ce business très lucratif repose non seulement sur les revenus liés aux frais de séjour et de trophées, mais aussi sur la revente des carcasses des lions, et en particulier de leurs os, très prisés en Asie du Sud-Est pour des raisons pseudo-médicinales.

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Pour autant, même si le caractère urgent de rétablir un certain équilibre afin de préserver l’espèce apparaît évident, le projet de loi sud-africain semble reposer sur un tout autre critère : l’image. En effet, ces dernières années, de nombreuses campagnes visant à éveiller les consciences et à interdire l’importation des trophées liés à la chasse aux lions élevés en captivité ont pris de l’ampleur, notamment aux Etats-Unis et en Europe. Ainsi, comme l’indique habilement la ministre sud-africaine, cette industrie nuit à la fois à la conservation de l’espèce et à la réputation touristique du pays. Par ailleurs, si le projet est voté, il ne concernera pas la chasse dite « légale et encadrée d’espèces emblématiques permise par le cadre réglementaire ».

Le nombre de lions élevés – et donc tués – dans ces conditions est estimé entre 8 000 et 12 000. Or, à l’état sauvage, il n’en reste plus que 3 500 en Afrique du Sud, soit 3 fois moins. De plus, sur les 21 zones officiellement protégées que compte le continent africain, seule une infime partie leur sert en réalité d’habitat, les moyens financiers et humains déployés à l’heure actuelle étant encore largement insuffisants.

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Par ailleurs, pour l’UICN (l’Union pour la conservation de la nature), le lion d’Afrique fait désormais partie des espèces menacées, vulnérables et en déclin. En effet, leur population a diminué de moitié en l’espace de 25 ans. En cause, le braconnage, la réduction de leur territoire de chasse, les conflits avec les hommes liés à  l’élevage de bétail, et bien sûr, la chasse aux trophées et le tourisme.

Il existe pourtant des solutions concrètes pour ralentir, voire enrayer, ce triste dessein, la plus efficace étant d’impliquer directement les communautés dans le processus de préservation de l’espèce. Par exemple, certains gouvernements africains ont mis en place des systèmes permettant de récompenser les populations en cas d’augmentation du nombre de lions dans la région concernée, les incitant ainsi à protéger les félins. D’autres programmes d’indemnisation prévoient aussi d’aider les éleveurs à compenser la perte de leur bétail suite à des attaques.

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Quoi qu’il advienne du projet de loi sud-africain, il convient de se rappeler que l’élevage en captivité et la chasse en enclos qui en découle ne concernent pas uniquement les lions, ni même les animaux sauvages, et qu’il ne s’agit pas non plus d’une spécificité africaine ou asiatique. En France, il existe quelque 1 300 enclos de ce genre, pouvant détenir jusqu’à 100 000 animaux, allant des sangliers aux cerfs, en passant par les animaux dits “de gibier”. A titre d’exemple, ce sont 19 millions de perdrix et faisans qui sont ainsi élevés en captivité et abattus par des chasseurs chaque année. Voir la campagne de l’ASPAS à ce sujet.

Julie Guinebaud

Sources :

https://www.cnews.fr/monde/2021-05-04/lafrique-du-sud-veut-interdire-lelevage-de-lions-destines-la-chasse-1077807

https://leseclaireurs.canalplus.com/articles/decouvrir/bonne-nouvelle-l-afrique-du-sud-va-mettre-fin-a-l-elevage-des-lions-pour-la-chasse?tl=fr?tl=fr

https://www.gov.za/speeches/minister-barbara-creecy-release-report-high-level-2-may-2021-0000?fbclid=IwAR2ExzBvwanw-D15vsWAQXjLuXCgN9xvNRSdcDRe30axcp4GCANSPFXfqsU

https://www.quatre-pattes.ch/campagnes-themes/themes/aide-grands-felins/la-chasse-aux-trophees-tuer-un-animal-pour-le-sport-ou-le-plaisir