Trafic d’espèces sauvages : l’État muscle son action, la liste positive enfin en vue !

Une vidéo largement partagée ces derniers jours sur les réseaux sociaux a remis en lumière un phénomène que trop peu de gens imaginent à cette échelle : le trafic d’animaux sauvages. Reptiles, oiseaux exotiques, primates, ivoire… derrière des annonces anodines postées sur des sites de petites annonces ou des réseaux sociaux se cache un commerce illégal tentaculaire, estimé à près de 20 milliards de dollars par an dans le monde.

Bonne nouvelle : le gouvernement français vient d’annoncer un ensemble de mesures pour y faire face, et un dossier attendu depuis près de cinq ans — la fameuse liste positive — pourrait enfin voir le jour d’ici la fin de l’année. On vous explique tout.

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Un trafic mondial, massif, et largement sous-estimé

L’ampleur du phénomène a de quoi surprendre. Selon un rapport d’information remis en septembre 2025 par le sénateur Guillaume Chevrollier au nom de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable, le trafic d’espèces sauvages touche plus de 160 pays et concerne au moins 4 000 espèces animales et végétales, dont 3 250 figurent à l’annexe de la convention CITES. Entre 2015 et 2021, plus de 13 millions de saisies ont été recensées dans le monde, pour un volume total estimé à plus de 16 000 tonnes. La France, elle, n’est pas épargnée : le pays est identifié comme une véritable plaque tournante, à la fois pays de départ, d’arrivée et de transit, notamment via l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle, où au moins 270 tonnes de viande d’espèces sauvages seraient importées illégalement chaque année.

Au-delà des chiffres, le rapport pointe un risque encore largement méconnu : celui pour la santé humaine et animale. Le rapporteur rappelle que 70 % des maladies émergentes proviennent de la faune sauvage — VIH, Ebola, variole du singe — et que l’origine zoonotique du Covid-19 est elle aussi suspectée. Ce trafic se combine en outre à d’autres formes de criminalité organisée, alors même que les profits qu’il génère sont élevés et les risques encourus par les trafiquants relativement faibles comparés à d’autres activités illégales. Un cocktail qui explique pourquoi ce commerce continue de prospérer malgré les instruments juridiques internationaux existants.

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Ce que le gouvernement a annoncé le 27 août 2026

En déplacement à l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle, Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la Transition écologique, a présenté un plan pour intensifier la lutte contre la criminalité environnementale, aussi bien aux frontières que sur internet. Ce plan s’inscrit dans la continuité des priorités fixées par le Premier ministre Sébastien Lecornu en matière de bien-être animal, annoncées fin juillet.

Concrètement, plusieurs mesures ont été détaillées :

  • Un groupe de travail interministériel élargi : jusqu’ici centré sur la viande de brousse, il couvrira désormais l’ensemble des trafics d’espèces sauvages, animaux vivants comme spécimens relevant de la convention CITES.
  • Une priorité nationale de contrôle, avec une mobilisation coordonnée de la gendarmerie, de l’Office français de la biodiversité (OFB) et des douanes.
  • Une mission d’inspection dédiée au commerce en ligne, pour repérer plus vite les annonces illégales sur les plateformes numériques et accélérer leur retrait.
  • Un plan d’action sur l’ivoire, avec un contrôle renforcé de la légalité des ventes et un dispositif permettant aux particuliers de se dessaisir volontairement de pièces litigieuses.
  • Cinq pôles CITES spécialisés, pour harmoniser le traitement des quelque 160 000 dossiers CITES instruits chaque année en France et renforcer l’expertise des contrôles.

Le ministre a également confirmé qu’un décret fixant les critères de la « liste positive » — qui encadre la détention d’animaux non domestiques — serait publié sous trois mois, tout comme un durcissement des critères d’attribution des permis d’importation de trophées de chasse.

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La liste positive, une victoire attendue depuis cinq ans

Le principe de la liste positive est inscrit dans la loi depuis novembre 2021, mais son décret d’application n’a jamais vu le jour, malgré plusieurs échéances promises puis repoussées.

Le principe est simple : au lieu d’autoriser la détention de n’importe quel animal sauvage sauf exception, la liste positive fixe une liste fermée d’espèces qui peuvent être détenues comme animaux de compagnie ou commercialisées. Tout animal qui n’y figure pas ne peut, par définition, ni être détenu ni être vendu. La liste peut évoluer avec les connaissances scientifiques, mais elle pose un principe clair de précaution, aussi bien pour le bien-être des animaux que pour la santé publique (zoonoses) et la biodiversité.

Cette mesure est, depuis l’origine, la campagne portée par notre association : c’est Code Animal qui a proposé l’inscription de la liste positive dans la loi de 2021 contre la maltraitance animale, et qui n’a cessé, depuis, de porter ce sujet auprès des pouvoirs publics (auditions à l’Assemblée nationale, rencontres ministérielles, mobilisation citoyenne, coordination avec des ONG partenaires en France et en Europe).

Le fait que le gouvernement fasse aujourd’hui de la liste positive un chantier prioritaire est donc une reconnaissance directe de cette mobilisation de longue haleine. Tant que le décret n’est pas publié au Journal officiel, rien n’est acquis : Code Animal reste pleinement mobilisée pour que cette réforme aboutisse enfin, après plusieurs échéances déjà non tenues (fin 2023, puis début 2024).

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Pourquoi cela nous concerne tous

Le trafic d’espèces sauvages n’est pas un problème lointain. Il se joue aussi devant nos écrans, sur les sites de petites annonces et les réseaux sociaux, où la vente d’animaux exotiques a explosé ces dernières années. Chaque animal exotique acheté sans y penser peut, sans le savoir, alimenter une filière qui vide des écosystèmes entiers, favorise la propagation de maladies et fait souffrir des animaux mal adaptés à la captivité.

En donnant enfin un cadre clair — la liste positive — et en renforçant les contrôles aux frontières et en ligne, l’État envoie un signal fort. Mais la vigilance citoyenne reste essentielle : ne jamais acheter un animal sauvage sans connaître précisément son origine, signaler les annonces suspectes, et soutenir les associations qui portent ce combat depuis des années.

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Sources

Chevrollier, G. (2025). Trafic d’espèces sauvages : un risque sous-estimé, une action indispensable (Rapport d’information n° 903, 2024‑2025). Sénat, Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable. https://www.senat.fr/rap/r24-903/r24-903.html

Code Animal. (2026, 29 juillet). La Liste Positive : un chantier prioritaire enfin reconnu par le Gouvernement. https://www.code-animal.com/la-liste-positive-un-chantier-prioritaire-enfin-reconnu-par-le-gouvernement/

Ministère de la Transition écologique. (2026, 27 août). Communiqué de presse – Lutte contre les trafics d’espèces sauvages : Mathieu Lefèvre annonce le renforcement de l’action de l’État aux frontières et dans l’espace numérique. https://www.ecologie.gouv.fr/presse/communique-presse-lutte-contre-trafics-despeces-sauvages-mathieu-lefevre-annonce