Réaction / Annonce de l’arrêt du spectacle de TigerWold au zoo d’Amnéville

Le 17 novembre 2020, le zoo d’Amnéville annonce (enfin !) la fin de son spectacle avec les tigres “TigerWorld”. La nouvelle provient d’un communiqué sur le profil facebook du Zoo.

Petit historique rapide

Mars 1985, le lancement. Créer un zoo, Michel Louis en rêvait depuis son plus jeune âge. Mais il aura fallu une rencontre décisive avec le maire d’Amnéville, pour que ce projet nourri depuis longtemps se concrétise enfin. L’élu lui propose cinq hectares dans le bois de Coulange. Michel Louis, qui a le soutien du directeur du zoo de La Palmyre, à Royan, dit banco. Appuyé par sa banque et le Crédit coopératif, il investit alors trois millions de francs. « Sans le moindre argent public », tient-il à préciser.

28 juin 1986, l’inauguration. Quinze mois après les premiers coups de pioche, le zoo d’Amnéville ouvre enfin ses portes au public.
« Il n’y avait alors que 200 animaux », se remémore Michel Louis. Si ses dimensions peuvent paraître réduites par rapport à aujourd’hui – cinq hectares contre dix-huit –, c’était le plus grand zoo jamais créé dans la région. Zoo à cheval sur Amnéville et Hagondange.

Le zoo est alors dirigé par Michel Louis, son fondateur, et Jean-Marc Vichard, directeur adjoint. Mais ce dernier décède en 2011, laissant Michel Louis seul aux commandes.

1990, Le créateur du zoo, Michel Louis, obtient un certificat de capacité permettant au parc de régulariser sa situation administrative.

Tiger World

2013 – Tiger World est l’un des doux rêves de Michel Louis, allier le cirque et le zoo. Quinze sur dix-huit tigres. Ce sont des tigres de Sibérie, du Bengale, ainsi que des tigres blancs. Ils ont tous moins d’un an. Trois sont nés à Amnéville, de couples présentés au zoo. Les autres viennent de différents zoos et cirques d’Europe. Le Tiger World, nouvelle « attraction » chiffrée à 14 millions d’euros ((Le Républicain Lorrain, 21/07/2013), se veut « unique au monde » et se présente comme un « hommage » aux grands fauves. Le Tiger World est une gigantesque salle de spectacle qui accueille un show unique avec des tigres de 2 000 places.

2015 – Le Républicain Lorrain « J’ai été épaulé par Yann Gruss & William Voss, un dresseur hollandais qui compte 49 années d’expérience, [William Vos a débuté en Hollande chez Toni Boltini. C’est un ancien de l’écurie Chipperfield, a présenté un groupe mixte de Mary Chipperfield, des éléphants, des lions. Il a travaillé dans de nombreux cirques français : Napoléon Rancy, Pinder (direction Spiessert), Sabine Rancy, Jean Richard, Amar, Pinder-Jean Richard, Zavatta, Zavatta fils. Je me suis adapté à ses méthodes. Par exemple, pour parler aux félins, il utilise aussi bien le français, l’anglais ou l’allemand. Il ne faut pas que les mots aient des consonances trop proches et on utilise des mots aux sonorités plus ou moins douces selon qu‘ils désignent une action dynamique ou de repos. Pour dire “assis”, on utilise l’allemand “sitzen”, pour “couché”, l’anglais “down”. J’en ai élevé certains au biberon »

Amnéville viré de l’EAZA

Dès 2015, Amnéville avait déjà perdu son statut de “full member” et avait alors été relégué à celui de “temporary member”. La raison de cette exclusion ? La construction de Tiger World, une attraction contraire à l’éthique de l’association, plus proche du monde du cirque que celui des parcs animaliers. Les animaux qui sont dans l’EEP y restent. En revanche, Amnéville ne pourra plus les replacer facilement.
Par exemple, s’ils veulent échanger un étalon, aucun autre zoo de l’EAZA n’est sensé arranger un quelconque transfert. De même, s’il s’agit de placer un jeune. Il y a plus de 70 programmes à Amnéville.

Une cyberaction avait été lancée par Aves France et Code Animal en 2015 pour que TogerWorld n’ouvre pas ses portes et que le zoo soit exclu de l’EAZA.

Revoir la cyberaction

Retrouver la réponse de l’EAZA sur le sort d’Amnéville.

Dernières révélations

Après des difficultés financières accentuées ces dernières années, l’équipe de France Bleu publie des révélations inimaginables en décembre 2019.

Selon France Bleue Lorraine, ce dernier fait remonte à juillet 2018. La société qui gère la déchetterie “confirme avoir refusé un cadavre d’ours” et averti les autorités. L’ours retourne alors au zoo, où il est déchargé, puis « tronçonné », selon les termes employés par un salarié. Une autre explique : « on tentait de faire des économies partout, y compris sur l’équarrissage », suite au redressement judiciaire. A ce jour, le cadavre d’Olaf reste introuvable, et le signalement aux autorités, une impasse.

Mais cet ours n’est pas un cas isolé. Plusieurs salariés du zoo affirment avoir enterré de nombreux cadavres d’animaux sur le site, comme l’éléphante Catarina, une girafe ou encore un crocodile, victime d’une erreur de température de l’eau. Officiellement, la mort de YaKwanza, un gorille de 32 ans, le 22 mai 2017, est due à “une rupture d’anévrisme”. Mais, selon un salarié, il s’agirait en réalité “d’une erreur d’anesthésie”. Quant à Watson, une otarie mâle de Patagonie morte le 28 juin 2019 à l’âge de 19 ans, les avis sont partagés : nouvelle erreur d’anesthésie, tuberculose, ou conséquence fatale d’un traitement au chlore inapproprié. “Michel Louis voulait un bassin bleu pour les otaries. On chlorait beaucoup, tout le temps, et les animaux avaient des problèmes aux yeux”, raconte l’une des employées.

L’aspect environnemental est d’ailleurs une autre carte maîtresse dans l’affaire qui secoue le zoo d’Amnéville.

Le zoo racheté

Le 03/01/2020, le nouvel investisseur et actionnaire de référence est maintenant Prudential Capital. L’accord a été approuvé par la Chambre Commerciale du Tribunal de Grande Instance de Metz. Le parc géré sous la forme d’une SCOP (appartenant à ses salariés) est maintenant transformé en société commerciale selon la procédure prévoyant l’avis favorable du Conseil Supérieur de la Coopération. Le zoo évite ainsi la liquidation judiciaire. La dette du zoo a hauteur de 42 millions d’euros se voit effacée. Le fond d’investissement assure que la centaine d’emplois sera conservée.

Le zoo d’Amnéville avait été exclu de son programme d’échanges à cause de «TigerWorld», un spectacle de fauves rappelant plutôt l’univers du cirque que celui des parcs zoologiques.
« On va se doter de conseillers experts sur le bien-être animal pour reprendre les relations avec l’EAZA. C’est important parce que nous avons de nombreuses naissances que le zoo ne peut pas garder.», a expliqué M. Germain, défendant une attraction qui n’est « pas du cirque mais un spectacle avec des interactions extrêmement douces entre l’humain et les animaux ».

La fin de Tigerworld

Même si Code Animal se réjouit de cette nouvelle, nous attirons aussi l’attention sur l’aspect économique de cette décision. Le zoo est depuis des années en grandes difficultés financières, arrêter ce spectacle permet une réelle économie.
 
Aussi, nous ne sommes pas dupes sur l’argument marketing de cette nouvelle direction reprise par le fond d’investissement Prudentia. Et si la fermeture de ce spectacle de cirque était un moyen de se redorer le blason après les révélations de 2019 sur des animaux enterrés à même le site, et le cadavre de l’ours polaire Olaf, auparavant envoyé à la déchetterie “par erreur” ?
 
Un bon moyen également de retrouver les bras de l’EAZA et entrer dans la course à la concurrence avec des espèces charismatiques et des “programmes d’élevage haut standard” histoire d’attirer du public peu renseigné ?
 
Dans tous les cas, on surfe sur la vague des mesures annoncées par la Ministre Barbara Pompili et on porte un coup final au trait d’union “cirque / zoo” qu’Amnéville mettait tellement en avant – histoire de pas trop froisser le public à 72% en faveur d’une interdiction des animaux sauvages dans les cirques (IFOP / 30 Millions d’amis 2020).
 
Quoi qu’il en soit à Amnéville ou ailleurs, les animaux sauvages n’ont rien à faire dans des spectacles et encore moins dans des cages pour le divertissement ! Tigres mais aussi oiseaux et otaries, il est temps que la “conservation” des espèces se fasse dans les milieux naturels et devienne une véritable responsabilité publique !
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Alexandra Morette

Sources

Les Echos (2019)

Le Républicain Lorrain (2020)  

France bleu (2020)