LA VENTE D’ANIMAUX SAUVAGE : UNE SOLUTION CONTROVERSÉE AUX CONFLITS HOMMES/ANIMAUX

Alors que de nouvelles espèces animales viennent de disparaître pour de bon, et à l’heure où les conflits entre les humains et les animaux sauvages deviennent de plus en plus difficiles à gérer, certains gouvernements ont décidé de prendre des mesures radicales et on ne peut plus controversées. C’est le cas, par exemple, de la Namibie, qui vient de mettre aux enchères 170 de ses éléphants, s’attirant ainsi les foudres des organismes de protection animale.

La conservation au secours des espèces menacées d’extinction

Une nouvelle année commence et s’ouvre sur un bien triste bilan : trente-et-une espèces animales et végétales se sont éteintes en 2020, et plus d’un quart d’entre elles sont aujourd’hui menacées d’extinction.

Cette liste, actualisée chaque année, vient d’être publiée par l’UICN – l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature. L’objectif de l’organisme est de suivre l’évolution de la biodiversité dans le monde en étudiant et répertoriant plus de 128 000 espèces animales et végétales.

Ainsi, du côté des océans, les disparitions du requin perdu de Chine méridionale et de la baleine franche de l’Atlantique Nord sont à déplorer, tout comme celle d’une quinzaine d’espèces de poissons d’eau douce des Philippines. Quant au Sotalie de l’Amazone, petit dauphin d’eau douce, il est désormais classé dans la catégorie des espèces « en danger ». Les causes de ce terrible déclin sont diverses et variées : surpêche, méthodes de capture dévastatrices, introduction de prédateurs, collisions avec des navires de pêche, barrages, pollution et réchauffement des océans.

Côté terre, ont été rayés de la liste des animaux sauvages le grand hamster d’Alsace, trois espèces de grenouilles d’Amérique centrale, et la chauve-souris à longues oreilles de Lord Howe, en Australie. Les lémuriens de Madagascar, quant à eux, sont les victimes directes de la chasse et de la déforestation. 103 espèces de lémuriens sur 107 sont aujourd’hui menacées et 33 sont au bord de l’extinction, comme le plus petit primate du monde, le microcèbe mignon.

Toutefois, un espoir vient quelque peu alléger ce constat : l’augmentation du nombre de bisons d’Europe, qui avaient totalement disparus à l’état sauvage au début du XXème siècle. Les efforts de conservation et de réintroduction de l’espèce qui avait été déployés dans les années 50, permettent aujourd’hui de comptabiliser plus de 6000 individus, et de faire redescendre le bison d’Europe dans la catégorie des espèces « quasi menacées » de l’UICN.

Il est donc urgent de continuer les efforts de préservation dans le monde entier et à toutes les échelles sociales et économiques, par exemple en créant de zones protégées sur terre comme en mer ou en développant l’écotourisme.

Mais il arrive aussi que certains programmes de conservation créer la polémique, notamment lorsqu’elles visent à enrayer les conflits liés à la cohabitation entre les hommes et les animaux sauvages.

C’est le cas par exemple en Namibie, où un “programme de protection” visant à freiner la disparition des éléphants a été mis en place.

Conserver, oui, mais à quel prix ?

Selon les chiffres du ministère namibien de l’Environnement, le pays comptabilisait seulement 5000 éléphants en 1990, dû au braconnage pour l’ivoire, la réduction de leur habitat, et les conflits avec les hommes. Aujourd’hui, la Namibie est fière d’afficher une hausse considérable du nombre d’individus déambulant désormais à l’état sauvage sur son territoire : 28 000 éléphants.

Mais la cohabitation avec les populations locales devient de plus en plus difficile. En effet, contraints de fuir le braconnage et cherchant sans cesse de nouveaux lieux de vie, les éléphants n’ont plus d’autre choix que de se rapprocher des villages, provocant parfois des dommages au niveau des cultures et des accidents. Gravement touchées par la sécheresse depuis quelques années, les populations se retrouvent démunies et certains n’hésitent pas à tuer les pachydermes.

Pour contrôler la situation et éviter de rebasculer dans la zone rouge de l’extinction de l’espèce, le pays a donc décidé de mettre en place un programme on ne peut plus controversé.

Le 2 décembre 2020, le gouvernement namibien a ainsi publié une petite annonce dans le journal New Era, informant les lecteurs de son intention de mettre en vente 170 de ses éléphants.

Tout simplement ?

Les futurs acheteurs devront en tout cas respecter les conditions strictes de la CITES –Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction – et notamment être en mesure d’offrir aux éléphants un environnement répondant à tous leurs besoins physiologiques.

Cette démarche est cependant loin de faire l’unanimité au sein des organismes de protection des animaux, et ce, pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, afin de ne pas séparer les petits de leurs mères et d’éviter tout abandon suite à la capture, le gouvernement prévoit de capturer des troupeaux entiers, ce qui entache fortement les soi-disant nobles intentions premières des autorités envers les pachydermes. De plus, la vente ne se limiterait pas seulement au territoire namibien, mais permettrait à des acheteurs du monde entier de se procurer un ou plusieurs animaux.

En 2019, lors de la réunion de la COP18 de la Cites, les gouvernements participants s’étaient pourtant mis d’accord pour limiter le commerce des éléphants à des fins de conservation uniquement, et à l’intérieur même des pays situés dans leur zone de répartition naturelle sur le continent africain.

Se pose alors la question du bien-être à long-terme des animaux, mais aussi le risque de possibles trafics.

Pour IFAW (Fonds international pour la protection des animaux), ce type de démarche n’est pas en mesure d’empêcher les conflits homme/animaux. Seul un travail sur la durée avec les populations locales permettra de mettre en place une meilleure gestion des habitats et de réelles solutions pour assurer aussi bien la protection des animaux que celle des hommes et de leurs cultures. De nombreux exemples de réussite sur le territoire africain vont d’ailleurs en ce sens.

Selon le site Mongabay, d’autres ONG contestent les données avancées par le pays. En effet, ces estimations montrent que sur la population totale, entre 17 265 et 20 000 éléphants de Namibie sont considérés comme transfrontaliers, ce qui signifie qu’ils se livrent à des migrations vers et depuis la Namibie, l’Angola, le Botswana et la Zambie. Si cela est exact, entre 73 et 84 % des éléphants sont des migrateurs internationaux, laissant une estimation de la population namibienne résidente d’environ 5 688 seulement. Sur cette population résidente, les 170 éléphants qui seront vendus aux enchères représentent environ 3%.

Mark Hiley, directeur des opérations de National Park Rescue, basé au Zimbabwe, a vivement critiqué les données et les motivations du gouvernement namibien. «La falsification des statistiques de la population d’éléphants et l’exagération des conflits humains-faune peuvent être utilisées par les gouvernements pour générer des revenus grâce à des quotas de chasse gonflés, justifier les ventes aux zoos ou aux fermes de chasse et lancer des abattages générant de l’ivoire», a déclaré Hiley. «La corruption est désormais une menace aussi grande pour les éléphants que le braconnage.»

Pour rappel, la Namibie avait déjà créé un système de vente aux enchères en 2019, qui avait permis l’achat de plus de 1000 animaux provenant d’espaces nationaux – buffles, girafes et éléphants déjà. L’argent récolté, plus d’un million de dollars, était destiné à la conservation des espèces.

La même année, son voisin le Botswana, qui compte le plus grand nombre de pachydermes au monde (130 000 individus), avait décidé de réintroduire la chasse à l’éléphant après cinq ans d’interdiction, là encore dans le but d’enrayer les conflits opposant les hommes aux animaux.

Une requête similaire visant à assouplir les restrictions en termes de chasse au trophée et d’exportation du rhinocéros blanc a également été formulée l’an dernier par la Namibie auprès de la CITES… qui l’a rejetée fermement.

Les enchères de cette nouvelle vente aux enchères seront conclues d’ici le 29 janvier prochain.

Julie Guinebaud

Sources :

La Relève et la Peste

L’Avenir