Et si la clé pour sauver notre climat ne résidait pas uniquement dans la plantation d’arbres, mais aussi dans la protection des animaux qui vivent sous leur canopée ou dans les abysses de nos océans ?
C’est le message historique porté par le Consensus Scientifique sur la Faune et le Climat (Wildlife and Climate Consensus), officiellement lancé ce mois-ci. Porté par un collectif mondial de près de 290 scientifiques et experts internationaux issus de 6 continents, ce consensus vient briser une idée reçue tenace : non, les animaux ne sont pas de simples « bénéficiaires » passifs d’une nature préservée. Ils en sont les ingénieurs actifs, et nos meilleurs alliés face au réchauffement planétaire.
Chez Code animal, nous sommes particulièrement fiers de relayer cette initiative puisque notre partenaire, la World Federation for Animals (WFA), en est l’un des co-porteurs majeurs.
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Pourquoi ce Consensus a-t-il été élaboré ?
Le Consensus répond à un corpus de recherche de plus en plus vaste et rigoureux. Celui-ci démontre que les animaux sauvages influencent directement les processus écologiques liés à l’atténuation, l’adaptation et la résilience face au changement climatique.
Qu’il s’agisse de systèmes terrestres, d’eau douce, côtiers ou marins, les études prouvent que les animaux affectent la dynamique de la végétation, le cycle des nutriments, les flux de carbone, les perturbations naturelles, ainsi que la régénération de la nature. Bien que ces effets varient et dépendent souvent du contexte local, la conclusion générale est sans appel : les animaux sauvages ne sont pas de simples habitants de passage. Dans de nombreux cas, ils façonnent activement le fonctionnement des écosystèmes et, par extension, celui du climat.
L’angle mort des politiques actuelles
Pourtant, ces processus régulés par les animaux restent largement invisibles dans les cadres politiques, les évaluations et les modèles qui guident les décisions climatiques mondiales. Le discours international sur le climat se concentre encore presque exclusivement sur la végétation, les sols, l’utilisation des terres et les secteurs d’émissions industrielles.
En oubliant le rôle écologique de la faune sauvage au sein d’écosystèmes fonctionnels, les gouvernements se privent d’un levier d’action massif. C’est ce que les chercheurs appellent « l’animation du cycle du carbone » (Animating the Carbon Cycle). Par leurs comportements naturels, qu’il s’agisse de se nourrir, de se déplacer, de creuser ou de rejeter des nutriments, les animaux modifient la structure de leur habitat d’une manière qui décuple l’absorption des gaz à effet de serre.
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5 preuves scientifiques du rôle de la faune sur le climat
1. Les éléphants de forêt : les jardiniers du carbone
Dans les forêts tropicales du bassin du Congo, les éléphants de forêt éliminent les arbres de petite taille à faible densité de bois (qui stockent peu de carbone) en se nourrissant ou en se déplaçant. Cela réduit la compétition pour l’eau et la lumière, permettant aux arbres restants de devenir plus massifs, plus hauts et de vivre plus longtemps.
Une étude publiée en 2019 dans Nature Geoscience démontre que la disparition des éléphants de forêt africains entraînerait une perte de 7 % à 12 % du stockage de carbone de ces forêts tropicales.
2. Les baleines : de véritables pompes à carbone océaniques
En plongeant pour se nourrir puis en remontant à la surface pour respirer, les baleines rejettent des nutriments (fer et azote) qui fertilisent le phytoplancton. Ces micro-algues absorbent d’immenses quantités de CO₂ par photosynthèse. De plus, lorsqu’une baleine meurt, son corps coule au fond de l’océan, séquestrant des tonnes de carbone dans les abysses pour des siècles.
Selon le Fonds Monétaire International (FMI) en 2019, une grande baleine séquestre en moyenne 33 tonnes de CO₂ au cours de sa vie, là où un arbre n’en absorbe qu’environ 22 kg par an.
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3. Les grands herbivores : les boucliers anti-incendies
Les incendies de forêt géants rejettent chaque année des milliards de tonnes de gaz à effet de serre. En broutant, les grands herbivores (bisons, rhinocéros, grands cervidés) réduisent la quantité de biomasse sèche et inflammable au sol. Leurs passages répétés créent également des coupe-feux naturels.
Des travaux publiés en 2016 dans la revue Science prouvent que le déclin des grands herbivores mondiaux est directement corrélé à l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des mégafeux.
4. Les loutres de mer : gardiennes du carbone bleu
Les loutres de mer régulent les populations d’oursins, qui sont de redoutables destructeurs d’algues. Sans loutres, les oursins rasent les forêts de varech, transformant des zones sous-marines luxuriantes en déserts biologiques. En protégeant le varech, les loutres permettent à ces algues géantes d’absorber le carbone de l’atmosphère avant qu’il ne soit stocké dans les sédiments marins profonds.
Une étude de 2012 de Frontiers in Ecology and the Environment montre qu’une forêt de varech protégée par des loutres peut absorber jusqu’à 12 fois plus de CO₂ que si elle était laissée sans prédateurs d’oursins.
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5. Les calaos : les reboiseurs des forêts tropicales
Dans les forêts d’Afrique et d’Asie, ces grands oiseaux frugivores parcourent de longues distances et dispersent les grosses graines d’arbres tropicaux à travers leurs déjections. Ces arbres à grosses graines sont précisément ceux qui possèdent le bois le plus dense et qui ont le plus fort potentiel de stockage de carbone à l’âge adulte.
Des recherches publiées en 2015 dans la revue PNAS prouvent que les forêts tropicales qui disposent de populations saines d’animaux dispersant les graines (comme les calaos) absorbent jusqu’à quatre fois plus de carbone que les forêts privées de ces précieux oiseaux.
Le chiffre choc : 6,4 milliards de tonnes de CO₂ par an
L’argument massue de ce nouveau consensus scientifique repose sur une étude de référence mondiale menée par le professeur Oswald Schmitz de l’Université de Yale, publiée dans Nature Climate Change en 2023.
Selon ses modélisations, la protection et la restauration des populations de seulement neuf groupes d’animaux clés (incluant les éléphants d’Afrique, les bisons, les baleines, les requins, les loups gris ou les loutres de mer) permettraient de faciliter la capture de 6,4 milliards de tonnes de CO₂ par an.
Pour mettre ce chiffre en perspective : Cela représente près de 95 % de la quantité annuelle de carbone qu’il faudrait absorber mondialement pour maintenir le réchauffement sous la barre critique des 1,5 °C.
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Qu’est-ce que cela signifie pour les politiques publiques ?
La déclaration de ce Consensus Scientifique est concise et dictée par la science, mais son implication politique est majeure : Là où les animaux sauvages influencent de manière significative les processus écosystémiques liés à l’atténuation, l’adaptation et la résilience climatique, ces rôles doivent être explicitement pris en compte dans les politiques et la planification climatiques.
Cette approche ne remplace en aucun cas la nécessité absolue de réduire rapidement et drastiquement les émissions de gaz à effet de serre issues des énergies fossiles. Au contraire, elle vient renforcer les politiques environnementales en intégrant les processus écologiques réels qui permettent aux écosystèmes de fonctionner, de se régénérer et de rester résilients sur le long terme.
En pratique, cela implique un changement de paradigme pour les États :
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Aller au-delà de la simple surface des habitats : Nous ne pouvons plus nous contenter de mesurer la taille d’une forêt ou les stocks de carbone fixes. Il faut prendre en compte l’impact de la faune qui l’anime.
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Mettre à jour les modèles climatiques : Intégrer les données sur la faune dans les évaluations environnementales et la planification de la restauration écologique.
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Réécrire les cadres internationaux : Traduire concrètement ces rôles dans les Solutions fondées sur la Nature (SfN), les Contributions Déterminées au Niveau National (CDN / NDCs), les Plans Nationaux d’Adaptation (PNA), ainsi que dans les accords liés à la biodiversité, aux terres et aux espaces maritimes.
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Décloisonner les lois internationales : ce que cela signifie concrètement
Pour comprendre ce que les scientifiques demandent, il faut savoir qu’à l’ONU, les dirigeants travaillent souvent « en silos » : ceux qui s’occupent du climat ne parlent pas à ceux qui protègent les animaux. Le Consensus demande de réécrire les grands textes internationaux pour y intégrer la faune sauvage. Voici ce que cachent ces termes techniques :
- Les Solutions fondées sur la Nature (SfN) : Ce sont toutes les actions qui s’appuient sur les écosystèmes pour nous protéger du climat (comme planter des arbres pour capter le CO₂).
- Aujourd’hui, ces projets oublient les animaux. On finance la plantation d’une forêt, mais pas le retour des oiseaux ou des herbivores qui l’entretiennent. Demain, une « Solution fondée sur la Nature » devra obligatoirement intégrer la protection des animaux de cet écosystème pour être validée et financée.
- Les CDN / NDCs (Contributions Déterminées au Niveau National) : C’est le carnet de promesses officiel que chaque pays (comme la France ou le Canada) dépose à l’ONU tous les 5 ans pour détailler comment il va réduire ses émissions de gaz à effet de serre.
- Pour l’instant, les pays n’y parlent que de voitures électriques, d’énergies renouvelables ou d’isolation des bâtiments. Les scientifiques demandent que les États y ajoutent une ligne de budget « Faune sauvage ». Un pays côtier pourrait ainsi inscrire : « Nous nous engageons à protéger nos populations de baleines et de loutres, ce qui nous permettra de capter X tonnes de CO₂ de plus par an ».
- Les PNA (Plans Nationaux d’Adaptation) : Si les CDN servent à freiner le réchauffement, les PNA servent à vivre avec. Ce sont les stratégies de chaque pays pour résister aux crises inévitables (canicules, inondations, sécheresses).
- Les animaux sauvages sont des boucliers naturels. Par exemple, réintroduire des castors permet de créer des barrages gratuits qui retiennent l’eau en été (anti-sécheresse) et freinent les crues en hiver (anti-inondation). Les PNA doivent utiliser ces animaux comme des infrastructures de protection au même titre qu’un digue en béton.
- Les traités sur la biodiversité, les terres et les océans : Il existe des dizaines de traités mondiaux (comme les COP sur la biodiversité ou le droit de la mer).
- Il faut interconnecter ces lois. Interdire la surpêche ou lutter contre le braconnage des éléphants ne doit plus être vu comme une simple action « gentille » pour préserver une jolie espèce : cela doit être reconnu comme une obligation légale pour sauver le climat mondial et respecter les accords sur le stockage du carbone.
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La feuille de route : Agir maintenant
À l’échelle nationale, les gouvernements doivent cesser de dissocier les crises : la crise de la biodiversité (extinction des espèces) et la crise climatique sont les deux faces d’une même pièce. On ne résoudra pas l’une sans régler l’autre.
Il ne s’agit pas de présumer que le retour de n’importe quel animal sauvage entraînera automatiquement un bénéfice climatique partout. Cela signifie veiller à ce que les politiques futures soient strictement guidées par la meilleure compréhension écologique disponible : celle de l’impact réel de populations animales spécifiques sur le fonctionnement d’écosystèmes précis.
Grâce au travail de notre partenaire, la WFA, ce plaidoyer scientifique est actuellement poussé au plus haut niveau des instances internationales. La protection des animaux sauvages n’est plus seulement une question de compassion ou d’éthique : c’est une question de survie systémique.
Pour aller plus loin et soutenir l’initiative : Rendez-vous sur la plateforme officielle (EN) du Wildlife and Climate Consensus pour explorer la déclaration complète ainsi que les fiches détaillées de la Loutre de mer et du Calao.
Partagez cet article autour de vous pour faire bouger les lignes ! Et vous, saviez-vous que les animaux avaient un tel impact sur l’air que nous respirons ?
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Bibliographie
Étude globale (Le chiffre clé des 6,4 milliards de tonnes)
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Schmitz, O.J., Sylvén, M., Atwood, T.B. et al. Trophic rewilding can expand natural climate solutions. Nat. Clim. Chang. 13, 324–333 (2023). https://doi.org/10.1038/s41558-023-01631-6
1. Cas des Éléphants de forêt
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Fabio Berzaghi, Marcos Longo, Philippe Ciais, Stephen Blake, François Bretagnolle, et al.. Carbon stocks in central African forests enhanced by elephant disturbance.. Nature Geoscience, 2019, 12 (9), pp.725-729.
⟨10.1038/s41561-019-0395-6⟩. https://hal.science/hal-02288910v1/file/s41561-019-0395-6.pdf
2. Cas des Baleines
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Chami, R., Cosimano, T., Connel, C., & Lutz, B. (2019). Nature’s solution to climate change: A strategy to protect whales can limit greenhouse gases. Finance & Development, 56(4), 34-38. https://www.imf.org/external/pubs/ft/fandd/2019/12/pdf/natures-solution-to-climate-change-chami.pdf
3. Cas des Grands Herbivores (Mégafeux)
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Malhi, Y., Doughty, C. E., Galetti, M., Smith, F. A., Svenning, J. C., & Terborgh, J. W. (2016). Megafauna and ecosystem function from the Pleistocene to the Anthropocene. Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), 113(4), 838-846. https://www.pnas.org/doi/10.1073/pnas.1502540113
4. Cas des Loutres de mer
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Wilmers, C. C., Estes, J. A., Edwards, M., Laidre, K. L., & Konar, B. (2012). Do trophic cascades affect the storage and flux of atmospheric carbon? An analysis of sea otters and kelp forests. Frontiers in Ecology and the Environment, 10(8), 409-415. https://esajournals.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1890/110176
5. Cas des Calaos (Dispersion des graines et carbone)
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Bello, C., Galetti, M., Pizo, M. A., Magnago, L. F. S., Rocha, M. F., Lima, R. A., … & Jordano, P. (2015). Defaunation affects carbon storage in tropical forests. Science Advances, 1(11), e1501105. https://www.science.org/doi/10.1126/sciadv.1501105
Plateforme officielle de l’initiative
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Wildlife and Climate Consensus. (2026). The Scientific Consensus on Wildlife and Climate. https://www.wildlifeandclimateconsensus.org/

