L’étude de la base CITES montre qu’en 2016, 16 flamants nains (Phoeniconaias minor) capturés dans la nature (code source W) ont été importés vivants de Tanzanie vers la France, sous le code de destination Z, c’est-à-dire à destination d’un établissement zoologique. Sur la période 2010-2024, il s’agit de la seule importation de ce type vers la France. À cette date, l’espèce était classée « Quasi menacée » (NT) sur la Liste rouge de l’UICN, elle l’est toujours aujourd’hui.
Bien que la population mondiale se compte en millions d’individus, sa vulnérabilité biologique réside dans l’extrême rareté de ses sites de reproduction : l’essentiel de la population est-africaine niche sur le lac Natron, avec quelques sites secondaires seulement (Etosha, pan de Sua, runn de Kutch).
Les animaux ont été transférés sous le code Z pour un parc zoologique, qui n’impose légalement aucun programme de conservation : c’est un code de destination, pas d’engagement.
Le Flamant nain nécessite des paramètres environnementaux très spécifiques (salinité, microbiologie de l’eau et rituels sociaux de groupe massifs) que le milieu captif reproduit difficilement. En plus de soixante ans de captivité européenne, seule une poignée d’établissements (aucun français à notre connaissance) a obtenu une reproduction.
Pendant longtemps, les zoos ont renouvelé leurs groupes de flamants en capturant des oiseaux dans la nature. Ce constat figure dans les Flamingo Husbandry Guidelines, le guide de référence rédigé par l’AZA (l’association des zoos et aquariums nord-américains) et l’EAZA (son équivalent européen).
Leur préface affirme que les gestionnaires de populations captives ont la responsabilité de ne plus dépendre de la collecte d’oiseaux sauvages. Les professionnels reconnaissent donc eux-mêmes que les collections reposaient jusque-là sur des captures.
C’est ce qui rend l’importation de 16 flamants nains sauvages en France, en 2016, difficile à justifier : elle intervient onze ans après la publication de ce guide.
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Les causes biologiques de cet échec
Les difficultés d’élevage s’expliquent par trois facteurs majeurs qui sont très difficiles à reproduire artificiellement :
- L’exigence du nombre : La reproduction est déclenchée par une parade nuptiale collective massive. Selon l’étude de référence portant sur 540 populations captives (Mooney et al., 2023),il a été défini qu’il faut 100 flamants nains pour atteindre une probabilité de reproduction de 50 %.
- Les stimuli environnementaux : Dans la nature, ils attendent que les conditions du lac soient réunies, et elles sont à la fois extrêmes et très précises. Le niveau de l’eau doit varier au bon moment, et la salinité doit être élevée. Ces signaux de l’environnement, qu’on appelle des « stimuli », indiquent aux oiseaux que la saison de reproduction peut commencer. Or, ces conditions sont très difficiles à recréer dans un bassin de zoo classique, voire impossibles. Sans ces signaux, les flamants ne se reproduisent pas, même si les autres besoins (nourriture, espace) sont satisfaits.Dans le milieu naturel, les flamants nains se reproduisent lors de conditions climatiques et géologiques extrêmes et très précises (variation du niveau de l’eau, salinité élevée), difficiles, voire même impossible, à recréer dans un bassin de zoo standard.
- L’alimentation hyperspécialisée : Principalement des organismes microscopiques, des cyanobactéries, comme la spiruline, et des diatomées (des algues minuscules protégées par une petite coque). Cette nourriture est très difficile à remplacer parfaitement par des granulés, la solution utilisée dans les zoos. Or l’alimentation a deux conséquences directes. Elle influence la forme physique des oiseaux, et elle influence aussi la couleur de leur plumage : ce sont les pigments contenus dans leur nourriture qui donnent aux flamants leur teinte rose à rouge. Cette couleur n’est pas qu’un détail esthétique, car elle joue un rôle essentiel dans la parade nuptiale.
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L’observation dans les milieux naturels
Des scientifiques ont étudié l’espèce dans ses milieux naturels, qui se sont avérés être parmi les plus hostiles de la planète. Il en ressort plusieurs éléments intéressants pour comprendre les comportements des animaux :
- Le mystère de la nidification (Lac Natron) :
Où les flamants nains vont-ils pondre leurs œufs ? Pendant longtemps, personne ne le savait. Dans les années 1950, l’ornithologue Leslie Brown a fini par résoudre l’énigme en survolant la Tanzanie en avion : c’est au beau milieu du lac Natron que les colonies se rassemblent pour nicher.
Cet endroit n’a pourtant rien d’accueillant.
L’eau du lac est chargée en natron, un sel minéral (le carbonate de sodium) qui rend la boue très alcaline, avec un pH d’environ 10,5. Pour comparer, c’est à peu près le niveau de l’ammoniaque domestique : une boue assez corrosive pour brûler la peau et les pattes de la plupart des animaux. Et c’est justement ce qui en fait un refuge idéal. Les flamants, eux, sont adaptés à ces conditions, alors que les prédateurs comme les hyènes ou les chacals ne peuvent pas traverser cette boue sans se blesser. Le lac agit donc comme une véritable douve naturelle, qui protège les œufs et les poussins
- La mécanique de filtration :
Que mangent les flamants nains dans un lac aussi hostile ? Une nourriture que presque personne d’autre ne peut exploiter. Leur bec fonctionne comme une passoire d’une grande finesse : il est garni de minuscules lamelles qui retiennent les particules les plus petites, comme le ferait un tamis, tandis que l’eau s’écoule.
Grâce à lui, ils se nourrissent de cyanobactéries, des micro-organismes qui prolifèrent dans ces eaux très alcalines, où la plupart des autres espèces ne survivraient pas.
- L’indispensable effet de masse :
Un flamant seul ne se reproduit pas.
Les observations de terrain montrent que la reproduction ne démarre que si un grand groupe se met en mouvement ensemble. Des milliers d’oiseaux se lancent alors dans une parade nuptiale parfaitement synchronisée, appelée « la marche » : ils avancent côte à côte, la tête haute, en changeant de direction d’un même mouvement. Cette danse collective déclenche chez eux la montée hormonale nécessaire à l’accouplement. Sans cette masse, le signal ne se produit pas.
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Taux de mortalité au cours des captures
Un autre élément essentiel doit être pris en compte : la mortalité lors de la capture, du transport et de l’acclimatation avant l’exportation internationale, qui n’apparaît dans aucune statistique commerciale.
Pour le commerce d’oiseaux sauvages, les études disponibles citent des taux de perte pré-exportation très variables — de 5 % à 60 % selon les pays et les espèces (rapport UICN The Live Bird Trade in Tanzania, 19969) sans qu’aucune donnée spécifique n’existe pour le flamant nain.
Il serait donc intéressant de demander aux zoos si leurs bilans biodiversité intègrent les individus morts durant la capture et l’acclimatation, et d’obtenir les certificats de transport et de mortalité, obligatoires pour le transport d’animaux vivants, afin de connaître le nombre d’animaux réellement arrivés vivants.
2016, c’est aussi l’année où la Tanzanie a globalement suspendu l’exportation de tous les animaux sauvages après la découverte de nombreuses irrégularités et d’un trafic massif.
En Juin 2022, le gouvernement a tenté de lever l’interdiction pour une période de six mois, du 6 juin au 5 décembre, afin que les commerçants puissent « écouler leurs stocks d’animaux ». Cependant, face au tollé des organisations de défense de la nature et de l’opinion publique, le ministère du Tourisme a fait marche arrière en 48 heures et a maintenu l’interdiction.
Lors de la CoP20 de la CITES fin 2025, la Tanzanie a réaffirmé sa volonté de durcir la réglementation sur les animaux de compagnie exotiques (amphibiens, reptiles) tout en cherchant des moyens de valoriser durablement sa biodiversité.
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Conclusions
On peut se poser la question de savoir si capturer des animaux dans la nature, alors que l’industrie zoologique reconnaîssait ses immenses difficultés biologiques à les faire se reproduire en captivité, ne relevait pas plutôt d’une exploitation d’exhibition commerciale que d’une démarche de conservation.
Comment justifier la capture de 2016 alors que les guidelines de 2005 préconisaient déjà le fait que les zoos ne devaient plus dépendre des captures ?
Pour Code animal, la conservation doit se faire impérativement dans les aires de répartition naturelles des animaux.
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Sources
Africanews. (2022, 6 juin). Tanzanie : l’interdiction d’exporter des animaux sauvages maintenue. https://fr.africanews.com/2022/06/06/tanzanie-l-interdiction-d-exporter-des-animaux-sauvages-maintenue/
Africanews. (2025, 3 décembre). Vers un durcissement du commerce des animaux de compagnie exotiques. https://fr.africanews.com/2025/12/03/vers-un-durcissement-du-commerce-des-animaux-de-compagnie-exotiques/
Brown, L. H. (1955). The breeding of the lesser and greater flamingos in East Africa. Journal of the East Africa Natural History Society
Brown, L. (1959). The mystery of the flamingos. Country Life.
CITES. (s. d.). CITES Trade Database [Base de données]. UNEP-WCMC
Flamingo Specialist Group. (2024). Flamingo husbandry guidelines. https://flamingospecialistgroup.org/wp-content/uploads/2024/10/Flamingo-Husbandry-Guidelines-FSG.pdf
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Lees, C. M. et Wilcken, J. (2009). Sustaining the ark: The challenges faced by zoos in maintaining viable populations. International Zoo Yearbook, 43(1), 6-18. https://doi.org/10.1111/j.1748-1090.2008.00066.x
Mooney, A., (2023). Flock size and structure influence reproductive success in four species of flamingo in 540 captive populations worldwide. Zoo Biology, 42(3), 343-356. https://doi.org/10.1002/zoo.21753
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ZooChat. Captive breeding lesser flamingos [Fil de discussion]. ZooChat. https://www.zoochat.com/community/threads/captive-breeding-lesser-flamingos.484109/

