Du 19 au 30 octobre 2026, près de 200 pays se réunissent en Arménie pour décider de l’avenir du vivant. Voici ce qu’il faut comprendre, simplement.
Une COP… mais pas celle du climat
Quand on entend « COP », on pense tout de suite au climat. Or celle qui se tient en ce moment à Erevan, la capitale arménienne, est différente : la COP17 réunit les 196 Parties (195 États et l’Union européenne) de la Convention sur la diversité biologique, le grand traité des Nations unies consacré à la protection de la nature.
Cette Convention est née en 1992, au Sommet de la Terre de Rio, en même temps que celle sur le climat, et elle est entrée en vigueur fin 1993. C’est aujourd’hui le principal cadre international pour la protection du vivant. Ses 196 Parties se sont fixé trois buts :
- Conserver la diversité biologique,
- Utiliser ses ressources de façon durable,
- Partager équitablement les bénéfices qu’on en tire, par exemple quand un laboratoire exploite les propriétés d’une plante ou d’un micro-organisme.
Les États-Unis l’ont signée mais ne l’ont jamais ratifiée : ils n’en font pas partie.
Lors de la Convention, les membres se retrouvent tous les deux ans environ pour décider ensemble de la suite : c’est ce qu’on appelle la Conférence des Parties, ou COP. Elle s’appuie aussi sur deux textes complémentaires, le Protocole de Carthagène sur la sécurité des organismes génétiquement modifiés, et le Protocole de Nagoya sur le partage des avantages tirés des ressources génétiques. Tous deux se réunissent en parallèle à Erevan. La dernière grande décision remonte à 2022 : à Montréal, les pays ont adopté le cadre mondial de Kunming-Montréal, dont la COP17 doit faire le premier bilan.
Plus de 10 000 délégués sont attendus à Erevan. Un sommet des dirigeants a précédé l’ouverture officielle des négociations.
Pourquoi l’Arménie ?
Le pays est petit : il ne représente que 6,7 % du territoire du Caucase. Mais il abrite, selon les chiffres avancés dans le cadre de la COP17, environ 60 % de la biodiversité de la région. Hautes montagnes, lacs, steppes, forêts et gorges s’y côtoient sur de courtes distances.
La mascotte symbolique de la conférence en dit long : un minuscule papillon, le bleu d’Erevan (Polyommatus eriwanensis), considéré comme endémique du pays. Autrement dit, il n’existe presque nulle part ailleurs. C’est exactement ce que la biodiversité a de précieux, et de fragile.
L’Arménie, qui préside les négociations, a placé la conférence sous le signe de l’action, avec le slogan « Taking Action for Nature » (« Agir pour la nature »), et promet une COP inclusive, ouverte aux peuples autochtones, aux jeunes, aux femmes, à la société civile et au secteur privé.
Photo credit : Unsplash
Ce qui est en jeu : tenir les promesses de 2022
En 2022, à Montréal, les pays ont adopté le Cadre mondial de Kunming-Montréal pour la biodiversité. On peut le voir comme un « Accord de Paris de la nature » : une série d’objectifs à atteindre d’ici 2030, comme protéger 30 % des terres et des mers, restaurer les écosystèmes dégradés ou réduire les pressions qui détruisent le vivant.
À Erevan, c’est l’heure du premier bilan mondial de ces engagements. Et le constat est préoccupant : le Premier ministre arménien, Nikol Pashinyan, a lui-même reconnu avant l’ouverture que, collectivement, le monde n’est pas encore sur la bonne trajectoire. Les négociateurs doivent donc finaliser ce qu’on appelle la « Voie d’Erevan » (Yerevan Pathway) : un ensemble de décisions destinées à accélérer l’application des engagements.
Le premier rapport mondial sur la mise en œuvre de ce cadre, dévoilé quelques jours avant l’ouverture de la COP17 et nourri par les rapports nationaux d’environ 129 pays, ne laisse guère de place au doute : sur les 23 objectifs, un seul est jugé en bonne voie, celui qui vise à limiter les effets du changement climatique sur la biodiversité.
Tous les autres sont en retard, notamment la protection des espaces terrestres et marins, la baisse des subventions nuisibles à la nature, la protection des peuples autochtones et les financements. Ces subventions néfastes, énergies fossiles comprises, sont évaluées à 2 600 milliards de dollars par an, alors que le cadre prévoit de les réduire d’au moins 500 milliards par an d’ici 2030.
Sans accélération rapide, avertit le rapport, les objectifs ne seront pas atteints à l’échéance.
L’objectif le plus connu, « 30 x 30 » (protéger 30 % des terres d’ici 2030), illustre bien cet écart. Selon l’évaluation 2026 de l’ONG Campaign for Nature, environ 20 % des terres et des eaux douces sont aujourd’hui protégés ou conservés, et seulement 10 % des océans. Si les pays tiennent leurs engagements actuels, on atteindrait environ 27 % sur terre et 12 % en mer en 2030. Surtout, être classé « protégé » ne garantit pas une vraie protection : seuls 3,5 % de l’océan le sont réellement, avec les activités destructrices exclues ou réduites. Pour les mangroves, 33 % sont officiellement protégées, mais 0,3 % seulement le sont efficacement. Quelques succès existent pourtant : plus de 50 pays et territoires ont déjà dépassé les 30 % sur terre, et l’Amérique latine est en tête.
Photo credit : Karen Minasyan/AFP
Quatre sujets à suivre de près
1. Le bilan : qui a fait quoi ? Les pays vont comparer leurs promesses et leurs résultats. L’enjeu est la transparence : sans suivi précis, les engagements restent des vœux pieux.
2. L’argent. C’est le sujet le plus sensible. Les pays riches s’étaient engagés à fournir 20 milliards de dollars par an de financements internationaux pour la biodiversité d’ici 2025. Selon Greenpeace, cet objectif n’a pas été atteint. Les pays développés poussent aussi pour que de grandes économies émergentes, comme la Chine, contribuent à leur tour. Autre point de discussion : réorienter les subventions qui, aujourd’hui, financent des activités nuisibles à la nature.
3. Le partage des bénéfices tirés du vivant. Les laboratoires, entreprises pharmaceutiques ou cosmétiques utilisent les informations génétiques d’espèces sauvages pour créer médicaments, cultures ou produits. La question : comment faire en sorte que les pays et communautés qui préservent ces ressources en profitent aussi ? C’est le rôle du fonds dit « Cali », au cœur des discussions.
4. Les peuples autochtones et les communautés locales. Ils gèrent et protègent une grande part des espaces naturels les mieux conservés de la planète. Leurs droits, leurs savoirs et leur participation aux décisions sont à l’agenda.
D’autres thèmes seront abordés : le lien entre biodiversité et climat, l’agriculture, la santé, les océans, ou encore la biologie de synthèse. L’Arménie a également lancé des initiatives propres, dont une consacrée aux écosystèmes de montagne et d’eau douce.
Photo credit : Unsplash
Pourquoi cela nous concerne
On peut avoir l’impression que la biodiversité est un sujet lointain, réservé aux spécialistes ou aux amoureux des animaux rares. C’est tout le contraire.
- Notre assiette dépend des insectes pollinisateurs et de la fertilité des sols.
- Notre santé dépend d’écosystèmes équilibrés, qui limitent la propagation de maladies et fournissent de nombreux médicaments.
- Notre sécurité dépend de forêts, de zones humides et de côtes en bonne santé, qui amortissent tempêtes, sécheresses et inondations.
- Notre économie dépend de la nature : une grande partie de l’activité mondiale repose, directement ou non, sur elle.
Perdre la biodiversité, ce n’est pas seulement perdre des espèces emblématiques. C’est affaiblir, petit à petit, les systèmes dont nous vivons.
La nature va mal, mais pas partout
Le WWF a publié le 8 octobre son Rapport Planète Vivante 2026 : entre 1970 et 2022, les populations de vertébrés sauvages suivies par les scientifiques ont reculé de 73 % en moyenne. Ce chiffre ne veut pas dire que 73 % des animaux ont disparu : il mesure l’évolution moyenne des effectifs, avec de fortes différences selon les milieux (−85 % en eau douce, −69 % sur terre, −59 % en mer) et selon les régions.
Pour comprendre ce que mesure vraiment cet indice, voir les chiffres région par région et découvrir les espèces qui se sont rétablies, nous vous invitons à lire notre article dédié : 73 % de moins en cinquante ans : la faune sauvage va mal, mais pas partout, et pas pour toujours.
Photo credit : WWF
Quand l’humain protège, la nature renaît : deux exemples
Pour montrer que des solutions existent, Arte raconte dans « L’Essentiel » deux histoires très éloignées l’une de l’autre.
En Inde, le retour du tigre. Depuis 1973, le pays mène le Project Tiger, un programme de protection de l’espèce réparti dans 18 États. Son aire de répartition est passée d’environ 106 000 km² en 2006 à environ 138 000 km² en 2018, soit près de 30 % de plus. En 2006, l’Inde ne comptait plus que 1 411 tigres. Elle en compte aujourd’hui 3 682, soit plus du double. L’espèce reste classée « en danger » par l’UICN.
En France, une réserve où la mer se repeuple. À l’ouest de Marseille, le Parc marin de la Côte Bleue a mis en place deux zones totalement protégées, les réserves de Carry-le-Rouet et du Cap Couronne. Pêche, plongée et ancrage des bateaux y sont interdits. Des bouées jaunes marquent les limites en mer, des panneaux sont posés sur le littoral et la surveillance dure toute l’année. Après quatre décennies de protection, mérous bruns, corbs, daurades royales, loups et saupes sont revenus.
La vidéo rappelle aussi la formule d’Antonio Guterres à Erevan, qui résume l’erreur de calcul de l’humanité : pour un dollar investi dans la protection de la nature, 30 seraient consacrés à sa destruction.
À noter enfin : les États-Unis, qui avaient signé la Convention sur la diversité biologique mais ne l’ont jamais ratifiée, n’en sont pas membres. Ils ne siègent donc pas parmi les 196 Parties réunies à Erevan.
Photo credit : Unsplash
Et maintenant ?
La conférence se poursuit jusqu’au 30 octobre. Les négociations sont difficiles, dans un contexte de tensions géopolitiques et d’incertitudes économiques. Les ONG, de leur côté, réclament des décisions rapides : leur message à Erevan, « Delay is Destruction » (« Retarder, c’est détruire »).
Ce qui sera réellement décidé, nous le saurons à la clôture. Une chose est sûre : un texte, même ambitieux, ne protège rien tant qu’il n’est pas appliqué sur le terrain, par les États, les entreprises… et la pression des citoyens.
Sources
Agence France-Presse. (2026). Au moment où s’ouvre la COP17 en Arménie, les pays accusent un retard sur presque tous leurs objectifs de protection de la biodiversité. Le Temps. https://www.letemps.ch/sciences/environnement/au-moment-ou-s-ouvre-la-cop17-en-armenie-les-pays-accusent-un-retard-sur-presque-tous-leurs-objectifs-de-protection-de-la-biodiversite
Agence France-Presse. (2026, 19 octobre). Nearly 200 nations kick off biodiversity summit in Yerevan. Kuwait Times. https://kuwaittimes.com/article/51923/business/nearly-200-nations-kick-off-biodiversity-summit-in-yerevan/
Arte. (2026). L’Essentiel [Vidéo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=EQvZNpLjZrE
Campaign for Nature. (2026, septembre). 30×30 Global Assessment 2026 [Rapport]. https://campaignfornature.org/wp-content/uploads/2026/09/30x30GAP-2026_13MB.pdf
Grépinet, E. (2026, 19 octobre). La COP17 sur la biodiversité s’ouvre en Arménie : les États du monde entier font face aux limites de leur action. Vert. https://vert.eco/biodiversite/la-cop17-sur-la-biodiversite-souvre-en-armenie-les-etats-du-monde-entier-font-face-a-leurs-promesses/
WWF. (2026, 8 octobre). Rapport Planète Vivante 2026. https://www.wwf.fr/etudes-rapports/rapport-planete-vivante-2026

