Source : UNEA-5.1

Making Peace with Nature

A scientific blueprint to tackle the climate, biodiversity and pollution emergencies

© 2021 United Nations Environment Programme    

 

Le rapport de UNEP fait froid dans le dos. Sur 168 pages, l’état de notre planète et de ses habitants est décrit et détaillé de manière factuelle. En résumé ; perte massive de biodiversité, changements climatiques annoncés et pollutions qui mettent – notamment – notre espèce en danger de mort. Le rapport souligne que les actions menées mondialement ne sont pas assez ambitieuses et que toutes les conventions et accords signés par des pays n’ont pas ou peu été respectés. Le rapport avance des solutions à court, moyen et long et sur différentes échelles de personnes ou groupes de personnes.

L’équipe de Code Animal a lu et sélectionné les informations du rapport qui nous paraissaient intéressantes et importantes à mettre en lumière au vu de nos sujets d’expertises.

Pour plus d’informations et de contexte :  https://www.unep.org/gan/resources/report/making-peace-nature-scientific-blueprint-tackle-climate-biodiversity-and-pollution

La crise de la biodiversité

Un million sur les 8 millions d’espèces estimées dans le monde des plantes et des animaux est menacé d’extinction.

Selon le rapport, la prévention des extinctions des espèces et la conservation de la biodiversité ne peuvent se faire qu’en remettant en question nos modes de consommation et de vie. La conservation et la restauration de la biodiversité doivent faire partie intégrante des utilisations des ressources terrestres, d’eau douce et des écosystèmes marins. De plus, il est important d’avoir une coopération mondiale pour mieux gérer les espaces protégés actuels afin de tendre vers une résilience.

La proportion des populations de vertébrés sauvages a diminué en moyenne de 68 % au cours des 50 dernières années, et l’abondance de nombreuses espèces d’insectes a diminué de plus de la moitié. Les nombres Par exemple, plus de 9 % des races animales sont éteintes et au moins 17 pour cent sont menacés d’extinction.

 

Les écosystèmes se dégradent à un rythme sans précédent, principalement par le changement d’affectation et l’exploitation des sols, le changement climatique, la pollution et les espèces exotiques envahissantes. Ces dernières sont considérées comme la 5ème menace pour la biodiversité, les données cumulées soulignent que les espèces dites invasives ont augmenté de 40% depuis 1980 et sont notamment associées au commerce international. Presqu’un cinquième de la surface de la terre est à risque.

Le changement climatique aggrave d’autres menaces pour la biodiversité, et de nombreuses espèces végétales et animales ont déjà connu des changements dans leur aire de répartition, leur abondance et activité saisonnière.

Les écosystèmes naturels ont été transformés par l’humain à un rythme accéléré depuis le milieu du XXe siècle. Seul un quart de l’habitat d’origine sur des terres libres de glace fonctionne toujours d’une manière presque naturelle. Une grande partie de cet habitat se trouve dans les zones sèches, froides ou montagneuses avec une faible densité de population humaine et comprend également les aires protégées qui couvrent 15 pour cent de la superficie totale des terres. Un quart des terres a été radicalement transformé en terres cultivées, plantations et autres usages humains. La moitié des terres est pour l’utilisation humaine ou laissée en semi-naturelle : pâtures pour le bétail, forêts semi-naturelles exploitées pour le bois et les systèmes d’eau douce altérés par l’utilisation de l’eau.

 

Les forêts du monde constituent près d’un tiers de la superficie des terres, et environ 10 pour cent de leur superficie a été perdue par des conversions à d’autres utilisations des terres depuis 1990, bien que le taux de déforestation tende à diminuer.

Les zones humides sont les types d’écosystème plus transformées et dégradées. Il ne reste que 15 % des zones humides.

La dégradation des écosystèmes et leur transformation ont contribué à environ un quart des émissions de gaz à effet de serre au cours de la décennie 2010-2019. Plus de la moitié de ces émissions proviennent de la transformation des terres (en particulier la déforestation) et la plupart du reste de la perte de carbone du sol dans les terres cultivées.

 

Un tiers des stocks de poissons marins sauvages ont été surexploités en 2015. Soixante pour cent des stocks sont pêchés à un rendement maximal durable et seulement 7 pour cent sont sous-exploités.

Les intrants dans les écosystèmes côtiers ont produit plus de 400 « zones mortes » totalisant plus de 245 000 km2 – une superficie plus grande que le Royaume-Unis ou Équateur. La pollution marine par les plastiques a décuplé depuis 1980, constituant 60 à 80 % des débris marins. Elle se trouve dans tous les océans à toutes les profondeurs et se concentre dans les courants océaniques. Les déchets plastiques marins provoquent des effets écologiques comme l’ingestion par les animaux.

 

Le risque de perte irréversible des écosystèmes marins et côtiers, y compris les prairies sous-marines et les forêts de varech augmentent avec le réchauffement climatique. Un réchauffement de 2 °C devrait entraîner une diminution dans la biomasse des populations animales marines et leur productivité. Les récifs coralliens sont particulièrement vulnérables : une diminution de 10-30 pour cent de leur répartition géographie a été observée à 1,5°C de réchauffement. Selon le niveau d’augmentation de la mer, 20 à 90 pour cent des zones humides côtières actuelles pourraient être perdues d’ici la fin du siècle. Le changement climatique augmente la probabilité que l’océan Arctique soit libre de glace en été.

 

Les changements climatiques

Les changements environnementaux ont déjà un impact négatif sur les progrès sociétaux pour mettre fin à la pauvreté et à la faim, réduire les inégalités et promouvoir une croissance économique durable et le travail pour tous afin de tendre vers des sociétés pacifiques et inclusives. La dégradation des sols, par exemple, affecte négativement plus de 3 milliards de personnes.

Rien qu’en 2018, les dommages causés par les changements climatiques et les catastrophes naturelles ont coûté environ 155 milliards de dollars.

La perte d’insectes pollinisateurs menace la production agricole mondiale annuelle pour une valeur comprise entre 235 milliards de dollars américains et 577 milliards de dollars.

Le réchauffement climatique actuel, plus important sur terre que sur l’océan et plus élevé dans les régions polaires, a déjà entraîné la fonte des calottes glaciaires et de glaciers, une augmentation du niveau de la mer, des événements climatiques plus fréquents et extrêmes, des changements dans les précipitations d’eau de pluie, ainsi que des changements dans les zones climatiques, comme l’expansion des zones arides et une diminution des zones polaires.

Les émissions de gaz à effet de serre qui piègent la chaleur continuent d’augmenter, avec des concentrations atmosphériques actuelles beaucoup plus élevées qu’au cours des 800 000 dernières années. L’accumulation de chaleur dans les océans persistera pendant des siècles et affectera de nombreuses générations. Environ les deux tiers du réchauffement causé par les gaz à effet de serre anthropiques sont dus au dioxyde de carbone, provenant principalement de l’utilisation de combustibles fossiles. Environ un quart du réchauffement climatique découle des activités liées à la terre – l’agriculture, la foresterie et en particulier la modification par l’humain des couvertures terrestres naturelles.

Les puits naturels de carbone d’aujourd’hui ne peuvent absorber qu’environ la moitié des émissions anthropiques de dioxyde de carbone. Cependant, l’augmentation de l’absorption de dioxyde de carbone par les océans provoque l’acidification nocive de l’eau.

À l’échelle mondiale, les risques de pénurie d’eau dans les zones arides et les dommages causés par les feux de forêt devraient augmenter avec le réchauffement climatique de 1,5°C, et les projections les plus graves prévoient un réchauffement de 3°C.

Le changement climatique et la dégradation des sols combinés accentuent la perte de biodiversité et augmentent les risques d’extinction des espèces. Il est à noter que pour une augmentation de température de 3°C, 50% des aires de répartition géographique et de ¼ à ½ des espèces terrestres seraient amenées à disparaitre.

 

Les pollutions

La pollution est considérée comme étant la troisième menace sur la biodiversité mondiale dans les eaux douces et le 4ème dans les systèmes marins et terrestres.

Le monde est en passe de restaurer la couche d’ozone stratosphérique de la Terre mais il reste encore beaucoup à faire pour réduire la pollution de l’air et de l’eau et gérer en toute sécurité les produits chimiques et les déchets. De grandes quantités de produits chimiques dangereux et de polluants continuent de fuir ou d’être déversés dans l’environnement. Jusqu’à 400 millions de tonnes de métaux lourds, de solvants, de boues toxiques et d’autres déchets industriels pénètrent dans les eaux du monde chaque année.

La capacité de production de l’industrie chimique mondiale a presque doublé entre 2000 et 2017. Les produits chimiques particulièrement préoccupants comprennent ceux qui sont cancérigènes, mutagènes, bioaccumulables et toxiques, ainsi que ceux avec des effets perturbateurs endocriniens.  

La pollution marine des plastiques a considérablement augmenté depuis 1980 et constitue désormais 60 à 80% des déchets marins.

Au cours des dernières décennies, la pollution de l’air extérieur – par exemple, le dioxyde de soufre et les particules dans la troposphère (c’est-à-dire la basse atmosphère) – a diminué dans les pays à revenu élevé mais continue de s’aggraver dans la plupart des pays à faible revenu, les zones urbaines étant généralement les plus préoccupantes. Actuellement, plus de 90 pour cent de la population mondiale vit dans des endroits qui ne répondent pas aux directives de l’OMS sur les particules.

Il est estimé que la pollution entraine la mort prématurée de 9 millions de personnes par an : pollution de l’eau et de l’air, exposition à des substances chimiques, changements climatiques, etc.

Les maladies identifiées comme liées au réchauffement climatique sont les suivantes : sous-nutrition, zoonoses, maladies à transmission vectorielle (dont la dengue, le chikungunya, la fièvre jaune et le virus zika), la morbidité et la mortalité liées à la chaleur, etc.

Les pollutions de l’air domestique et de l’air extérieur comptent pour 6.5 millions de morts prématurées tous les ans, dus notamment aux maladies respiratoires.

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Impacts sur l’espèce humaine

Le bien-être humain dépend cruellement de son écosystème. Ces dernières décennies, les avancées économiques, sociales et technologiques se sont faites souvent au détriment de la capacité de la Terre à subvenir au bien-être humain actuel et futur. La prospérité humaine repose sur l’utilisation judicieuse de l’espace et des ressources disponibles et finies pour toute vie sur Terre. Mais également sur le traitement et l’absorption des déchets humains.

Idéalement, chaque personne bénéficie d’un air et d’une eau purs, une couche de protection via l’ozone stratosphérique, un climat hospitalier et les nombreux avantages supplémentaires que la terre et les océans offrent, y compris la nourriture, les médicaments, l’énergie, les matériaux, l’inspiration etc.

Pour que l’exploitation des resources de la Terre soit durable pour l’ensemble de la biodiversité, notre espèce devrait utiliser les systèmes de la Terre de manière critique et raisonnée.

Or, au cours des 50 dernières années, l’humain a considérablement augmenté la production et l’extraction d’aliments, d’énergie et de matériaux, entrainant certes des progrès technologiques et sociaux pour beaucoup mais en induisant une pression sur l’environnement qui va au-delà des capacités de la Terre.

 

La prospérité humaine est également mise à rude épreuve par le creusement des inégalités, dans lequel le fardeau de la crise environnementale pèse le plus lourd sur les plus pauvres et les plus vulnérables et, plus lourdement encore, sur les jeunes d’aujourd’hui et les générations futures. Les inégalités touchent également les genres, plus particulièrement dans les milieux ruraux où les femmes n’ont pas les mêmes accès aux ressources financières, aux terres, à l’éducation et à la santé que les hommes.

À travers le monde, les gens vivent plus longtemps, sont plus instruits et ont plus opportunités en moyenne que les générations précédentes, mais les écarts de richesse se creusent, tant parmi les pays qu’à l’intérieur de ces derniers.

Environ 1,3 milliard de personnes restent pauvres, et quelque 700 millions souffrent de la faim, et ces deux chiffres devraient augmenter considérablement en raison de la conjoncture économique lié à l’impact de la pandémie de la Covid19. 3.2 milliards d’humains (soit environ 40% de la population mondiale) sont touchés par la dégradation des sols et ce chiffre est en augmentation.

De plus, des questions se posent autour de l’agriculture et la production de nourriture pour la population humaine. Les espèces et la diversité génétique sur lesquelles s’appuient l’alimentation humaine n’ont jamais été aussi pauvres qu’aujourd’hui. La perte des pollinisateurs, pourtant indispensables pour 75% des plantes que nous consommons, et de la biodiversité en général, aura un impact négatif sur notre résilience alimentaire. L’érosion des sols dans les parcelles agricoles est 10 à 100 fois plus rapide que la formation même de ces sols, entrainant ainsi un manque de nutriments dans ces sols et une baisse des capacités de rétention d’eau.

 

De plus, environ 75% des nouvelles maladies infectieuses humaines ont pour origine des animaux. C’est ce qu’on appelle des zoonoses. Plus de 335 épidémies de maladies émergentes ont été recensées à travers le monde entre 1940 et 2004, et la fréquence de ces épidémies s’accentue. Parmi les zoonoses émergeantes, 72% ont pour origine des animaux sauvages contre 28% provenant d’animaux domestiques. Les populations animales renferment une vaste diversité de pathogènes à potentiel zoonotique, dont on ne connait aujourd’hui pas grand-chose. On estime par ailleurs à plus de 1.6 millions le nombre de virus potentiels chez les oiseaux et mammifères, et parmi ces virus, au moins 700 000 représenteraient une menace pour la santé humaine.

Ces zoonoses ont des implications directes sur la santé publique et la stabilité financière des pays. Rien que les couts des épidémies récentes de SARS, MERS et Ebola sont estimés chacun à plusieurs dizaines de milliards de dollars américains. Avec le recul sur la pandémie de Covid-19, les couts économiques seraient estimés en plusieurs dizaines de billions de dollars US. Rappelons que WHO a déclaré la pandémie de Covid-19 le 11 mars 2020. En décembre 2020, plus de 64 millions de cas de covid-19 avaient été déclarés et 1.5 millions de personnes en sont mortes.

Lire notre dossier : Pourquoi le coronavirus ne sera certainement pas la dernière pandémie mondiale.

 

Les systèmes économiques et financiers ne tiennent pas compte des avantages essentiels que l’humanité tire de la nature et n’incitent pas à gérer la nature avec sagesse et à maintenir cette valeur. En effet, d’un point de vue économique, la nature est une « capital actif » vital qui fournit de nombreux biens essentiels et des prestations de service via les ressources renouvelables ou non.

Les indicateurs économiques traditionnels comme le produit intérieur brut (PIB) surestime les progrès parce qu’ils n’intègrent pas les coûts de la dégradation de l’environnement ou la baisse du capital naturel. Ils ne reflètent pas non plus les indicateurs de santé, d’éducation et de autres dimensions du bien-être humain.

La plupart des avantages qu’offre la nature n’ont actuellement aucune valeur financière ou marchande en dépit du fait qu’ils fournissent les fondements de la prospérité de notre espèce. Pire encore, on ne calcule pas le coût de l’impact de subventions nuisibles à l’environnement telles que celles pour l’agriculture et l’énergie fossile. Cela représente un risque croissant pour les économies et les sociétés.

Au cours des 50 dernières années, la population humaine a plus que doublé, tandis que l’extraction de matériaux, les productions d’énergie primaire et de nourriture ont plus que triplé. L’économie mondiale a presque quintuplé, la consommation a triplé et le commerce mondial a décuplé.

 

Les personnes dans les pays à revenus élevés consomment généralement beaucoup plus que les personnes dans les pays à revenus faibles et intermédiaires.

Selon les projections, la population mondiale, l’économie et l’utilisation des ressources devraient continuer de croître, mais à un rythme plus lent. D’ici 2050 par exemple, la population mondiale devrait passer de 7,8 milliards de personnes aujourd’hui à près de 9 milliards. La population mondiale devrait également devenir plus riche et plus urbaine. La production de l’énergie devrait augmenter d’environ 50 pour cent et l’alimentation de 70 pour cent. Ces projections dépendent des futures stratégies politiques.

Les risques environnementaux sont plus accrus dans les villes et les zones urbaines, comme par exemple, les dégâts provoqués par les vagues de chaleur, les crues soudaines, la sécheresse, les incendies de forêt. A rappeler que plus de 50% de la population humaine mondiale vit dans les villes. Ces espaces sont responsables de 75% des émissions de CO²

Les communautés humaines qui vivent sur les côtes sont également hautement à risque et exposées à une multitude de dangers environnementaux : les cyclones tropicaux, la levée du niveau des mers, les inondations, etc. Selon les projections de la montée des eaux, il est estimé qu’entre 20 et 90% des littoraux actuels seront perdus d’ici la fin du siècle, y compris les mangroves et marais salants.

Un autre point soulevé est l’utilisation et la répartition de l’eau douce dans nos sociétés dans les années à venir. Les problèmes liés notamment au stockage, à la pollution, la qualité de l’eau, l’écoulement des eaux et la restauration d’espaces naturels, etc. sont urgents à traiter.

 

L’augmentation de l’utilisation des ressources et de la production de déchets humains provoquent des changements environnementaux qui transcendent les frontières et les continents. Pour satisfaire des demandes croissantes, les humains utilisent toujours plus de terres, d’eau douce, d’océans pour la production et l’extraction de nourriture, de fibres, d’énergie et de minéraux ainsi que pour les installations industrielles, les infrastructures, etc. Ce faisant, les sociétés libèrent également des gaz à effet de serre et des polluants (produits chimiques toxiques) ainsi que des déchets domestiques et industriels.

 

Des actions bien peu ambitieuses face à ces urgences.

Les premières séries de conférences sur le développement durable ont été mises en place par l’Assemblée générale des Nations Unies (ONU) en 1969. La Conférence de Stockholm a identifié l’environnement comme un défi nécessitant une réponse à l’échelle du système des Nations Unies et a abouti à la création du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) pour aider à mener et à coordonner l’effort international. Les gouvernements ont depuis mis en place un certain nombre de mesures environnementales multilatérales spécifiques.

Aucun des objectifs mondiaux convenus pour la protection de la biodiversité et pour arrêter la dégradation des sols et des océans ont été pleinement satisfaits. Les trois quarts de l’espace terrestre et les deux tiers des océans sont désormais impactés par les activités humaines. Un million des 8 millions d’espèces de plantes et d’animaux estimées dans le monde est menacé d’extinction, et de nombreux services écosystémiques essentiels au bien-être humain s’érodent.

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Les coûts liés à l’inaction pour limiter les changements environnementaux dépassent de loin les coûts de l’action.

Transformer la relation de l’humain avec la nature est la clé d’un avenir durable.

Les représentations humaines qui caractérisent une vie réussie ne devraient plus être portées notamment sur le niveau de consommation matérielle mais sur la création de relations riches impliquant des liens entre les humains et  la nature, dans le respect des héritages et traditions à travers le monde. L’emphase doit être mise sur la responsabilité de chacun et des gouvernements pour changer de paradigmes et construire de nouveaux modèles de sociétés dans lesquels les citoyens seraient plus actifs avec des actions qui ont du sens, des lois pourraient protéger l’environnement et les intérêts des humains à vivre dans cet environnement tout en le préservant.

Le rapport pointe le fait que les intérêts à court terme dans un modèle de développement expansif prévalent trop souvent sur les progrès engagés pour endiguer les problèmes environnementaux. La recherche de status quo et l’inertie des vieux modèles et de certains comportements humains peuvent également être des freins au développement de nouveaux paradigmes.

Cependant et étant donné l’interconnectivité du changement climatique, de la perte de biodiversité, de la dégradation des sols, de la pollution, etc. il est essentiel que tout cela soit abordé ensemble afin d’avoir un plan d’action visant à maximiser les synergies entre les secteurs.

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Les Accords de Paris.

Les accords de Paris ont pour objectifs de limiter le réchauffement climatique en dessous de 2°C au-dessus du niveau de l’ère préindustrielle et de poursuivre les efforts pour limiter davantage l’augmentation des températures à 1,5°C. Pour ce faire, une des pistes envisagées dans ces accords, est la réduction des émissions mondiales nettes de dioxyde de carbone de 45 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2010 et atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Ce plan aurait 50% de chance de réussir pour atteindre un réchauffement climatique de 1,5°C. Un autre scénario plus réalisable avance qu’une trajectoire à 2°C nécessiterait de réduire les émissions mondiales de 25 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2010 et d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2070. Les deux scénarii impliquent des transformations dans des secteurs tels que l’énergie, l’utilisation des sols, l’agriculture, la protection des forêts, le développement urbain, les infrastructures et, plus largement, nos modes de vie.

Mais, selon les rédacteurs du rapport UNEP, le réchauffement va atteindre 1,5°C vers 2040 et peut-être plus tôt. Au vu des politiques actuellement menées au niveau mondial pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, le réchauffement climatique pourrait atteindre au moins 3°C d’ici 2100. Le réchauffement des courants marins de plus de 1°C du aux activités humaines a déjà entraîné des changements climatiques, des changements dans les régimes de précipitations d’eau de pluie, sur la fonte des glaces et glaciers, sur l’accélération de l’élévation du niveau de la mer et la survenue d’événements extrêmes plus fréquents et plus intenses.

Figure ES.2: Global greenhouse gas emissions under different scenarios and the emissions gap in 2030 for unconditional and conditional nationally determined contributions (NDCs) scenarios (median and 10th to 90th percentile range; based on the pre-COVID-19 current policies scenario).

Source: Figure adapted from UNEP 2020a, EGR, ES, Figure ES.5

Les accords Aichi

Aucun des objectifs mondiaux pour la protection de la vie sur Terre n’a été pleinement atteint, y compris ceux du plan stratégique de biodiversité 2011-2020 des accords d’Aichi en matière de biodiversité.

Au niveau mondial, seuls six des 20 objectifs d’Aichi ont été partiellement atteint, comme l’augmentation de la proportion des terres et des océans désignés comme zones protégées et l’amélioration des flux financiers internationaux vers les pays en développement. Peu ou aucun progrès n’a été réalisé sur d’autres objectifs, comme l’arrêt des subventions aux activités nuisibles.                   

Les objectifs sur la limitation de dégradation des terres sont intégrés dans les ODD et la neutralité en matière de dégradation des terres est au centre de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD). Les objectifs internationaux sur des aspects tels que la lutte contre la désertification, la dégradation des sols ou la perte de zones humides n’ont pas été atteints.

Le protocole de Montréal

La couche d’ozone de la stratosphère qui protège la vie des rayons ultraviolets a commencé à se rétablir et devrait revenir à ses niveaux d’avant 1980 d’ici le milieu du siècle tant que les pays continueront d’éliminer la production et l’utilisation de produits chimiques appauvrissant la couche d’ozone comme convenu dans le cadre du Protocole de Montréal.

The key role of science in identifying the depletion of the life-protecting stratospheric ozone layer and the generation of knowledge needed to curb emissions of ozone-depleting substances. Emissions are presented in CFC-11 (trichlorofluoromethane) equivalents. For a graphic representation of the interaction between science and policy that yielded this result, see figure 3.6.

Source: figure adapted from Salawitch et al. (2019)

Quelques pistes de solutions envisagées

Une approche One Health – une seule santé – intègre des actions intersectorielles et planifiées pour protéger la santé des humains, des autres animaux et de l’environnement. Une telle approche est essentielle pour minimiser les risques à venir pour la santé humaine dus au changement climatique, à la dégradation des écosystèmes et à la détérioration de la qualité des aliments, de l’air et de l’eau.

Cela est également essentiel pour prévenir et limiter l’impact des futures crises sanitaires, y compris les flambées pandémiques liées aux maladies d’origine animale telles que COVID-19.

Le rapport pointe également l’importance de combattre le trafic faunique et d’empêcher les populations humaines de détruire les points chauds de la biodiversité. Pour cela, il est urgent de mettre en place des mesures de protection de la biodiversité des impacts du commerce – et ce, sur toute la chaine commerçante. Les moyens mis en place peuvent être l’éducation des consommateurs, des leviers sur les permis d’exploiter les espaces et les espèces, des standards de production, une traçabilité sur l’origine des espèces, etc.

Il est également souligné que la mise en place d’aires protégées est nécessaire pour protéger les espèces et les espaces qui ne sont actuellement pas protégés. La plupart des aires protégées aujourd’hui sont trop restreintes et trop isolées pour être efficaces sur le long terme. Il est donc urgent de mettre en place des connexions entre ces espaces pour qu’ils soient plus résilients et plus adaptés au réchauffement climatique en permettant la circulation des espèces. De plus la gouvernance et la protection de ces aires protégées ne sont pas toujours efficaces. Une des mesures des conventions internationales comme la COP15 est la protection d’au moins 30% des territoires terrestres et des mers d’ici 2030. Actuellement à travers le monde, seulement 14% des terres et 6% des océans sont des aires protégées et il subsiste un problème quant au manque de diversité dans les types de milieux protégés qui concerne notamment les marécages et les  terres humides.

 

La restauration des milieux est également avancée comme une piste d’amélioration : reforestation, techniques agro-écologiques, etc.

Le rapport démontre aussi que la réduction de la consommation de produits carnés et un changement dans nos régimes alimentaires améliorent la santé humain et réduit les pressions sur les sols, l’eau et la biodiversité.

 

Pour aller plus loin, UNEP a développé un tableau regroupant les actions possibles et interconnectées de différents acteurs (Table ES.1 Actors and actions to transform humankinds relationship with nature) ainsi que des scénarios et trajectoires de développements socio-économiques afin d’étudier les différents impacts (SSP).

Alexandra Morette