Enquête & données — Code Animal
Neuf mois de veille de presse consacrée aux animaux exotiques en France : ce que les faits divers, additionnés les uns aux autres, racontent d’un phénomène que la presse locale couvre au coup par coup, mais que personne n’additionne.
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Un python retrouvé sous le capot d’une voiture à Toulouse. Un boa dans un jardin en Dordogne. Un cobra introuvable pendant un mois près de Castelginest. Pris un par un, ce sont des faits divers. Mis bout à bout sur neuf mois, ils dessinent une tendance de fond que nous avons voulu documenter : celle d’un marché des animaux sauvages pour les particuliers qui produit, presque chaque semaine, un animal livré à lui-même sur la voie publique.
Nous avons dépouillé notre veille de presse : 146 articles publiés par des médias nationaux, régionaux et locaux entre février et septembre 2026, pour isoler tout ce qui relevait d’une évasion, d’un animal errant ou d’un abandon avéré. Voici ce qu’elle montre. Ceci révèle une tendance à minima puisque notre équipe, par manque de moyens, n’a pas traité des signalements sur les réseaux sociaux, qui sont également très nombreux, notamment sur les tortues terrestres.
Un phénomène qui explose avec la chaleur
La courbe des signalements suit une saisonnalité très marquée. De février à avril, la presse rapporte deux à trois cas par mois. À partir de mai, le rythme s’accélère nettement, avec un pic en août : 12 signalements en un seul mois, soit plus d’un quart du total sur la période étudiée.
Graphiques sur les données de Code animal
Cette saisonnalité n’a rien de mystérieux : c’est la période où les terrariums sont le plus souvent mal refermés à cause de la chaleur, où les animaux eux-mêmes sont plus actifs, et où les propriétaires partent en vacances, parfois sans solution de garde adaptée pour un reptile.
Le serpent, grand oublié de la vigilance publique
Sur les 43 cas recensés, 33 concernent un serpent : python, boa, cobra, couleuvre ou serpent des blés. C’est de loin l’animal le plus représenté, très loin devant les tortues, oiseaux ou petits mammifères exotiques.
Un de ces cas est un cobra, une espèce venimeuse, ce qui change radicalement la nature du risque et explique le traitement médiatique plus alarmiste de ces épisodes, notamment près de Toulouse où les recherches se sont étalées sur plusieurs semaines, allant meme jusqu’à la fermeture de lieux publics.
Mais l’essentiel du flux, ce sont des pythons et des boas : des espèces réputées calmes, largement disponibles en animalerie ou entre particuliers, souvent achetées sans que leur détenteur ait mesuré ce qu’implique de loger, nourrir et contenir un animal qui peut dépasser deux mètres à l’âge adulte.
Autre signal à surveiller : le serpent des blés, une couleuvre nord-américaine non venimeuse très commune en élevage amateur, apparaît quatre fois dans nos données. Relâché ou échappé, il peut s’acclimater durablement au climat français, sans que les conséquences soient, à ce jour et à notre connaissance, très connues.
Photo credit : Unsplash
Une évasion, c’est souvent un abandon qui ne dit pas son nom
C’est le point le plus frappant de notre relevé, et le moins visible dans le traitement médiatique au cas par cas : sur 43 animaux retrouvés en liberté, seuls deux ont vu leur propriétaire se manifester et reprendre l’animal. Pour tous les autres, la presse ne rapporte tout simplement jamais de suite : l’animal est capturé par les pompiers, confié à un refuge ou à un zoo, et l’histoire s’arrête là.
On peut parler d’évasion. On peut aussi se demander, pour la grande majorité de ces animaux, si quelqu’un les cherchait vraiment.
Ce silence n’est pas une preuve en soi, un propriétaire peut se manifester sans que cela fasse l’objet d’un article de suivi. Mais le déséquilibre est tel qu’il mérite d’être posé comme question de fond plutôt que comme détail anecdotique : combien de ces « évasions » sont, dans les faits, des abandons qui préfèrent ne pas dire leur nom ?
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Photo credit : Unsplash
D’où viennent ces animaux ?
Notre veille documente en parallèle une explosion du commerce d’animaux exotiques sur les réseaux sociaux : ventes de servals sur Snapchat, de ouistitis et de fennecs saisis dans des voitures, de mygales oubliées dans un colis, le même mécanisme revient sans cesse. Un animal découvert sur un réseau social, acheté sur un coup de tête, sans évaluation de l’espace, du budget ou de la réglementation nécessaires, et qui finit tôt ou tard par échapper à son propriétaire, d’une manière ou d’une autre.
Sur le plan géographique, nous avons pu localiser 31 des 43 cas. La Haute-Garonne concentre à elle seule 8 signalements : un chiffre à lire avec prudence : plusieurs articles de la période font explicitement référence les uns aux autres (« après l’épisode du cobra », « un mois après le cobra de Castelginest »), ce qui suggère qu’un cas très médiatisé a pu, dans la foulée, augmenter la vigilance et donc les signalements locaux. Ce n’est pas forcément que la région concentre plus d’incidents ; c’est aussi qu’elle a, pendant quelques semaines, concentré l’attention.
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Notre position : passer à une liste positive
Face à ce constat, Code Animal défend depuis plusieurs années le passage à une liste positive : plutôt que d’interdire espèce par espèce (un système structurellement en retard sur un marché qui invente sans cesse de nouvelles « tendances ») la loi n’autoriserait à la vente et à la détention que les espèces pour lesquelles la compatibilité avec la captivité, le bien-être animal et l’absence de risque invasif ou sanitaire ont été démontrés.
Ce n’est pas une idée isolée : plusieurs pays voisins ont déjà franchi le pas ou sont en train de le faire.
Nous ne prétendons pas qu’une liste positive résoudrait à elle seule ce qu’illustrent nos 43 cas, une partie du phénomène tient aussi à l’information des acheteurs, à la formation des vendeurs, à la vitesse de réaction face aux nouvelles espèces vendues en ligne. Mais elle changerait un paramètre décisif : le nombre d’espèces qu’il est possible d’acheter sur un coup de tête, sans y avoir été préparé.
Ce que vous pouvez faire
Soutenez le travail de Code animal, l’une des seules associations en France à travailler sur ce sujet.
Et si vous croisez un animal exotique en liberté, ne tentez pas de le manipuler vous-même : contactez les pompiers ou une association spécialisée.
Soutenir le travail de Code animalMéthodologie : Cette analyse s’appuie sur la veille de presse de Code Animal : 146 articles publiés par des médias français et francophones entre février et septembre 2026, dont 43 relatifs à une évasion ou un animal errant. Les dates non explicites dans les URL ont été estimées par interpolation à partir des articles datés, la veille étant classée chronologiquement. Ce relevé reflète la couverture médiatique du sujet et non un recensement exhaustif des incidents réels, nécessairement plus nombreux.

