Un nouveau rapport de l’IPBES révèle l’urgence d’agir
La biodiversité mondiale est à un tournant critique. Surnommé le « GIEC de la biodiversité », l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) vient de publier un rapport historique. Élaboré par 79 chercheurs et experts du secteur privé en consultation avec les peuples autochtones, ce document a été approuvé par les représentants de plus de 150 gouvernements réunis au Royaume-Uni.
Le constat est clair : toutes les entreprises dépendent de la nature et toutes ont un impact sur celle-ci. Face à l’effondrement accéléré de la biodiversité, les entreprises ont désormais le choix : mener un changement transformateur ou risquer l’extinction.
Une dépendance universelle à la nature
Le constat est sans appel : même les entreprises dont les activités semblent éloignées de la nature en dépendent directement. Qu’il s’agisse d’intrants matériels, de cycles environnementaux comme l’atténuation des inondations et l’approvisionnement en eau, ou de contributions non matérielles telles que le tourisme, les loisirs et les valeurs culturelles, la nature est au cœur de toute activité économique.
Parmi les risques concrets identifiés pour les entreprises figurent le manque d’eau, les inondations, la déforestation, mais aussi des contributions immatérielles comme le tourisme, l’éducation et les valeurs spirituelles et culturelles.
Pourtant, aujourd’hui, peu d’entreprises mesurent et intègrent dans leurs décisions les coûts financiers liés à leurs impacts négatifs. Paradoxalement, il est plus rentable actuellement de dégrader la biodiversité que de la protéger. Beaucoup ne génèrent pas non plus de revenus à partir d’impacts positifs sur la biodiversité, laissant ainsi passer des opportunités économiques majeures.
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Des chiffres alarmants
Le rapport, élaboré pendant trois ans par 79 experts de 35 pays, met en lumière des données préoccupantes :
- 7 300 milliards de dollars de flux financiers en 2023 ont eu des impacts directement négatifs sur la nature
- Seulement 220 milliards de dollars ont été orientés vers la conservation et la restauration de la biodiversité (soit à peine 3% des fonds)
- Moins de 1% des entreprises publient des rapports mentionnant leurs impacts sur la biodiversité
- 60% des terres autochtones dans le monde sont menacées par le développement industriel
- 25% des territoires autochtones subissent une forte pression liée à l’exploitation des ressources
Le statu quo n’est plus une option
Les conditions actuelles perpétuent le statu quo et ne favorisent pas le changement transformateur nécessaire pour arrêter la perte de biodiversité. D’importantes subventions continuent d’orienter des milliards vers des activités nuisibles à la biodiversité, tandis que le lobbying des entreprises et des associations commerciales freine les réglementations protectrices.
À long terme, ces effets peuvent s’inverser dangereusement. « Les impacts de plusieurs entreprises peuvent avoir des effets cumulatifs, se combinant pour avoir des impacts globaux, qui peuvent franchir des points de basculement écologique », analyse Stephen Polasky, coprésident du rapport. Un tel mouvement est susceptible d’entraîner l’extinction des espèces, et avec elles des entreprises : « La perte de biodiversité est l’une des menaces les plus graves pour les entreprises. Pourtant, la réalité paradoxale est qu’il semble souvent plus rentable pour les entreprises de dégrader la biodiversité que de la protéger. » Il ajoute cependant que « le statu quo n’est pas une fatalité – avec les bonnes politiques, ainsi que des changements financiers et culturels, ce qui est bon pour la nature constitue aussi le meilleur choix en termes de rentabilité. »
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Des méthodes pour mesurer l’impact
Le rapport identifie un large éventail de méthodes et de connaissances pour mesurer les impacts et dépendances des entreprises. Trois caractéristiques sont essentielles pour évaluer ces méthodes :
- La couverture : l’étendue géographique des impacts et dépendances
- La précision : la capacité à mesurer correctement ce qui est censé être mesuré
- La réactivité : l’aptitude à détecter les changements attribuables aux actions de l’entreprise
Cependant, toutes les entreprises n’ont pas atteint le même niveau de maturité sur ces sujets. Les méthodes de calcul des impacts et des dépendances peuvent se révéler particulièrement complexes. Révélateur de ce retard : moins de 1% des entreprises publiant des rapports de durabilité mentionnent leurs impacts sur la biodiversité, révélant un manque flagrant de transparence et d’action.
Intégrer les savoirs autochtones et locaux
Le développement industriel menace 60% des terres autochtones dans le monde. Pourtant, les peuples autochtones et les communautés locales sont souvent insuffisamment représentés dans la recherche et la prise de décision des entreprises.
Selon le professeur Ximena Rueda, coprésident du rapport : « Une collaboration respectueuse, qui permet de partager et de mieux utiliser les données, les informations, les apports scientifiques et les savoirs autochtones et locaux peut se traduire par une meilleure gestion des risques et la concrétisation des opportunités pour les entreprises. »
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Plus de 100 actions concrètes
Face à ce constat, agir pour la biodiversité devient une nécessité vitale. Le rapport insiste sur le fait que les entreprises ne peuvent pas, à elles seules, agir à l’échelle du changement nécessaire. Confrontées à une menace grave pour leur pérennité, « toutes les entreprises peuvent être des agents positifs du changement », assurent les auteurs. La collaboration et l’action collective sont essentielles.
Le rapport propose plus de 100 actions spécifiques que peuvent entreprendre :
- Les gouvernements : créer des cadres politiques, juridiques et réglementaires favorables
- Les acteurs financiers : orienter les investissements vers des activités bénéfiques pour la biodiversité et réorienter les flux financiers mondiaux (7 300 milliards de dollars ont eu des impacts négatifs sur la nature en 2023, contre seulement 220 milliards orientés vers la conservation)
- La société civile : promouvoir la transparence et l’engagement des entreprises
- Les entreprises elles-mêmes : à tous les niveaux de décision (direction, opérations, chaîne de valeur, portefeuille)
Ces actions peuvent être prises dès maintenant et profitent à la fois aux affaires et à la biodiversité, notamment par l’augmentation de l’efficience, la réduction des déchets et des émissions.
Un environnement propice au changement
Cinq composantes sont identifiées comme essentielles à un environnement favorable :
- Les cadres politiques, juridiques et réglementaires
- Les systèmes économiques et financiers
- Les valeurs sociales, normes et culture
- La technologie et les données
- Les capacités et connaissances
Le rapport souligne qu’un engagement plus fort en faveur de la nature n’est pas une option pour les entreprises, c’est une nécessité. Pour éviter le greenwashing, il est essentiel que les entreprises aient des stratégies transparentes et crédibles, démontrant clairement leurs actions et divulguant publiquement leurs impacts, dépendances et activités de lobbying.
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Un défi majeur pour l’économie mondiale
Comme le déclare le professeur Stephen Polasky : « Il ne s’agit pas d’une question environnementale lointaine, mais d’un défi majeur qui se pose aujourd’hui au niveau aussi bien des chefs d’entreprise que des gouvernements. Nous devons dépasser le sophisme qui réduit le choix à un choix binaire des gouvernements et des décideurs entre un environnement pro-environnement ou pro-business. »
Une voie vers l’avenir
Le rapport de l’IPBES offre une voie claire pour aligner la prise de décision économique sur la réalité environnementale, apportant ainsi des bénéfices durables aux populations et à la planète. Les entreprises et les acteurs clés peuvent soit ouvrir la voie à une économie mondiale plus durable, soit risquer l’extinction – à la fois des espèces dans la nature, mais aussi potentiellement la leur.
Le temps ne joue pas en notre faveur, mais cette évaluation offre les outils, méthodes et analyses nécessaires pour agir dès maintenant. La conservation, la restauration et l’utilisation durable de la biodiversité sont essentielles non seulement à la durabilité, mais aussi à la réussite des entreprises.
Source : IPBES. (2026). Résumé à l’intention des décideurs : Rapport d’évaluation méthodologique sur l’impact et la dépendance des entreprises à l’égard de la biodiversité et des contributions de la nature aux populations. Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques. https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-47502-ipbes-biodiversite-entreprises-resume-decideurs.pdf
Alexandra
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