Interdiction de la vente des éléphants aux zoos et aux cirques !

Edit 28/08 : La CITES vote en faveur des éléphanteaux et interdit partiellement le commerce d’éléphants vivants pour les zoos et les cirques !

En début de cette semaine, la proposition faite à la CITES – COP18 d’interdire la capture et la vente d’éléphants d’Afrique aux entreprises telles que les zoos et les cirques hors biotope a rassemblé 46 votes favorables, 18 votes contre et 19 absentions. Cette décision a donc atteint la majorité dans la première commission (2 tiers des votes requis pour l’adoption). Elle sera ensuite discutée et approuvée nous l’espérons lors de la session plénière du 28 août. Cependant, l’Union Européenne, qui n’a pas voté lors de la première session, devrait s’opposer à l’interdiction.

Quel statut pour les éléphants d’Afrique ?

La plupart des populations d’éléphants d’Afrique (Loxodonta africana) sont inscrites à l’Annexe I de la CITES à l’exception des populations de la Namibie, de l’Afrique du Sud, du Zimbabwe et du Botswana qui sont inscrites à l’Annexe II sous réserve de l’annotation telle que définie dans la résolution Conf. 11.20 (Rev. CoP17) : « le commerce d’animaux vivants vers des destinations appropriées et acceptables, pour le Botswana et le Zimbabwe et pour les programmes de conservation in situ en Namibie et en Afrique du Sud. ”

Sur la liste IUCN, les éléphants d’Afrique sont classés “vulnérable”.

Pourquoi cette décision ?

Plusieurs rapports et prises de position de scientifiques reconnus sur la question des éléphants d’Afrique soulignent que la captivité ex-situ (hors milieu naturel) de ces animaux n’a pas grand intérêt et que la pratique est cruelle.

Le groupe de spécialistes de l’éléphant d’Afrique (UICN Species Survival) s’est positionné clairement en 2013 en déclarant que la capture d’éléphants vivants dans la nature ne présente aucun avantage direct pour la protection in situ des éléphants.

Les éléphants d’Afrique sont des animaux intelligents dotés de structures sociales complexes avec des solides liens familiaux pouvant durer toute une vie. Les rapports éthologiques et scientifiques reconnus montrent qu’ils peuvent éprouver des émotions complexes comme l’empathie et ont la connaissance des autres et la conscience de soi. Les éléphants sont des animaux grégaires (Moss 1988, Poole & Moss 2008).

Les éléphants d’Afrique sont des grands marcheurs et cela se retrouve dans leur anatomie : des longues jambes, des plantes de pied coussinées et des foulées économes en énergie. Le mouvement stimule leur esprit et muscle leur corps massif.

Les éléphants peuvent consacrer jusqu’à 18 heures par jour à la recherche de nourriture, de jour comme de nuit. Ils dorment au moins 4 à 5 heures par jour. Les domaines vitaux naturels des éléphants d’Afrique se trouvent entre 30 km2 et plus de 10 000 km2 selon les populations et groupes sociaux (Sukumar, 2003).

Compte tenu de leurs caractéristiques biologiques et physiologiques uniques, les éléphants d’Afrique ont des impératifs très spécifiques que la captivité ne peut satisfaire entièrement.

La capture des éléphants pour la revente à des entreprises comme les zoos ou les cirques sont particulièrement cruelles.

Le Guardian avait fait une enquête exclusive sur les méthodes de captures actuelles en 2017 pour l’expédition dans les zoos chinois.

En bref, cette expérience est très traumatisante pour les éléphanteaux capturés (les animaux les plus recherchés par le commerce des éléphants vivants, car ils sont plus faciles à manipuler que les animaux plus grands et plus âgés) qui souffriront par la suite de troubles anxieux puisqu’on vient séparer l’animal de son groupe social en utilisant des hélicoptères et / ou des fusils de chasse afin de faire un maximum de bruit. Alors que ce harcèlement se poursuit, parfois pendant des heures, les plus jeunes éléphants deviennent si fatigués qu’ils ne peuvent plus suivre le troupeau, ce qui les rend plus faciles à capturer par les humains (Cruise & Russo 2017).

Le fait de retirer les éléphants de leur groupe social peut également avoir une incidence sur la capacité de survie du reste du groupe sauvage. Selon les experts, cet impact est d’autant plus grave si la matriarche est retirée. Enlever une matriarche peut briser la dynamique sociale du groupe. Sans elle, les membres du groupe survivants pourraient souffrir de stress chronique (Bradshaw et al. 2005).

Nous ne rentrerons pas dans le détail du dressage particulièrement inhumain pour les éléphanteaux dans les structures de spectacle ou la captivité dans les zoos.

Images PETA USA

Quelle est la situation actuelle ?

Selon les informations obtenues dans la base de données sur le commerce CITES entre 1990 et 2015, il y a eu 1 774 transactions d’éléphants d’Afrique sauvages, la plupart des exportations étant destinées à des États n’appartenant pas à l’aire de répartition. Les exportations concernaient principalement les cirques et les expositions itinérantes (583), la réintroduction dans l’aire naturelle de l’espèce (497) et les zoos (331). D’autres ont été échangés à des fins commerciales (166), d’élevage (18), d’éducation (40), scientifiques (18), trophée de chasse (4) et usage personnel (1).

Sur une estimation mondiale de 533 éléphants d’Afrique d’origine sauvage actuellement détenus en captivité, 465 sont détenus dans des zoos et 68 dans des cirques.

La majorité des éléphants d’Afrique dans les zoos se trouvent en Europe (121), en Amérique du Nord (142) et en Asie (139). En Europe, les pays comptant le plus grand nombre d’éléphants d’Afrique dans les zoos sont l’Allemagne, l’Espagne, le Royaume-Uni et la France.

La plupart des éléphants d’Afrique actuellement dans les cirques se trouvent en Europe (48), le plus grand nombre en Allemagne (22).

Ces chiffres sont tirés des analyses CITES de 2017.

Plus précisément, selon les derniers chiffres, entre aujourd’hui et 2012, le Zimbabwe aurait reçu 2,7 millions de dollars grâce à la vente de plus de 90 éléphants à la Chine et à Dubaï, selon un porte-parole de l’agence de la faune sauvage du pays. L’article de mai 2019 de CNN détaille ces chiffres.

Et la position de l’Union Européenne ?

Selon les associations présentes sur la COP18, l’Union Européenne aux côtés des Etats-Unis et de l’Afrique du Sud, la Namibie, le Botswana et la Zambie se sont prononcés contre l’interdiction, puisque ces parties tirent profil de ce commerce.  

L’article du Telegraph détaille cette non-prise de décision dans un article du 22 aout 2019.

Cette décision pourrait néanmoins avoir un énorme impact positif sur les populations d’éléphants.

La résistance s’organise !

Le 22 août 2049, plus de 37 célébrités ont exprimé leur soutien à la proposition d’interdire la vente d’éléphants d’Afrique aux zoos et cirques et appellent les institutions européennes à suivre ce mouvement. EuroGroup for the Animal la met en ligne ici .

A vous de jouer !

L’ONG World Animal protection vous propose d’envoyer un mail à la commission européenne pour leur demander de soutenir la proposition.

Code Animal vous encourage à tweeter @KarmenuVella (Commissaire européen à l’environnement, aux affaires maritimes et à la pêche) @vonderleyen (Présidente de la Commission Européenne) et @Elisabeth_Borne (Ministre de la Transition écologique et solidaire en France) et leur demande de soutenir l’interdiction lors de la session plénière du 28 août. #StopLiveTrade

Infographie @AFP