Baby, éléphante volée à la liberté : fin d’une vie d’exploitation en cirque

Début janvier 2026, une triste nouvelle a secoué le monde de la protection animale : l’éléphante Baby est morte à l’âge d’environ 42 ans au zoo du Belvédère à Tunis. Derrière ce décès se cache une histoire qui résume à elle seule les dérives de l’exploitation animale dans le divertissement — et l’urgence de l’interdiction des animaux sauvages en cirque prévue en France pour 2028.

Une vie volée dès l’enfance : Baby, éléphante de cirque

Baby n’était pas née en captivité. Elle avait été capturée dans la nature en Afrique au début des années 1980, probablement au Zimbabwe, lorsqu’elle n’était encore qu’un éléphanteau. Pour capturer un jeune éléphant, les braconniers tuent généralement les membres adultes de la famille qui le protègent. Baby a donc certainement assisté à la mort de sa mère avant d’être arrachée à son troupeau.

Dès son arrivée en Europe, elle a été dressée par Gilbert Yeuk Bauer, un dresseur controversé.

Pendant plus de quarante ans, Baby l’éléphante a été :

  • Exploitée dans des cirques itinérants à travers la France et l’Europe ;
  • Forcée à exécuter des numéros impliquant des postures non naturelles ;
  • Utilisée pour des séances photographiques payantes et des « rencontres » avec le public 
  • Maintenue dans des conditions inadaptées : enclos exigus, sols bétonnés abîmant ses pattes, isolement social prolongé, transports incessants.

Les éléphants possèdent une intelligence émotionnelle complexe, une mémoire exceptionnelle, et vivent normalement au sein de structures familiales matriarcales très soudées. Séparée de sa famille biologique, privée de liens sociaux profonds, Baby a passé l’essentiel de sa vie dans une solitude que les spécialistes du bien-être animal en cirque qualifient de profondément traumatisante pour cette espèce.

Photo credit : Code animal 

Un placement controversé au zoo du Belvédère Tunis

En mars 2023, Baby a été transférée au zoo du Belvédère à Tunis. Ce choix a immédiatement suscité la colère de Code animal, pour plusieurs raisons :

1. Ce n’est pas un sanctuaire spécialisé
Le zoo du Belvédère est un parc zoologique traditionnel, orienté vers la présentation au public, pas un centre de réhabilitation pour éléphants. Il ne dispose pas des infrastructures nécessaires pour assurer le bien-être animal : vastes espaces naturels, bassins de boue, enrichissements comportementaux, ou groupes sociaux d’éléphants.

2. Des conditions de détention préoccupantes

  • Baby vivait seule, sans contact avec d’autres éléphants ;
  • Elle souffrait de problèmes podologiques chroniques (pattes abîmées), conséquence de décennies sur sols durs dans les cirques avec animaux sauvages ;
  • L’enclos était restreint et bétonné, sans zones naturelles permettant des comportements exploratoires ; 
  • Elle était exposée quotidiennement au public sans zone de retrait. 

3. Une législation tunisienne moins protectrice
Contrairement à l’Union européenne, la Tunisie ne dispose pas d’un cadre réglementaire strict sur la détention d’animaux sauvages. Le zoo du Belvédère, bien que public, ne répond pas aux standards internationaux des sanctuaires accrédités par des organisations comme la GFAS (Global Federation of Animal Sanctuaries).

4. Un transfert qui contournait l’esprit de la loi
En envoyant Baby hors de France, les autorités ont contourné la responsabilité de lui offrir une vraie retraite dans un sanctuaire éléphants France. Des structures spécialisées en Europe auraient été des alternatives plus respectueuses.

Les derniers mois de Baby l’éléphante

Baby présentait des signes de détresse comportementale : balancements stéréotypés, apathie, difficultés locomotrices croissantes. Malgré les alertes, aucune mesure de transfert vers une structure adaptée n’a été prise.

Selon les premières informations, elle souffrait de complications liées à son âge et à ses problèmes de santé chroniques — conséquences directes de décennies de maltraitance et de conditions de vie inadaptées.

Photo credit : Les Pisteurs / Code animal

La loi 2021 animaux cirque : une avancée historique contre l’exploitation animale divertissement

La trajectoire de Baby illustre pourquoi la France a dû légiférer. La loi n°2021-1539 du 30 novembre 2021 visant à lutter contre la maltraitance animale a marqué un tournant historique en inscrivant dans le Code de l’environnement (articles L.413-8 et suivants) l’interdiction animaux sauvages cirque itinérants.

Ce que prévoit concrètement la loi interdisant les animaux en cirque

Dès 2023 (mesures immédiates) :

  • Interdiction d’acquérir de nouveaux animaux sauvages pour les cirques ; 
  • Interdiction de reproduire les animaux déjà détenus ; 
  • Obligation de déclarer tous les animaux encore en possession des cirques.

D’ici le 1er décembre 2028 (interdiction totale) :

  • Fin de l’exploitation des animaux sauvages dans les spectacles itinérants ;
  • Interdiction animaux sauvages dans des fêtes privées, émissions TV, publicités
  • Obligation de replacer tous les animaux dans des structures adaptées.

Baby n’a pas seulement été « l’éléphante d’un cirque ». Elle a été un être sensible, intelligent, doté d’émotions complexes, privé de tout ce qui fait la vie d’un éléphant : sa famille, son environnement naturel, sa liberté de mouvement, ses interactions sociales.

Sa vie volée, ses souffrances documentées pendant des décennies d’exploitation animale divertissement, et sa fin au zoo Belvédère Tunis au lieu d’un sanctuaire éléphants montrent que la transition vers l’interdiction ne doit pas être repoussée ou détournée.

Code animal demande : 

  • La création urgente de sanctuaires avant 2028 ;
  • Le contrôle du devenir de chaque animal encore détenu dans les cirques ;
  • D’anticiper l’échéance 2028 en accélérant les placements dès maintenant.