Toute une vie dans un bocal.

Les delphinariums sont des aquariums pour delphinidés.

En France, grands dauphins (Tursiops truncatus) et orques (Orcinus orca) sont présentés au public, dans d’autres pays, sont également présentés au public des bélugas, marsouins, faux orques et même dauphins d’eau douce.

La population des Tursiops captifs est gérée par un EEP (European Endangered Species Program), Programme européen d’élevage pour les espèces menacées, alors que l’espèce n’est pas classée menacée sur la liste rouge IUCN. 

Les orques ne sont pas gérés par EEP, leur statut de conservation IUCN est insuffisamment documenté (DD= données insuffisantes) sauf la population des Terres Australes qui est classée En Danger (classement 2017).

Tursiops et Orques sont à l’Annexe II de la CITES, c’est-à-dire qu’ils appartiennent à des espèces qui ne sont pas nécessairement menacées actuellement d’extinction mais pourraient le devenir si leur commerce n’était pas étroitement contrôlé.

En fait, depuis l’arrêté du 20 octobre 1970, il est interdit de capturer et détruire des dauphins.

Cet arrêté a ensuite été abrogé au profit de celui du 27 juillet 1995 fixant la liste des mammifères marins protégés sur le territoire national.

L’arrêté du 1er juillet 2011, toujours en cours, l’a ensuite remplacé.

Ainsi, les parcs comptent-ils sur la reproduction dans les bassins et les échanges entre parcs pour perdurer.

Il y a 3 parcs aquatiques en Métropole : le Marineland d’Antibes, le parc Astérix, Planète sauvage et 1 en Polynésie française à Moorea, un enclos dans la mer.

Ouvert en 1970, le Marineland d’Antibes, sur la côte d’Azur, est le seul en France à détenir des orques.C’est un site touristique, un parc d’attraction sur plusieurs hectares, le delphinarium côtoie un mini-golf, un parc aquatique avec toboggans, des aquariums, des animaux terrestres, un parc de jeux pour enfants et un hôtel.

On peut y toucher les dauphins pendant vingt minutes et pour soixante-dix euros, en plus du prix du billet d’entrée.  

https://www.marineland.fr/parcs-marineland/lagoon/rencontre-avec-les-dauphins/

 Au Parc Astérix, « dauphins et otaries rivalisent d’intelligence et d’agilité pour émerveiller les grands et les petits. Laisser vous subjuguer par un spectacle émouvant »

Voilà comment est présenté le spectacle Révérence au théâtre Poséidon.
Le parc Astérix, ouvert en Avril 1989, se situe dans l’Oise près de Paris.
C’est un parc à thème consacré à l’univers de la bande dessinée d’Uderzo et Goscinny. Des dauphins y sont maintenus captifs et présentés tous les jours en spectacle.


Planète sauvage est situé en Loire Atlantique près de Nantes.
C’est un parc zoologique de 85 hectares.

En 1988, la direction du parc décide de construire un delphinarium et d’importer des dauphins sous prétexte de programme scientifique et de recherche.

Après maints rebondissements, refus du Ministère de l’environnement de l’époque, plaintes et recours, la direction reçoit l’autorisation de présenter les dauphins au public en 2010. À Moorea, au Dolphin center, les 3 dauphins présents seront à priori les derniers captifs.

Aucun programme de reproduction ni projet d’importation ne sont prévus ni souhaités.Ils sont maintenus en captivité dans le lagon et moyennant finance, les touristes ont la possibilité d’interagir directement avec eux.

Les dauphins ont souvent depuis l’antiquité, étaient présentés comme l’ami de l’Homme et font partie de nombreuses mythologies.

Leur habitude de nager à la proue des bateaux, pour profiter des forces physiques leur faisant économiser de l’énergie et non par sympathie pour notre espèce,  les histoires d’humains sauvés en pleine mer de la noyade par des dauphins, l’existence de dauphins dits « ambassadeurs », terme anthropocentré exprimant l’idée que certains dauphins auraient pour mission de faire un lien entre leur monde et le nôtre, alors que ces dauphins solitaires , cherchant  le contact avec les humains, sont des personnalités marginales ou des individus à forte personnalité, curieux et entreprenants qui pour des raisons variées ont décidé de quitter leur groupe social ou en ont été exclus.

Le plus connu du 19ème siècle « Gabriel » a d’ailleurs fait les frais de sa curiosité à l’égard de l’humanité car il a été capturé pour être exhibé dans un zoo et est mort pendant son transport.

Depuis, ses dauphins sont protégés par des lois, protégés également du comportement irresponsable de certains nageurs qui oublient à leurs dépens qu’un dauphin cherchant le contact en pleine mer ou sur une côte, de même qu’un dauphin captif capturé ou même né dans un bassin en béton, reste un animal sauvage avec des instincts sauvages et des réactions parfois imprévisibles.

Le sourire anatomique du dauphin. 

Le feuilleton Flipper le dauphin diffusé pour la première fois en France le 13 Novembre 1966, rediffusé plusieurs fois jusqu’en 2009. Tous ces éléments ont contribué à diffuser une image fausse du dauphin, grand ami et complice de l’Homme. En fait, pour le feuilleton, pas moins de 6 dauphins ont été utilisés, 5 femelles et 1 mâle, qui exécutait la célèbre marche arrière.

Leur dresseur, Ric O ’Barry est devenu un des plus farouches détracteurs de la captivité des dauphins quand Kathy, un des dauphins acteur, est morte dans ses bras. La télévision, les histoires, les interprétations hâtives ont créé de toute pièce l’image d’un dauphin heureux en notre présence, épanoui en captivité et ont contribué au succès des premiers cirques aquatiques.

Mais devant les avancées scientifiques, les recherches comportementales in situ, le changement des mentalités, le travail des associations de défense des animaux, les nombreux témoignages des ex-soigneurs dans les parcs, le film Black fish, la vie des delphinidés dans les parcs est de plus en plus sujet à controverse.Le vent a tourné pour toute cette industrie qui tente de se justifier sous couvert de recherche scientifique et d’éducation du public.

Il faut tout de même préciser que les delphinariums ont été créé dans un seul but de divertissement et qu’aucune intention éducative n’était revendiquée à la base, comme l’exprimait d’ailleurs George Millay, cofondateur de Sea World en 1989 : « SeaWorld was created strictly as entertainment. We didn’t try to wear this false façade of educational significance. »

Le discours éducatif et scientifique n’est venu que sur le tard, dans une tentative de justification de l’industrie.

Le message publicitaire du Marineland est d’ailleurs : « Rencontrer un jour, protéger toujours. Ces animaux extraordinaires sont de plus en plus en danger dans leur milieu naturel. Venez les découvrir à Marineland et apprenez à mieux les protéger en mer » Le même argument que les circassiens avec les lions et les éléphants … Nous protégeons ces animaux d’un monde extérieur cruel et dangereux. Chez nous, ils sont nourris et protégés, pas de braconniers pour les uns, de filets de pêches et de pollution pour les autres. 

Comme si les dauphins appréciaient la musique techno, les cerceaux multicolores, les échouages à répétition, les parois en béton (difficile alors d’exprimer un comportement naturel comme l’écholocation car les ondes sonores qu’ils émettent se répercutent sur les murs du bassin) les jouets en plastique, le quémandage de poissons congelés pour un tour bien effectué.

Bien sûr les animaux ne sont plus affamés pour exécuter leur tour, bien sûr les soigneurs qui s’en occupent font de leur mieux pour les distraire. Mais rien en captivité ne pourra combler leurs véritables besoins physiologiques. Les dauphins sont des animaux sociaux, qui vivent sur un mode fusion-fission, c’est-à-dire qu’ils vivent ensemble, se séparent, reviennent selon des schémas qui leur sont propres.

Il existe 2 écotypes de Tursiops, un écotype côtier qui peut être migrateur ou sédentaire, un écotype du grand large généralement sédentaire. Les Tursiops sont des animaux sociaux qui vivent principalement en groupe allant de 2 à plusieurs dizaines d’animaux. Ces groupes peuvent rester stables pendant des années, sont souvent apparentés quand il s’agit de femelles qui protègent ainsi leurs petits des mâles ou des autres prédateurs. 

Les groupes de mâles ne sont généralement pas apparentés, ils s’associent pour la recherche de femelles en chaleur. Les dauphins sont des prédateurs, les combats entre mâles sont très fréquents et violents, les alliances se font et se défont dans le milieu naturel, ce qui est parfaitement impossible dans des bassins aux dimensions si petites dans lesquels ils sont maintenus. Les dauphins qui vivent en pleine mer peuvent sonder à 200 mètres, rester sous l’eau pendant 20 minutes.

En captivité, les animaux sont obligés de cohabiter, écotypes côtiers et du grand large ont été mélangés, les différences de comportements ont été gommées par la force des choses, engendrant régulièrement des drames, infanticides, bagarres extrêmement violentes car les zones de repli n’existent pas, avec de jeunes dauphins qui essaient de sortir du bassin pour échapper à leurs agresseurs.

Les dauphins ne sont donc pas des « anges » au sourire permanent, ce sont des carnivores qui ont besoin d’exprimer leur comportement naturel, explorer leur territoire, interagir entre eux et parfois avec d’autres espèces, maintenir leur puissante musculature en se déplaçant en permanence.

De même pour les Orques : ces animaux qui sont des super prédateurs au sommet de la chaîne alimentaire vivent bien mal en captivité. Il en existe trois types : les orques nomades solitaires ou vivant en petits groupes de quelques individus, elles sont silencieuses et se nourrissent principalement de mammifères marins,

 Les orques résidentes qui reviennent toujours dans la même zone à une période donnée et qui vivent en groupes de 5 à 50 individus dirigés par une matriarche, elles sont majoritairement ichtyophages, mais peuvent à l’occasion s’attaquer à des mammifères marins, des oiseaux de mer aussi.

Enfin, les orques offshore ou hauturières (= de haute mer) qui vivent en groupes de 30 à 60 individus et qui mangent principalement des poissons. Les orques sont connus pour avoir des traditions et des cultures, différentes d’un groupe à l’autre et transmises aux générations suivantes. Chaque clan représente une famille dont les individus communiquent entre eux en permanence.

Les groupes sont très structurés et très unis tout au long de la vie des individus. Que ce soit pour les dauphins ou les orques, les comportements sociaux naturels ne peuvent en aucun cas être reproduits en captivité. Dans les bassins, dauphins et orques errent à la surface, déclenchent des comportements agressifs auxquels les plus faibles ne peuvent se soustraire, faute de place.

Ennui, stéréotypies, dépression, stress, sont le lot de ces animaux maintenus prisonniers. Leur intelligence fait que les mêmes tours qu’ils ont appris en très peu de temps et qu’on leur demande de refaire tous les jours inlassablement, sont d’un profond ennui pour eux. 

Les sollicitations permanentes qu’ils auraient dans le milieu naturel n’existent pas en bassin, fouiller le sable pour les dauphins, sonder à plusieurs mètres de profondeur pour les orques, varier la nourriture en fonction des habitudes des groupes et des proies rencontrées, parcourir des kms pour entretenir sa musculature et son mental, tout cela est impossible en bassin …on leur offre des ersatz de vie et des blocs de poissons congelés pour leur anniversaire…

Le delphinarium est un lieu de spectacle, conçu pour que la visibilité soit maximale pour le spectateur, pas pour que l’animal ne s’y sente bien.

Pas de vagues pour surfer, pas de sable à fouiller pour y dénicher du poisson, pas de courant, pas de poisson vivant à chasser, pas d’algue à offrir à sa compagne, pas de nouveaux compagnons à rencontrer au hasard dans l’immensité de la mer.… Le vide total …

L’animal est mis en scène, évolue au rythme des coups de sifflet et de distribution de poissons congelés quand le tour est bien effectué. Ce qu’on lui demande correspond à des standards humains, pas à des activités naturelles entre dauphins. Le public vient pour se divertir, pas pour apprendre, il vient « consommer » du dauphin, et comme dans les zoos, on l’entretient dans l’idée que l’animal sauvage est à sa disposition pour son plaisir personnel, pour sa joie instantanée.

Le peu d’études qui ont été faites sur l’impact éducatif de telles structures n’a absolument rien de concluant. L’industrie des delphinariums s’est auto-proclamée éducative mais il est intéressant de noter que les pays qui massacrent et capturent les dauphins comme le Japon possèdent beaucoup de parcs aquatiques alors que ceux qui ont une éthique forte en ce qui concerne la conservation des mammifères marins n’ont pas de dauphins en captivité.

En fait, exposer des animaux d’une telle intelligence dans de tels endroits ne sensibilise pas le public à la nature et ne l’incite pas au respect du vivant. Bien au contraire, il le désensibilise face à la souffrance de l’autre et renforce son égoïsme.

Un dauphin ou un orque hors de son espace a été réduit à l’état de marionnette …

Certains mêmes de ses comportements naturels ont été déviés dans leur signification pour le spectacle, comme un dauphin qui donne des coups de queue à la surface de l’eau prévient ses congénères de son mécontentement, il ne bat pas la mesure, ou lorsqu’il claque son bec à la surface de l’eau, c’est aussi un signe de mécontentement, il ne rit pas avec nous !

Aujourd’hui avec les technologies modernes, les drones, les satellites, les balises placée sur certains animaux pour connaître leurs modes de déplacement, les caméras, les biopsies, les biologistes qui suivent de près les populations, il est profondément malhonnête de maintenir de tels animaux dans de telles conditions sous des prétextes de recherches et de conservation, comme les japonais et la pêche à la baleine à des fins de recherche scientifique …

D’ailleurs, très peu de publications proviennent de recherches en captivité. En effet, lors des Biennial Conference on the Biology of marine Mammals, il ressort en 2010 que seul 1,2% des articles scientifiques sur les orques concerne des animaux captifs, et en 2017, le pourcentage de présentations résultant de recherches sur les cétacés captifs était de 6,2 %.

Lors de la dernière décade, la contribution des delphinariums à la science des animaux marins n’a pas augmenté de façon significative (the case against marine mammals in captivity 2019, Naomi A. Rose).

Législation :

L’arrêté du 24 août 1981 relatif au fonctionnement, au contrôle et aux caractéristiques auxquels doivent satisfaire les installations abritant des cétacés vivants est promulgué. Il est abrogé au profit de l’arrêté du 3 Mai 2017, lui-même annulé au 29 janvier 2018, ce qui implique donc un retour à l’arrêté du 24 août 1981, jusqu’à ce jour et en attente de nouvelles décisions.

SOURCE

Raisons invoquées pour l’abrogation par les avocats du Marineland : Ségolène Royal a introduit dans l’arrêté des modifications de dernières minutes sans concertation, modifications qui bouleversent l’économie générale des parcs animaliers français.

Un recours au conseil d’État a donné raison aux plaignants pour vice de forme.

À l’origine, un statut quo avait été obtenu concernant la reproduction des dauphins qui ne devait se faire qu’en fonction de la configuration et la taille du bassin et sous contrôle étroit. Cette notion s’était transformée en interdiction totale. 

Les parcs ne veulent pas se trouver dans l’obligation légale d’augmenter substantiellement la taille de leur bassin et donc de dépenser des millions pour une activité dans la fin est programmé à courte échéance, le cheptel des animaux ne pouvant être renouvelé en cas de décès.