En bref

QUI :

Rémy Gaillot, entrepreneur d’origine savoyarde, ancien propriétaire d’un parc animalier en Auvergne.

OÙ :

Dans le parc naturel régional du massif des Bauges (PNRB), au Revard, dans la forêt domaniale de la commune du Montcel (faisant partie de la collectivité des communes de Grand Lac).

Cette forêt domaniale appartient à l’Etat, et est gérée par l’ONF qui applique un plan de gestion approuvé par le Ministre de l’Environnement et de l’Agriculture. Le massif est classé en ZNIEEF.

C’est un paysage naturel riche en espèces animales, discrètes mais précieuses : chat forestier, lynx, loup, loutre, aigles et vautours… et sur le secteur du projet persiste l’une des plus importantes populations savoyardes de Gélinotte des bois. Les Bauges ont aussi une Réserve Nationale de Chasse et de Faune Sauvage, RNCFS unique en France de chamois et mouflons permettant l’étude et la biologie des espèces faunistiques, la réintroduction ou le renfort de populations dans d’autres territoires (> 500 chamois relâchés avec succès dans l’Arc Alpin entre 1957 et 1997 et près de 300 mouflons).

Aperçu :

Parc animalier de 40 hectares dont l’objectif serait de présenter une trentaine d’espèces au public dont panthères des neiges, pandas roux, takins, ours du tibet, loup arctique… en captivité, présentées au public.

Selon le porteur du projet, ce parc aurait pour but la conservation de la biodiversité car spécialisé dans les espèces menacées des massifs montagneux du monde,  “un concept qui n’existe pas ailleurs en Europe” rappelle-t-il.  

Prévision de la construction d’une boutique, d’un restaurant et d’un local de soins en plus.

Petit historique :

Pour rappel, en 2007, un projet de parc zoologique sur ce territoire avait déjà été imaginé, mais n’avait pas abouti suite à l’opposition d’associations, de la population locale et du Parc naturel régional des Bauges.

2018 : Rencontre entre le porteur du projet, les élus locaux et  les acteurs du territoire

25 novembre 2019 : réunion non publique à l’initiative du Parc Naturel
Régional des Bauges, au cours de laquelle, a été évoqué ce projet de parc zoologique. Les associations, les citoyens et même certains élus présents ont découvert avec stupéfaction ce projet.

Aucune étude d’impact sur l’environnement, de carte d’implantation, ni même le nombre total d’animaux présentés n’ont été communiqués.

2022 : Ouverture prévue du parc

Source

Un collectif en guerre

Ce projet a lancé une vague de protestations de la part de citoyens, d’associations et de collectifs locaux, tels les Amis de la Terre en Savoie. Ces derniers dénoncent un manque d’informations précises et concrètes au sujet de ce projet, ainsi que ses conséquences potentielles sur le territoire.

Le collectif « Bauges en liberté » s’est constitué pour faire face à ce projet. Il comprend : FNE 73, FNE 74, les Amis de la Terre 73, les Amis de la Terre 74, Cyclamen, Chéran Bauges Environnement et Code Animal.

Ils indiquent également l’absence de documents de travail avant et durant la réunion concernant ce nouveau projet de « parc zoologique » du 25 novembre 2019 à la maison du PNRB.

De plus, les élus présents de la commune du Montcel (1er adjoint et déléguée auprès du PNRB) ont publiquement déclaré qu’ils n’avaient jamais entendu parler de ce projet au sein de leur Conseil Municipal. Le 18 décembre 2019, le PNRB a émis un premier avis qui bien que « très réservé », laisse entrevoir la possibilité de réalisation de ce projet.

Le maire du Montcel Jean-Christophe Eichenlaub insiste “Pour l’instant, ça n’est qu’un projet! J‘attends d’en savoir plus, de connaitre la position du Parc, des associations. Et si vraiment ce projet faisait jour, je ferai de toute façon une réunion publique et un référendum!“.

Rappelons qu’un projet similaire dans les Bauges avec déjà vu le jour en 2008 et n’avait pas abouti car les associations locales et le PNRB s’y étaient opposés. Ce projet avait eu un tel impact sur les résidents qu’il a été à l’origine de la création du collectif local les Amis de la Terre.

Qui seront les animaux présents ?

Une trentaine d’espèces menacées, originaires des massifs montagneux du monde entier, tels que la panthère des neige (Panthera uncia) ou l’ours bleu du Tibet (Ursus arctos pruinosus).

Rémy Gaillot veut faire valoir que ce projet aurait pour but la conservation du patrimoine génétique des espèces menacées. C’est cet argument qu’il espère convaincra les locaux. Cependant, nous n’avons pas plus d’informations sur les espèces choisies par l’entrepreneur. Nous ne pouvons donc pas vérifier si elles seront bien inscrites sur la liste rouge IUCN en tant qu’espèces menacées. Autrement dit, l’argument de conservation des espèces ainsi que leur valeur pédagogique restent à être vérifier.

Pourquoi agir ?

Un projet qui va à l’encontre du développement durable

Le Parc naturel régional du massif des Bauges (PNRB)

  • a été créé en 1995 avec pour mission (entre autres) la préservation de la faune & la flore locale ainsi que le soutien des acteurs économiques locaux ;
  • est labellisé « Géoparc » depuis le 17 Septembre 2011. Un Géoparc est un territoire possédant un patrimoine géologique remarquable ;
  • est inscrit au patrimoine de l’UNESCO (renouvelé en 2020) et s’appuie sur 3 piliers qui sont la préservation des richesses géologiques, le tourisme durable et l’éducation avec sensibilisation à l’environnement et au territoire

Ce parc serait ouvert 8 mois/an avec une estimation de :

  • 100 000 visiteurs/an (12 500/mois)
  • 30 000 véhicules/an (3750/mois)

Avec l’accroissement prévu du trafic routier, une augmentation de la pollution de l’air dans le « poumon » du territoire est à prévoir. Ce projet va à l’encontre du PCAET (plan climat air énergie du territoire) signé en 2019 par Grand Lac, dont l’objectif est la sobriété carbone avec la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Les questions pratiques de la gestion des flux de voitures et des parkings restent sans réponse à ce jour.

La consommation d’eau s’élèverait à 200 m3 pour les animaux, minimum 1000 m3 pour les sanitaires. Il faudra y rajouter la restauration et l’hygiène des locaux.

Les problématiques des déchets générés, des impacts sur le territoire ainsi que des conséquences économiques sur les professionnels et les habitants du territoire restent encore à être déterminées.

Un projet qui menace la biodiversité locale

Une construction sur 40 hectares implique une dégradation directe des milieux naturels ainsi qu’un dérangement des écosystèmes en place.

De plus, nous nous interrogeons sérieusement sur les risques de fuite des animaux et d’espèces invasives introduites par les humains ainsi que de leurs impacts potentiels sur la biodiversité locale.

Quel impact sur les animaux ?

Le porteur du projet est confiant quant au succès d’un tel parc car il possèderait de grands espaces montagneux adaptés aux besoins écologiques des espèces qu’il désire présenter.  Il aimerait de grands enclos pour les animaux afin qu’ils puissent éviter les visiteurs s’ils le souhaitent. “Je ne veux pas faire un ‘monstre’ dans le Parc des Bauges. C’est plutôt un projet à taille humaine“, insiste-t-il, “avec un espace au maximum naturel“. Un enclos, quel que soit sa taille, ne remplace en rien la liberté d’un animal sauvage.

Nous n’avons également pas d’éléments sur la provenance des animaux : parcs zoologiques ? captures dans le milieu naturel ? approvisionnement via des fermes d’élevage ?

Le confinement actuel dû à la crise du COVID-19 met en évidence la fragilité économique des parcs zoologiques.

La captivité et l’artificialité de l’environnement du zoo ne peuvent en aucun cas permettent les conditions de vie naturelles des animaux présents pour le simple divertissement des humains. 

Quoi faire :

  • Partagez et faire connaitre ce projet absurde autour de vous et sur vos réseaux sociaux.

Sources :

https://bulletintransition73.fr/le-retour-dun-projet-de-parc-animalier-au-revard/

https://www.francebleu.fr/infos/environnement/savoie-un-projet-de-reserve-zoologique-dans-le-massif-des-bauges-1575825482

http://www.parcdesbauges.com/fr/

Médias

Le projet de zoo de montagne au Revard, en Savoie, inquiète les associations environnementales (17/05/20 – Placegrenet)