Alors que certains cirques font de la résistance face aux luttes contre la captivité des animaux sauvages, en mentionnant leur argument phare mais infondé qu’ils « participent à la préservation des espèces », moult éléphants et autres animaux croupissent dans des conditions cruelles, privés de tout, réduits à l’esclavage.

Derrière les paillettes :

Les éléphants captifs des cirques ont la particularité qu’ils ont presque tous été violemment capturés bébés, principalement en Indochine & au Cambodge pour les éléphants français, dans leurs hardes matriarcales. Alors que leurs parents étaient abattus pour leur ivoire, eux, étaient revendus à des zoos et des cirques.

Déjà traumatisé, cet animal grégaire et doué d’émotions, est alors privé de son environnement et des nutriments qu’il y trouve, mais aussi de ses congénères, de la 15ène de kilomètres de marche quotidienne essentielle à sa physiologie, et soumis à un stress constant lié entre autres aux postures contre-nature qu’on lui inflige à exécuter (s’asseoir, se coucher, faire l’équilibre ou le poirier, marcher sur ses genoux…). Une étude de la RSPCA a d’ailleurs attesté que la majorité des éléphants captifs ont des multiples affections, carences, et décèdent prématurément, dans des états déplorables. En outre, la captivité et les mauvais traitements entrainent des stéréotypies, c’est-à-dire des troubles du comportement : balancements, hochements de tête, paniques… Chez un humain, on aurait parlé de dépression voire de folie. Mammifère très intelligent et doué de mémoire, l’humiliation, le stress et les violences sont à l’origine de moult accidents. Depuis 30 ans, sont référencés presque 200 accidents ayant causé la mort d’une bonne soixantaine de personnes. Par exemple à Béziers en 1964, pris de panique, 3 éléphants du cirque Amar ont foncé dans la foule, tuant un enfant de 4 ans.

Pour atteindre un tel niveau de domination, l’éléphanteau tout juste sevré sera alors soumis, dénaturés par son dresseur qui se basera sur la peur, les privations et les punitions physiques (pics appelés « ankus »).

Cette vie de misère est le prix d’un business très lucratif car très populaire. L’excès d’anthropomorphisme si souvent reproché aux protecteurs des animaux par les circassiens est en fait le fonds de commerce de ces derniers ! En effet : postures & accoutrements humanoïdes sont imposés aux animaux pour les rendre « humains », donc « cocasses ». Alors, les circassiens, regroupés en un « Collectif Des Cirques De France » ont rédigé une charte du bien-être animal en 2019.  Mais même si cette démarche semble louable, nous verrons plus tard qu’elle n’est pas dénuée de stratégie, et elle ne protège en rien les animaux puisque, par essence, leur place n’est pas là.

Et puis, que dire de tous ces cirques miteux qui n’auront que faire d’une « charte » ? Alors, pour protéger aujourd’hui tous les animaux de cirque tout en allant vers un avenir 100% sans animaux, le seul acte fort est de légiférer.  

Qu’en est-il aujourd’hui ?

L’une des armes possibles pour tout citoyen reste de s’y opposer, en ne cautionnant pas, et mieux, en boycottant ces derniers. On peut écrire à la ministre de la Transition Ecologique & Solidaire, refuser que nos enfants aillent à des spectacles de cirques avec animaux sauvages, encourager les cirques sans animaux, signer des pétitions en ligne…

A l’initiative de Code Animal, les communes peuvent désormais se prononcer contre l’implantation de cirques avec animaux sur leur sol. En mars 2020, 404 communes – dont 95 de plus de 10.000 habitants – avaient pris position par arrêté d’interdiction. Tout citoyen peut solliciter sa commune, et Code Animal peut aider aux démarches.

Mais, malgré un encourageant sondage IFOP 2020 pour notre partenaire, la Fondation 30 Millions d’Amis stipulant que 72% des français sont défavorables à l’exploitation d’animaux sauvages dans les cirques, la perverse curiosité du public est encore présente, a l’instar des « freaks show » qui se sont stoppées dans les années 50.  L’on y exhibait sans éthique ni discernement, tout être vivant « bizarre », dont des animaux exotiques et des humains malformés… C’est d’ailleurs ce qui est dépeint dans le film de Lynch « Elephant Man ».  Les cirques avec animaux auront donc toujours leur clientèle malsaine si rien n’est fait.

Globalement, en Europe, la condition animale dans les cirques avance à petits pas vers un mieux, grâce au travail des associations et aux prises de conscience de certaines instances décisionnaires. Ce fut le cas par exemple en septembre dernier, au Danemark, où le gouvernement a racheté pour 1.5M d’euros, les 4 éléphants d’un cirque pour les envoyer en retraire dans un zoo, la captivité ayant rendu impossible la remise à l’état sauvage des pachydermes. A cette action coup de poing est corrélé un projet de loi interdisant définitivement la présence des animaux sauvages dans les cirques du Danemark. Celui-ci fera donc partie des pays européen les plus fermes en la matière, tout comme l’Italie, la Belgique ou le Portugal. En outre, 28 pays d’Europe ont déjà proscrit légalement (en partie ou en totalité) les cirques avec des animaux sauvages. Alors, la France dans tout ça ?

Aujourd’hui l’article L. 515‑14 du code civil français reconnait aux animaux une sensibilité, mais l’hexagone reste parmi les derniers pays européens qui n’ont pas légiféré, montrant que le bien-être animal n’est pas la priorité chez les politiciens, et ce, bien avant la crise sanitaire.

Mi-2020, un projet de loi en sommeil

Suite aux requêtes de plusieurs associations, un projet de loi a été co-construit. En résumé, il propose d’interdire progressivement la détention d’animaux sauvages dans les cirques et assimilés (montreurs d’ours & loups), mais également dans les delphinariums où leur reproduction serait interdite. Cela suppose que les cirques n’aient plus le droit d’acquérir de nouveaux animaux, et qu’après un certain délais, ils aient pu trouver une place dans un refuge. Cette loi suppose donc que l’Etat puisse apporter une aide budgétaire à ces refuges (comme “Elephant Haven”, “Le Refuge de l’Arche” ou “Tonga Terre Accueil”).

Alors, le gouvernement, par le biais d’Elisabeth Borne ministre de la Transition écologique et François de Rugy, devait annoncer des mesures concernant le bien-être de la faune sauvage captive dans l’objectif d’adopter une vingtaine de mesures prioritaires à l’été 2019.
En amont de ces annonces légiférantes, des groupes de travail ont été construits en avril 2019 : « zoo », « delphinarium », « cirque », « élevage de visons ». Cela explique qu’en 2019, le « Collectif Des Cirques De France » se soit décidé à rédiger leur fameuse « charte du bien-être animal ».

Mais depuis, point d’avancée. Des consultations, de la communication, mais aucune action concrète, et le COVID19 n’arrange rien. Suite à la crise sanitaire, 19 000 000 € de subventions ont été versées par l’Etat pour les cirques et les zoos… L’allocation aurait dû -a minima- être assortie de contreparties visant à accélérer la transition vers des spectacles sans animaux sauvages ! La vérité, c’est surement que Mme Borne ne se soit pas bien approprié le combat pour le bien-être animal, puisqu’elle a pu autoriser en juillet 2019 l’abattage de 6000 courlis cendrés…

Temporisons toutefois ce tableau noir : la transition vers des spectacles sans animaux est en cours en France mais l’État doit driver la démarche, et encore une fois, c’est entre autres une question de personnalités.

D’autres pays l’ont fait avant nous, alors pourquoi tant de retard ?

Villeneuve Elise