Animaux du Marineland : Foire aux questions

La loi du 30 novembre 2021 contre la maltraitance animale interdit la détention de cétacés en France à partir du 1er décembre 2026. Pourtant, deux ans avant cette échéance, aucune solution éthique n’est opérationnelle pour accueillir les 12 dauphins et 2 orques de Marineland. Entre blocage des transferts vers l’étranger, retard dans la création de sanctuaires marins, et émergence d’un projet de « delphinarium 2.0 » à Beauval, ce dossier révèle les tensions entre volonté législative et réalité politique.

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Le Contexte Législatif : Une Révolution Éthique

La loi du 30 novembre 2021

La loi n° 2021-1539 visant à lutter contre la maltraitance animale marque un tournant historique pour les cétacés captifs en France. Cette législation interdit la détention de cétacés à partir du 1er décembre 2026 dans les établissements présentant des spectacles au public. Elle prohibe immédiatement la reproduction de ces animaux ainsi que leur participation à des spectacles. Tout contact direct entre le public et les cétacés, que ce soit à l’initiative du visiteur ou du personnel, est également interdit dès l’entrée en vigueur de la loi.

L’arrêté du 28 juin 2024

Bien qu’il ne remet pas en question la captivité, ce texte d’application précise les obligations pour garantir le « bien-être animal ». Il fixe des normes strictes pour les bassins qui doivent permettre aux animaux de s’ébattre et de sauter sans risque de toucher le fond, de s’isoler du public ou de leurs congénères, et d’être équipés d’enrichissements comme des courants ou des vagues. L’arrêté impose également une surveillance vétérinaire spécialisée et la création d’un Comité scientifique et technique. Il définit précisément le concept juridique de « sanctuaire » ou « refuge ».

Une exception notable subsiste : la détention et la reproduction du grand dauphin (Tursiops truncatus) restent autorisées après 2026 dans deux cas uniquement. L’établissement peut obtenir l’appellation de sanctuaire ou refuge, auquel cas la reproduction devient interdite. Alternativement, l’établissement peut être agréé pour un programme de recherche scientifique validé par l’État, la reproduction devant alors être justifiée par les besoins du programme. A ce jour, ces programmes ne sont toujours pas encadrés juridiquement par le Gouvernement. Pour les orques en revanche, aucune exception n’existe : leur détention et leur reproduction seront totalement interdites fin 2026.

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Le Blocage des Transferts par l’État Français

Les refus successifs

Dès fin 2024, le gouvernement français a refusé l’autorisation de transfert des cétacés de Marineland vers l’étranger, notamment vers l’Espagne pour les dauphins, et vers le Japon pour les orques qui devaient rejoindre le Kobe Suma Sea World.

Dans le cas espagnol, les autorités scientifiques du pays ont elles-mêmes émis un avis défavorable en avril 2025. Les installations visées, le Parque à Tenerife et l’aquarium de Madrid, ne répondaient pas aux exigences minimales en termes de surface, de volume et de profondeur pour héberger ces spécimens dans des conditions optimales.

Concernant le Japon, la taille des bassins du Kobe Suma Sea World est bien inférieure à celle du Marineland. Les quatre bassins japonais ne représentent qu’un tiers de la surface et un cinquième du volume de ceux du Marineland, qui totalise 44 000 m³ sur 5 bassins dont 17 000 m³ pour le principal, alors que le nombre d’orques prévu serait équivalent.

La nouvelle proposition de novembre 2025

En novembre 2025, Marineland a proposé à nouveau de transférer ses 12 dauphins en Espagne selon un schéma en deux temps. Huit dauphins rejoindraient un parc à Malaga, propriété de Parques Reunidos comme le Marineland d’Antibes, tandis que quatre autres seraient envoyés dans un parc à Valence. L’idée était que Parques Reunidos pourrait ensuite renvoyer les huit dauphins de Malaga vers Beauval dès que le parc aurait obtenu toutes les autorisations nécessaires, les quatre dauphins de Valence devant quant à eux rester définitivement à Valence.

Cette proposition récente ne convient ni au gouvernement ni aux associations, qui craignent toujours qu’un envoi en Espagne ne soit temporaire avant une véritable destination finale dans un parc de loisirs en Chine.

Le cadre juridique du refus

Le Conseil d’État, dans sa décision du 31 décembre 2024 en réponse à l’association « C’est assez », a rappelé que la législation actuelle interdit déjà les transferts de cétacés à des fins d’utilisation commerciale. L’association avait saisi la haute juridiction pour qu’elle ordonne au ministre de prendre les mesures nécessaires pour interdire tout déplacement, transfert ou importation de cétacés à des fins commerciales, craignant que certains orques ou grands dauphins ne soient vendus vers des structures commerciales étrangères.

Le Conseil d’État a relevé que même si l’interdiction totale de détention et reproduction en captivité de ces mammifères, en dehors de sanctuaires marins ou dans le cadre de programmes scientifiques, ne prendra effet qu’à partir du 2 décembre 2026, le droit actuellement en vigueur fait déjà obstacle aux déplacements, transferts et importations de ces animaux à des fins d’utilisation commerciale.

La réglementation européenne et les règles de droit français prises pour sa transposition soumettent la détention, le transport, l’importation et l’exportation des cétacés à un régime d’autorisation. Une exportation hors de l’Union européenne ne peut être autorisée si le projet prévoit une utilisation principalement commerciale des animaux. Dans l’hypothèse d’un transfert à l’intérieur du territoire national ou au sein de l’Union européenne, l’autorisation est subordonnée au respect des règles européennes qui prohibent notamment la vente et l’exposition des cétacés à des fins commerciales ainsi qu’au respect du bien-être animal, lequel implique que l’animal soit maintenu dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce.

Le Conseil d’État a donc conclu qu’il n’y avait pas lieu de prendre des mesures législatives ou réglementaires supplémentaires comme le demandait la requête.

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La Pression sur Marineland : Qui Paie ?

L’obligation de maintien

Le gouvernement français peut exercer une pression réglementaire très forte pour interdire tout transfert jugé non éthique et exiger le maintien des animaux dans des conditions optimales tant qu’une solution conforme à la loi n’est pas trouvée. Tant que les animaux sont sur le sol français, l’État a l’obligation de s’assurer que le parc respecte les normes de bien-être. La loi de 2021 prévoit que l’interdiction de détention des cétacés entre en vigueur au 1er décembre 2026, et jusque-là, Marineland est légalement responsable de leur bien-être.

Si Marineland cessait de fournir les soins nécessaires comme la nourriture, l’eau ou les soins vétérinaires, l’établissement serait en infraction avec le Code rural et de la pêche maritime concernant la protection des animaux, ce qui pourrait entraîner des sanctions voire le placement des animaux par l’État. En pratique, en bloquant les transferts inacceptables et en n’ayant pas encore de sanctuaire opérationnel, l’État oblige Marineland à conserver les cétacés sur place et à en assumer la charge financière jusqu’à la date limite de 2026.

Le risque de contentieux

L’État prend aussi le risque de se retrouver dans une procédure judiciaire intentée par Marineland contre lui. Le parc peut notamment demander des compensations financières à l’État pour couvrir les frais d’entretien et de maintenance des orques et dauphins dans leurs bassins, particulièrement depuis que la fermeture du parc au public ne génère plus aucun bénéfice pour le site.

Propriété et responsabilités

Le propriétaire légal des dauphins et des orques du Marineland est la société exploitante du parc, qui fait partie du groupe espagnol Parques Reunidos. Les cétacés détenus captifs à Marineland sont considérés, d’un point de vue légal, comme la propriété privée de l’établissement, mais cette propriété est fortement encadrée. La société détient notamment une autorisation préfectorale d’ouverture délivré par l’État qui l’autorise à détenir ces espèces non domestiques. Leur statut d’animaux vivants les rend aussi sujets à toutes les lois sur le bien-être animal, ce qui encadre strictement ce que le propriétaire peut faire.

Marineland n’a ainsi pas le droit de faire abattre ses dauphins et orques, sauf pour des raisons médicales impérieuses comme une souffrance irréversible, une maladie incurable, ou un danger pour l’humain ou les autres animaux. Des motifs économiques, de commodité comme la fermeture du parc, ou de surpopulation ne sont pas des raisons recevables pour faire abattre ces animaux. Une telle action serait considérée comme un acte de cruauté ou de sévices graves, passible de sanctions pénales en vertu du Code pénal et du Code rural.

La fermeture anticipée : un choix économique

Marineland Antibes a annoncé la fermeture de son zoo marin début 2025, bien avant l’échéance légale de décembre 2026 fixée par la loi de 2021. La raison est avant tout économique et directement liée à la loi. Marineland a lui-même déclaré que 90 % de ses visiteurs venaient pour admirer les représentations d’orques et de dauphins.

La loi du 30 novembre 2021 a immédiatement et définitivement interdit la reproduction en captivité, ainsi que l’acquisition de nouveaux animaux. Les spectacles de cétacés devaient être interdits à partir de 2026, mais l’interdiction de la reproduction rendait déjà toute planification impossible. Avec l’interdiction des spectacles, la principale source de revenus du parc disparaissait, rendant les frais de fonctionnement comme la nourriture, les vétérinaires et l’entretien non rentables. Marineland a donc été contraint d’envisager la fermeture faute de rentabilité pour maintenir les cétacés.

La décision de fermer est aussi une course contre la montre pour trouver un placement avant que la loi n’entre totalement en vigueur. Malheureusement, l’État français n’a pas anticipé ni financé l’émergence rapide de sanctuaires marins. Marineland, face à l’urgence, a privilégié la solution la plus simple pour lui mais la pire pour les animaux : le transfert vers d’autres delphinariums au Japon ou au Loro Parque en Espagne, ce qui est dénoncé comme une trahison de l’esprit de la loi.

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Les Solutions Envisagées

Les sanctuaires marins : le modèle éthique

Définition légale

Suite aux actions de Code animale, la notion de sanctuaire a été définie récemment par la loi du 30 novembre 2021 en son article 47. Un refuge ou sanctuaire pour animaux sauvages captifs est un établissement à but non lucratif accueillant des animaux d’espèces non domestiques, captifs ou ayant été captifs, ayant fait l’objet d’un acte de saisie ou de confiscation, trouvés abandonnés ou placés volontairement par leur propriétaire qui a souhaité s’en dessaisir.

L’exploitant ou autre salarié d’un refuge ou sanctuaire pour animaux sauvages captifs doit être titulaire du certificat de capacité pour une activité d’élevage des espèces animales présentes sur le site lorsqu’il n’y a pas de présentation au public. Dans l’hypothèse d’une présentation au public, le certificat pour cette activité est requis. L’établissement doit avoir fait l’objet d’une autorisation préfectorale d’ouverture.

Au sein d’un refuge pour animaux sauvages captifs, les animaux doivent être entretenus dans des conditions d’élevage qui visent à satisfaire les besoins biologiques, la santé et l’expression des comportements naturels des différentes espèces en prévoyant notamment des aménagements, des équipements et des enclos adaptés à chaque espèce. Toute activité de vente, d’achat, de location ou de reproduction d’animaux est interdite. La présentation de numéros de dressage et tout contact direct entre le public et les animaux à l’initiative du visiteur ou du personnel du refuge ou du sanctuaire sont également interdits.

Le législateur ne fait pas de différence entre les refuges et les sanctuaires, mais les premiers désignent généralement des établissements accueillant de façon temporaire des animaux d’espèces sauvages confisqués, saisis, abandonnés ou recueillis errants, alors que les sanctuaires sont destinés à accueillir les animaux sauvages de façon permanente durant toute leur vie en leur assurant les meilleures conditions de vie et de bien-être adaptées à leurs besoins physiologiques.

Caractéristiques d’un sanctuaire marin

Contrairement aux bassins en béton, un sanctuaire utilise une zone maritime sécurisée offrant beaucoup plus d’espace. Ce sont des structures à but non lucratif qui n’organisent ni spectacles, ni programmes de reproduction, ni interactions directes avec le public. L’objectif est de fournir aux animaux un lieu de retraite digne où des soins vétérinaires continus et une alimentation adaptée sont prodigués. Ces sanctuaires peuvent également servir de centres de recherche éthique et, dans certains cas, de réhabilitation pour préparer des animaux à une éventuelle remise en liberté.

Le puissant lobby de la captivité mondiale semble craindre que ce modèle ne devienne une alternative viable, menaçant ainsi l’économie des delphinariums traditionnels. Ce serait le détracteur de ce type de modèles dans les réunions avec le Gouvernement. 

Appel à manifestation d’intérêt

À la suite de ses refus de transférer les animaux, le gouvernement a lancé un appel à manifestations d’intérêt (AMI) du 28 mars au 30 avril 2024 spécifiquement pour un projet de sanctuaire capable d’accueillir les orques du Marineland. L’objectif était d’aboutir à un transfert idéalement avant le 30 septembre 2025 et au plus tard le 1er mars 2026, avant l’entrée en vigueur complète de l’interdiction de la détention de cétacés pour les parcs zoologiques. Plusieurs propositions ont été soumises et examinées par les autorités françaises.

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Projet Sea Shepherd (rade de Brest)

Le projet vise à établir un sanctuaire pour cétacés dans la partie sud de la rade de Brest, à l’est de la base aéronavale de Lanvéoc-Poulmic, afin d’accueillir potentiellement les animaux du Marineland d’Antibes. Le choix du site est justifié par sa proximité géographique de la métropole, une température d’eau adéquate entre 12 et 16°C, une topographie favorable, et une protection contre les intempéries et les courants. Le projet mise sur l’absence d’habitation immédiate et une collaboration envisagée avec le Ministère des Armées et l’École navale pour l’accès aux équipements et le partage de la baie de Poulmic, facilitant ainsi le transfert aérien des animaux via les aéroports proches. L’association porteuse est soulignée pour son envergure internationale et sa capacité potentielle de mobilisation et de financement à long terme.

Cependant, le rapport soulève de nombreuses incertitudes et faiblesses remettant en cause la solidité technique et la faisabilité du projet. La consultation des acteurs locaux comme les élus, la Marine nationale et les pêcheurs, ainsi que les soutiens financiers provenant de sponsors ou d’adhérents ne sont pas étayés. Les détails techniques manquent : nature des installations, absence de double filet, de surveillance nocturne, et de procédures de capture ou d’acclimatation.

L’emplacement même pose problème. Le site est en zone Natura 2000 et la qualité de l’eau de la rade de Brest est jugée préoccupante avec une pollution par pesticides et métaux lourds. De plus, les bruits sous-marins liés aux activités militaires, les risques infectieux, et la conciliation avec les activités locales telles que la conchyliculture et la pêche ne sont pas évalués ou sont sujets à caution.

Projet Tilikum’s Spirit (maintien à Marineland)

Tilikum’s Spirit, du nom de l’orque au centre du documentaire Blackfish, est une toute jeune association créée en 2023 qui proposait de reprendre et transformer l’infrastructure du Marineland en un espace de type refuge afin de maintenir les cétacés sur place.

Une telle option s’opposait radicalement à la décision des actionnaires du parc de se séparer de tous leurs animaux. D’autre part, les bassins du Marineland ne peuvent pas servir de solution transitoire à long terme pour deux raisons majeures.

Premièrement, il existe une inadéquation structurelle et éthique. Les bassins de Marineland ont été conçus pour des spectacles et de l’entraînement, non pour la mise au repos ou la réhabilitation. Ils sont jugés trop petits et peu profonds pour ces cétacés. Maintenir ces animaux dans ces structures n’est pas conforme aux exigences de bien-être minimal pour une fin de vie digne.

Deuxièmement, on observe une dégradation des infrastructures et des problèmes de sécurité. Le parc a subi de graves inondations par le passé en 2015, et les infrastructures vieillissantes ou insuffisamment réparées posent un problème récurrent. Des rapports et alertes ont fait état de bassins fissurés et d’une dégradation dangereuse de l’environnement de détention pouvant mettre en péril la sécurité et la santé des animaux.

En conclusion, les bassins du Marineland sont à la fois insuffisants sur le plan éthique pour une mise au repos digne, et dangereux sur le plan sanitaire et sécuritaire en raison de leur dégradation. Ils ne peuvent légalement pas être considérés comme un refuge ou un sanctuaire au sens de la loi de 2021, d’où l’urgence d’un transfert vers une solution éthique et pérenne comme un sanctuaire marin plutôt que vers d’autres delphinariums.

Whale Sanctuary Project (Nouvelle-Écosse, Canada)

Le projet a franchi des étapes administratives et financières majeures qui lui permettent de passer à la phase opérationnelle. Le gouvernement canadien a officiellement donné son feu vert fin 2025, octroyant un bail de 20 ans renouvelable pour les 81 hectares de terrain et d’océan dans la baie de Port Hilford. Cette décision dégage la voie pour la construction. La baie de Port Hilford a été choisie après l’étude de plus de 130 sites pour ses qualités écologiques, sa protection contre les intempéries et les courants, ainsi que le soutien de la communauté locale.

Une partie importante du financement a été sécurisée, notamment une contribution de 5 millions de dollars de la Wendy P. McCaw Foundation pour les bâtiments du sanctuaire et l’enclos dans la baie. Le site doit comprendre un centre de soins vétérinaires, un bâtiment pour les opérations maritimes et l’administration, ainsi que des installations de sécurité. Le Whale Sanctuary Project espère pouvoir accueillir ses premiers résidents dès l’été 2026.

Le WSP a officiellement exprimé son intérêt pour accueillir les cétacés qui se retrouvent sans solution suite à l’application de la loi française. Le site de 40 hectares sera 100 fois plus grand que les bassins d’un parc comme Marineland et est prévu pour accueillir une dizaine de cétacés, bélugas et orques. Le sanctuaire offre un cadre naturel avec de l’eau de mer réelle, des vagues, des marées et de la faune marine, tout en garantissant les soins nécessaires à vie pour des animaux qui, après des décennies en captivité, ne peuvent être relâchés dans l’océan.

Cette association est co-gérée par Lori Marino, scientifique ayant travaillé sur l’évolution du cerveau et de l’intelligence chez les dauphins, les baleines, les primates et les animaux d’élevage, et Charles Vinick, qui travaille depuis 25 ans sur des programmes éducatifs et des films sur l’océan et l’environnement. Vinick a notamment été chef du projet de réintroduction dans la nature en Islande de Keiko, l’orque star du film Free Willy.

Le projet est à l’étude depuis 2016 avec des avancées concrètes depuis 2019. Le site loué par l’ONG se situe dans la province de la Nouvelle-Écosse au Canada et inclut un espace total de 80 hectares, dont 40 hectares pour les orques, une petite île en regard du rivage où un des filets sera amarré, un périmètre de sécurité et l’espace nécessaire à l’ancrage des enclos. La profondeur va jusqu’à 18 mètres. Le site serait protégé par une barrière naturelle tout en offrant un brassage de l’eau par les courants et la marée. Il comprend également 12 hectares de terrain pour le personnel et les installations.

Le site est situé sur la commune rurale de Wine Harbour. Il n’y a pas d’habitations alentour mais la ville de Sherbrooke n’est qu’à 20 kilomètres du sanctuaire et offre toutes les facilités pour le personnel. Les habitants des communes voisines ainsi que l’administration locale soutiennent le projet. En 2022, le centre opérationnel a ouvert à Sherbrooke. Il organise des expositions pédagogiques et des événements. Des relations avec le peuple autochtone Micmac, pour lequel l’orque est un animal culturellement important et dont la loi canadienne impose la consultation, ont été nouées.

Un plan opérationnel détaillé a été fourni concernant les animaux et la sécurité du site. Les experts consultés ont validé ce projet comme présentant le plus grand nombre de garanties pour accompagner les orques dans une expérience de sanctuaire encadrée sur le plan scientifique.

Ce projet constitue une pression positive sur le gouvernement français pour qu’il privilégie une solution éthique et respectueuse du bien-être animal, plutôt que de transférer les animaux vers des parcs étrangers qui ne respectent pas l’esprit de la loi. L’enjeu reste le financement du transport et de la prise en charge à vie, deux points où l’État français doit s’engager. C’est une question essentielle qui touche à la responsabilité de l’État dans l’application de sa propre loi. Il n’existe pas d’obligation légale directe et explicite de financer intégralement les sanctuaires, mais l’État français a une responsabilité morale, éthique et indirectement légale de garantir le placement digne des cétacés.

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Le projet Beauval : relance de la captivité ?

Le projet de Beauval, porté par M. Delors, est présenté comme un centre de recherche ou de bien-être, mais il refuse la dénomination « sanctuaire » car il souhaiterait, à terme, y faire de la reproduction. La reproduction du grand dauphin Tursiops Truncatus dans le cadre de l’EEP, le Programme Européen pour les Espèces Menacées, implique des transferts vers d’autres pays et des échanges avec d’autres parcs. Plutôt que d’arrêter la captivité, ce projet est perçu comme une relance de l’industrie française sous un autre nom, ce qui constitue un déni de la volonté législative.

Le soutien politique apporté à ce projet est problématique. L’affichage du ministre à Beauval pour soutenir cette initiative est un signal extrêmement négatif car il contredit l’esprit de la loi votée par le Parlement. Des associations, initialement soulagées de trouver une solution d’attente avec Beauval, dénoncent aujourd’hui un delphinarium 2.0 face avec reproduction et transfert des individus à moyen terme. Les investisseurs pour le projet Beauval veulent investir dans une entreprise lucrative et recherchent un retour sur investissement. Il ne s’agit pas de sauver des dauphins mais d’investir dans un projet qui va rapporter financièrement.

Impact écologique négatif

Si un bassin de dauphins devait être construit, la production d’eau salée en milieu terrestre, loin de la mer, engendrerait un coût énergétique important. La production d’eau salée nécessiterait soit l’achat et le transport de sel marin, soit le recours à des techniques de dessalement par osmose inverse, ou encore le transport régulier d’eau de mer.

Dans l’hypothèse de la technique d’osmose inversée pour fabriquer l’eau salée, il faut savoir que les systèmes de dessalement sont très énergivores, souvent mesurés en kWh par mètre cube produit. Bien qu’ici on produirait une saumure, les étapes de filtration, pompage et concentration nécessiteraient beaucoup d’énergie.

De plus, si l’énergie de dessalement, estimée à environ 90 000 kWh par an, est significative, elle est souvent éclipsée par le coût du chauffage de l’eau du bassin. Pour maintenir un bassin de la taille prévue à une température adaptée aux dauphins, soit environ 22 degrés Celsius, l’énergie nécessaire pour compenser les pertes thermiques par évaporation, convection et conduction est énorme, surtout en hiver en région Centre-Val de Loire. Très grossièrement, cette dépense pourrait facilement représenter plusieurs centaines de milliers de kWh par an, voire dépasser le million de kWh selon l’isolation et la couverture du bassin.

La question de la reproduction et des EEP

Le maintien de la reproduction dans le cadre des EEP est contraire à la loi d’autant plus qu’il impliquerait en plus la notion de transferts des individus entre établissements.

Arguments de programmes de recherche

L’autorisation de recherche scientifique est la seule porte d’entrée pour que ces établissements puissent continuer à exister après 2026. L’arrêté de juin 2024 met en place la structure de contrôle et les règles de fonctionnement qui garantissent que l’établissement est apte à faire de la recherche.

L’article 15 de l’arrêté impose la création d’un Comité Scientifique et Technique (CST) pour chaque établissement. Ce CST est chargé du suivi et de l’évaluation des programmes scientifiques menés par l’établissement. C’est lui qui donne un avis sur la pertinence scientifique et la nécessité des recherches menées, notamment si elles impliquent la reproduction des animaux. Il doit être composé d’experts scientifiques externes, indépendants de l’établissement, comme des chercheurs ou des universitaires.

Pour être validés, les programmes de recherche doivent s’inscrire dans des objectifs clairs et reconnus. Les recherches doivent apporter des connaissances utiles à la conservation des cétacés en milieu naturel. Elles peuvent également concerner l’amélioration des conditions de bien-être des cétacés en captivité, même si cet objectif est limité dans le temps puisque la détention est vouée à disparaître. Des études sur la santé, la génétique ou les maladies des populations captives peuvent être considérées comme pertinentes.

Cependant, même avec un avis favorable du Comité Scientifique et Technique, l’autorisation finale de poursuivre la détention ou la reproduction dans le cadre de la recherche doit être donnée par le Ministre chargé de la protection de la nature. L’arrêté de juin 2024 met en place un cadre réglementaire strict qui est censé rendre la détention de dauphins après 2026 exceptionnelle et subordonnée à la preuve d’une réelle utilité scientifique, contrôlée par des experts et validée par l’État, mais n’a pas totalement interdit la pratique. La crainte des ONG est que certains lobbies puissants de la captivité parviennent à contourner la loi.

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Le problème des conflits d’intérêts dans la recherche

Il faut savoir que jusqu’à présent, la majeure partie de la recherche menée dans les delphinariums était décidée ou influencée par les établissements eux-mêmes ou par des structures qui leur sont étroitement liées. Les delphinariums définissaient souvent leurs propres programmes, orientés vers des études faciles à réaliser en captivité comme la physiologie de base ou la reproduction, et ne remettant pas en cause le modèle économique.

L’Association européenne pour les mammifères aquatiques (EAAM) et les programmes européens pour les espèces menacées (EEP), qui gèrent la reproduction, ont une influence déterminante dans les choix des programmes, mais leur composition est sujette à caution. Ces organismes sont composés de représentants des delphinariums, d’où la notion certaine de conflit d’intérêts direct. L’objectif premier des EEP est de maintenir un réservoir génétique pour la captivité, non de maximiser la conservation des espèces sauvages.

De très nombreux scientifiques spécialisés dans les cétacés et des organismes comme la Whale and Dolphin Conservation (WDC) s’accordent sur plusieurs points critiques. Les recherches sur le comportement, l’alimentation ou l’écologie des dauphins captifs sont jugées de faible intérêt pour la conservation des populations sauvages. Les animaux captifs présentent des comportements anormaux appelés stéréotypies, et leur santé est artificiellement maintenue. Les résultats des tests cognitifs ou physiologiques sont biaisés par l’environnement confiné et le stress de l’animal. La priorité devrait se concentrer sur le développement de sanctuaires côtiers en semi-liberté, jugés plus pertinents éthiquement et scientifiquement.

Pour être validé, le projet de Beauval devrait prouver son utilité scientifique réelle. La recherche la plus facile à justifier concerne la médecine vétérinaire comme la pharmacologie, l’épidémiologie ou la santé reproductive. Beauval met en avant l’étude des maladies des dauphins captifs et la recherche de solutions pour les populations sauvages, bien que ce lien soit souvent contesté. Le projet pourrait aussi se concentrer sur la recherche visant à améliorer le bien-être des animaux dans ces structures, ce qui justifierait l’investissement dans les bassins et les dispositifs d’enrichissement.

L’approbation finale du programme scientifique dépendra de l’avis du Comité Scientifique et Technique indépendant exigé par l’arrêté de 2024, puis de l’agrément du Ministère de la Transition Écologique. C’est ce double contrôle qui est censé garantir l’objectivité du projet.


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Exemples Internationaux : Preuve de Faisabilité

L’exemple de Keiko : un succès de réhabilitation qui dérange

L’histoire de Keiko, l’orque star du film Sauvez Willy (Free Willy), est l’argument le plus puissant contre les affirmations de l’industrie de la captivité selon lesquelles il est impossible de réhabiliter des cétacés.

Keiko a été détenu dans des conditions déplorables, notamment à Mexico dans un bassin d’eau chaude, chlorée et salée artificiellement. Il souffrait du papillomavirus, de lésions cutanées, de maigreur et de stress. Le projet de réhabilitation, lancé par la Free Willy-Keiko Foundation et financé par des dons pour environ 20 millions de dollars, visait à tenter la première réhabilitation d’une orque captive vers la vie sauvage. Le processus s’est déroulé initialement dans un bassin d’eau de mer en Oregon, puis en Islande.

Keiko a connu un gain de poids spectaculaire de plus de 1 400 kilogrammes en deux ans et a récupéré des capacités physiques perdues. Il a réappris à chasser le poisson vivant et, à son apogée, chassait près de la moitié de sa nourriture de manière autonome. Il a pu s’éloigner des bateaux d’accompagnement et se mêler à des orques sauvages au large de l’Islande.

L’industrie de la captivité présente souvent le cas de Keiko comme un échec car il n’a jamais réussi à s’intégrer de façon permanente à un pod, un groupe social d’orques, et est mort d’une pneumonie aiguë à 27 ans. Il faut cependant se rendre compte que Keiko a vécu plus longtemps que la majorité des orques captives décédées prématurément. Il est mort à 27 ans alors que de nombreuses orques captives ne dépassent pas la vingtaine. Il a pu passer ses dernières années dans un enclos marin vaste puis libre dans son milieu naturel, une fin de vie infiniment plus digne que dans un bassin en béton.

L’histoire de Keiko prouve qu’un cétacé longuement détenu peut retrouver une autonomie alimentaire et un bien-être physique dans un sanctuaire ou en milieu naturel. Cet exemple met à mal l’idée reçue, propagée par le lobby, que les cétacés nés ou ayant passé une grande partie de leur vie en captivité sont définitivement perdus pour l’océan.

Pourquoi l’infrastructure de Keiko n’est-elle pas réutilisée ?

Keiko n’a pas été placé dans un sanctuaire unique et permanent, mais a plutôt fait l’objet d’un programme de réhabilitation et de réintroduction en plusieurs étapes. C’est pourquoi l’infrastructure utilisée n’existe plus en tant que structure d’accueil et ne peut être réutilisée pour les orques actuellement en captivité.

Keiko a été transféré en 1996 de son delphinarium au Mexique vers l’Oregon Coast Aquarium à Newport, Oregon, aux États-Unis. Il y a reçu des soins pour améliorer sa santé, notamment sa peau, et s’acclimater à l’eau froide tout en suivant un régime alimentaire sauvage. En 1998, il a été transporté par avion militaire vers les Îles Vestmann en Islande, près de son lieu de capture d’origine. C’est là qu’il a vécu dans un grand enclos marin installé dans une baie. Cet enclos, créé par l’organisme Free Willy Keiko Foundation, était le lieu de sa réhabilitation en milieu marin contrôlé.

Après une période d’acclimatation en Islande, Keiko a été complètement relâché en 2002. Il a nagé de son propre gré jusqu’en Norvège où il a passé le reste de sa vie dans les eaux d’un fjord à Halsa. Il est décédé d’une pneumonie à cet endroit en 2003 à l’âge estimé de 27 ans.

Le site islandais n’est pas réutilisé pour différentes raisons liées à la nature de l’opération Keiko. C’était un projet temporaire dont le but n’était pas de créer un sanctuaire permanent pour orques captives, mais d’essayer de réintroduire Keiko dans la nature. L’enclos marin en Islande était donc une infrastructure temporaire de réhabilitation pour Keiko seul. Une fois que Keiko a été relâché, l’enclos a été démantelé.

L’opération Keiko a été une expérience unique, coûteuse, estimée à plus de 20 millions de dollars sur la durée du projet, et très médiatisée. Les sanctuaires marins envisagés aujourd’hui, comme ceux proposés pour les orques de Marineland, sont basés sur un modèle différent. Ils sont conçus comme des lieux de retraite permanents pour des animaux nés en captivité qui ne peuvent être relâchés et qui nécessitent des soins continus et garantis à vie.

Bien que le site islandais ait été dans une zone maritime ouverte, il n’était pas nécessairement le meilleur emplacement pour un sanctuaire permanent qui doit être choisi avec des critères stricts comme la profondeur, la qualité de l’eau, la sécurité, l’accessibilité logistique pour les soins et la protection contre les tempêtes. Ces critères ne correspondent pas forcément aux besoins de tous les cétacés nés en bassin


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Le SEA LIFE Trust Beluga Whale Sanctuary en Islande

Ce sanctuaire pour bélugas est situé dans la baie de Klettsvik, dans les îles Vestmann au large des côtes sud de l’Islande. Deux bélugas femelles, Little Grey et Little White, capturées bébés en Russie et qui ont passé près d’une décennie à divertir les visiteurs dans un aquarium à Shanghai en Chine, y sont actuellement hébergées.

Little Grey et Little White sont trop dépendantes des humains pour être relâchées en pleine mer. Le sanctuaire leur offre une retraite semi-naturelle dans une grande baie protégée par des filets de 32 000 mètres carrés et 10 mètres de profondeur.

Comme souvent avec des projets pionniers, celui-ci a connu plusieurs étapes et des retards. Les bélugas ont voyagé de Chine en Islande par avion et ont fait leurs premiers bains dans l’enclos marin de la baie en septembre 2020 après une longue période d’acclimatation à la température de l’eau dans une piscine intérieure. Elles ont ensuite été ramenées dans l’installation intérieure pour l’hiver et pour permettre des travaux d’amélioration dans la baie. La construction a été retardée en raison de la pandémie, de problèmes de chaîne d’approvisionnement et même d’un incident avec le naufrage du bateau d’un entrepreneur.

À l’heure actuelle, le projet est toujours actif mais les bélugas sont restées dans le centre de soins terrestre plus longtemps que prévu. La dernière mise à jour de juillet 2025 indique que leur retour dans la pleine baie est prévu pour le printemps 2026, le temps de finaliser les aménagements et d’assurer une transition sécurisée et progressive. Elles sont en bonne santé dans leur installation intérieure.

Le Sanctuaire des Dauphins de Bali

Ce sanctuaire a été créé par l’ONG Dolphin Project, fondée par Ric O’Barry, l’ancien dresseur de Flipper devenu militant anti-captivité, en collaboration avec les autorités indonésiennes et le Jakarta Animal Aid Network (JAAN). Il se situe dans la baie de Banyuwedang, dans le parc national de l’Ouest de Bali.

C’est un centre de réhabilitation, de remise en liberté et de retraite, mis en service en 2020. Il a été conçu pour accueillir des dauphins confisqués aux delphinariums et hôtels qui les exploitaient dans des conditions déplorables. Plusieurs dauphins ont été accueillis par le centre.

Rocky, Rambo et Johnny, sauvés de l’hôtel Melka, ont immédiatement commencé un processus de rétablissement. Leur régime alimentaire a été modifié pour inclure du poisson frais entier. Leur état de santé et leur condition physique se sont considérablement améliorés. Ils ont ainsi pu réapprendre progressivement à chasser. En septembre 2022, ils ont été officiellement relâchés dans la nature et surveillés par GPS après leur départ.

Impact pour la conservation

Le sanctuaire de Bali est considéré comme le premier centre de réhabilitation permanent de ce type au monde. Il faut noter que ces dauphins avaient été capturés en milieu naturel, même s’ils avaient passé des années en captivité, ce qui signifie qu’ils avaient une base d’instincts et de comportements sauvages plus faciles à réactiver que les cétacés nés en bassin, comme le fils de Wikie à Marineland.

En 2025, pour Rocky et Rambo, la liberté est confirmée. Ils ont été vus ensemble, montrant des comportements de chasse et d’évitement des bateaux, et n’ont pas mendié de nourriture auprès des humains, ce qui prouve le succès de leur réadaptation. Leur suivi est toujours en cours par l’équipe du Dolphin Project. Ils sont considérés comme un succès de réintroduction, montrant qu’ils sont capables de survivre et de chasser leurs proies dans le milieu naturel.

En revanche, Johnny est décédé seulement deux mois après avoir retrouvé la liberté, la cause de son décès étant une infection respiratoire fatale. Johnny était le plus âgé du groupe, estimé à environ 25 ans, et avait un historique médical plus lourd en raison de la captivité, notamment des dommages chroniques à une nageoire et l’absence de dents. Il avait besoin d’une attention et de soins particuliers. Sa mort est un rappel cruel des séquelles irréversibles laissées par des années d’exploitation. Le décès de Johnny souligne que les animaux avec de graves séquelles de captivité, comme une faiblesse immunitaire, des problèmes dentaires ou chroniques, nécessitent une solution de sanctuaire permanent et sécurisé qui peut garantir des soins constants sans les exposer aux dangers du grand large, plutôt que la réintroduction complète.

Les projets de sanctuaires marins actuels, comme celui du Whale Sanctuary Project en Nouvelle-Écosse, sont de nouvelles installations à grande échelle construites spécifiquement pour servir de refuges à long terme pour plusieurs cétacés.


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Arguments de l’Industrie de la Captivité contre les Sanctuaires Marins

Les raisons sanitaires avancées pour justifier le blocage ou la réticence face à l’ouverture de sanctuaires marins pour cétacés sont réelles, mais elles sont souvent instrumentalisées par le lobby de la captivité pour remettre en question le modèle lui-même.

Risques de contamination et maladies

Le principal argument sanitaire est le risque de transmission de pathogènes entre les animaux captifs et les populations sauvages. Le lobby de la captivité argue que des cétacés ayant vécu des années en delphinariums ont pu être exposés à des bactéries, virus ou parasites qui ne circulent pas ou peu dans les populations sauvages locales. Des animaux issus de la captivité dans un enclos marin seraient en lien par l’eau avec la faune locale et pourraient permettre la transmission de maladies ou de bactéries résistantes aux antibiotiques, dues aux traitements reçus en captivité, aux populations sauvages comme les dauphins ou les poissons.

Ce risque peut clairement être géré par des protocoles sanitaires stricts dans le cadre du sanctuaire, incluant une phase de quarantaine, des analyses approfondies des animaux avant leur transfert, ainsi qu’un suivi continu.

Risque de mélange génétique

Si un cétacé placé en sanctuaire parvient à s’échapper ou à interagir de manière rapprochée avec les populations sauvages, il y a un risque, même minime, de reproduction avec des animaux sauvages. Si l’animal captif est génétiquement éloigné de la population locale, par exemple un dauphin provenant d’une population de l’Atlantique transféré en Méditerranée, cela pourrait entraîner une dilution génétique ou l’introduction de gènes moins adaptés à l’environnement local.

Les sanctuaires sont conçus pour être des environnements semi-naturels avec des barrières physiques solides comme des filets pour empêcher l’évasion. L’objectif n’est pas la réintroduction complète, sauf cas exceptionnel comme Keiko, mais la mise au repos dans un milieu plus digne.

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Le Déclin de l’Industrie de la Captivité des Cétacés

Un phénomène mondial irréversible

Le déclin de l’industrie de la captivité des cétacés est un phénomène mondial, largement motivé par trois facteurs principaux.

L’évolution éthique et l’opinion publique ont joué un rôle majeur. Des documentaires comme Blackfish et le travail des associations ont sensibilisé le public sur le stress, les maladies et la durée de vie réduite des orques et dauphins en bassin. Les spectateurs désertent les delphinariums.

L’évolution législative est également déterminante. De nombreux pays ont voté des lois pour interdire la captivité ou la reproduction. La loi française de 2021 interdisant la reproduction et les spectacles de cétacés est un signal fort qui a rendu le modèle économique obsolète. Le Canada a également mis fin à la détention et à la reproduction.

L’obsolescence économique achève le tableau. Le maintien des cétacés nécessite des coûts faramineux pour la nourriture, les soins vétérinaires et la maintenance des bassins. Sans les recettes générées par les spectacles et la reproduction, ces coûts deviennent insoutenables pour les entreprises.

Ce déclin est cependant inégal. Il est très marqué en Europe et en Amérique du Nord, mais les parcs se multiplient en Asie, notamment en Chine et au Japon, qui restent les destinations privilégiées et dénoncées pour le transfert des animaux européens.

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Statut de Conservation du Grand Dauphin

Évaluation mondiale et régionale

Le statut de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) du grand dauphin Tursiops truncatus dépend de l’échelle d’évaluation. Au niveau mondial, l’espèce est actuellement classée dans la catégorie Préoccupation Mineure (Least Concern).

On peut cependant noter que le statut de l’espèce varie fortement selon les régions et les sous-populations, en raison des menaces locales comme la pêche, la pollution, le trafic maritime et la dégradation de l’habitat. L’UICN a évalué de nombreuses sous-populations séparément et a classé la sous-espèce de la Mer Noire Tursiops truncatus ponticus En Danger (Endangered). La sous-population de la Méditerranée a été classée Vulnérable (Vulnerable) en 2021. La sous-espèce de Lahille Tursiops truncatus gephyreus est classée Vulnérable.

En résumé, le statut global du grand dauphin est satisfaisant, mais ce statut masque une grande vulnérabilité régionale. Les populations côtières, notamment en Europe, sont souvent menacées et bénéficient de mesures de protection spécifiques comme en France.

Les dauphins de Marineland et Planète Sauvage

Les dauphins hébergés à Marineland d’Antibes et à Planète Sauvage sont des Tursiops truncatus. Pour la grande majorité des delphinariums, il est difficile de déterminer une sous-espèce car les animaux proviennent historiquement de diverses captures et des programmes de reproduction qui ont mélangé les lignées. Les dauphins captifs en Europe proviennent principalement d’un pool génétique issu de captures dans l’Atlantique Nord, notamment des États-Unis et de Cuba dans les décennies passées, ainsi que des naissances en captivité dans le cadre du programme européen d’espèces menacées (EEP, European Endangered species Programme).

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Parallèle avec les Animaux de Cirque et les NACS

La loi de 2021 et son application partielle

La solution pour les animaux de cirque et les Nouveaux Animaux de Compagnie est purement politique : forcer le gouvernement à publier et à faire appliquer les outils qui lui ont été donnés par la loi de 2021.

Le blocage des décrets d’application

La loi du 30 novembre 2021 visant à lutter contre la maltraitance animale a rendu immédiatement interdite l’acquisition, la commercialisation et la reproduction des animaux sauvages dans les établissements itinérants selon l’article L. 413-10 du Code de l’environnement.

Le problème est que malgré l’interdiction de la reproduction des animaux sauvages dans les cirques, le décret fixant les sanctions applicables en cas de non-respect de cette interdiction a tardé à être publié. L’absence de ce décret de sanction rend l’interdiction difficilement applicable pour les autorités de contrôle, créant un vide juridique et permettant la poursuite potentielle des naissances sans crainte de poursuites immédiates et spécifiques.

Le fait que les décrets d’application ne soient pas sortis immédiatement est une situation fréquente en droit français, mais elle est fortement décriée par les parlementaires et les associations quand elle retarde l’application concrète d’une loi votée. Des réponses parlementaires récentes de juillet 2025 ont rappelé que même sans décret spécifique, le fait de dépasser le nombre d’animaux autorisés suite à des naissances constitue une infraction passible de trois ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende selon l’article L. 415-3 du code de l’environnement. Ceci suggère que le gouvernement s’appuie sur le droit existant pour sanctionner les contrevenants en attendant la réglementation spécifique.

Le plan d’accompagnement : subventionner l’attente ?

L’État français a déployé un plan d’accompagnement des cirques pour les aider dans leur transition suite à l’interdiction progressive des animaux sauvages. L’interdiction d’acquisition, de commercialisation et de reproduction est effective à ce jour, et l’interdiction de détention, transport et spectacles avec espèces non domestiques entrera en vigueur en 2028.

Un plan d’accompagnement des cirques de 35 millions d’euros a été annoncé pour soutenir la reconversion des établissements et le placement des animaux, avec une aide spécifique au nourrissage des animaux déployée dès fin 2022 pour un montant initial de 800 000 euros. Des fonds s’élevant à 5,3 millions d’euros selon des réponses parlementaires récentes ont été spécifiquement alloués pour soutenir la création de places dans des refuges pour accueillir les animaux.

La publication d’un décret en avril 2025 (Décret n° 2025-396) a formalisé cinq dispositifs d’aide financière pour la transition économique des entreprises, la mise au repos des animaux, l’entretien et le nourrissage dans l’attente de placement, la stérilisation des fauves, et le soutien à l’investissement pour les structures de refuge.

Le problème est que cette aide est criticable car elle apparaît plutôt comme un moyen de subventionner l’attente ou de payer l’immobilisme plutôt que de financer directement la solution finale : les sanctuaires et le placement rapide et digne des animaux.


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Solutions et Exigences

Pour les cétacés : sanctuaires marins éthiques

La seule solution éthique et légale est le placement dans un véritable sanctuaire marin, et non un transfert vers d’autres delphinariums. L’État français doit cesser de se défausser et soutenir financièrement et logistiquement la création de sanctuaires marins.

Il faut mettre fin à la tromperie du « delphinarium 2.0 ». Il est nécessaire de s’opposer fermement à tout projet qui, sous couvert de recherche ou de bien-être, inclut la reproduction et le maintien d’un stock captif dans le cadre de programmes d’élevage comme les EEP. Ce serait relancer la captivité en France, niant la volonté populaire et législative. Le projet Beauval/Delors doit être bloqué. Un sanctuaire doit être géré par des organismes à but non lucratif et ne doit pas avoir pour mission la reproduction ni l’exploitation commerciale des animaux.

Pour les animaux de cirque : application implacable de la loi

Le gouvernement doit garantir que l’interdiction de reproduction est assortie de sanctions claires et immédiates. Même si des amendes existent déjà, un cadre réglementaire spécifique doit être établi pour lever toute ambiguïté et permettre aux services de contrôle comme les DDPP d’agir sans délai.

La publication rapide de l’arrêté sur la liste positive des espèces autorisées à la détention est nécessaire pour mettre en œuvre d’autres dispositions du texte.

Transparence et orientation des fonds

L’État doit établir un inventaire national précis et vérifié des animaux détenus par les circassiens. Sans savoir combien et quels animaux sont là, aucun plan de placement ne peut fonctionner.

Le plan d’aide de 35 millions d’euros doit être réorienté. L’essentiel des fonds doit servir à renforcer la capacité des structures d’accueil comme les refuges ou sanctuaires pour garantir un placement digne, et à financer la prise en charge à long terme des animaux placés. Il faut cesser de subventionner l’entretien des animaux dans les cirques qui refusent la transition, ce qui revient à subventionner l’impunité.

Gouvernance transparente et indépendante

Les commissions de travail et de décision, telles que la CNCFSC, doivent être purgées des membres en conflit d’intérêts, c’est-à-dire des représentants directs des delphinariums ou des cirques traditionnels, au profit d’experts indépendants et de représentants des associations de protection animale. Le gouvernement doit assumer la responsabilité de la transition et ne pas laisser les associations gérer le fiasco créé par le retard des décrets et le flou des financements.

La question de la pérennité

Le véritable enjeu des sanctuaires est leur pérennité à vie. Les orques et dauphins peuvent vivre plusieurs décennies et les coûts annuels sont immenses. L’État doit s’assurer que les projets de sanctuaires bénéficient d’un financement public suffisant pour le fonctionnement afin d’éviter qu’ils ne fassent faillite dans quelques années, laissant les animaux sans ressources. Le soutien de l’État est le gage de sérieux et de la garantie de long terme qui est indispensable aux organismes gestionnaires.

La stratégie du fiasco

Il y a une crainte palpable que le gouvernement cherche à faire traîner la situation pour les cétacés et les animaux de cirque afin de faire peser sur les associations la responsabilité du fiasco de la gestion de la transition. En maintenant le flou, il évite de prendre les mesures concrètes et coûteuses, comme la création de sanctuaires ou le placement des animaux de cirque, qui découlent de la loi qu’il a lui-même adoptée.

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Conclusion

La loi est en place, mais le gouvernement est lent à fournir les outils réglementaires et financiers pour une transition rapide et éthique, au détriment du bien-être des animaux concernés. La solution à ce double fiasco des cétacés et des cirques ne réside pas dans de nouveaux compromis, mais dans l’application stricte et éthique de la loi de 2021 et la fin de l’influence des lobbies. La solution se décline en un plan d’action immédiat et une exigence de transparence politique.

Planète sauvage 2020

Photo credit Code animal

Sources et références

Marianne ENAULT. (2025, 6 novembre). Des dauphins à Beauval ? Les coulisses d’un dossier aux multiples rebondissements. TF1 Info. https://www.tf1info.fr/environnement-ecologie/des-dauphins-a-beauval-marineland-les-coulisses-d-un-dossier-aux-multiples-rebondissements-2405182.html 
 
Conseil d’État. (2024, 31 décembre). Cétacés en captivité : la législation actuelle interdit déjà les transferts de cétacés à des fins d’utilisation commerciale, en France comme vers l’étranger. Conseil d’État. https://www.conseil-etat.fr/actualites/cetaces-en-captivite-la-legislation-actuelle-interdit-deja-les-transferts-de-cetaces-a-des-fins-d-utilisation-commerciale-en-france-comme-vers-l
 
Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires. (2024, 28 juin). Arrêté du 28 juin 2024 fixant les caractéristiques générales et les règles de fonctionnement des établissements autorisés à héberger des spécimens vivants de cétacés. Journal officiel de la République française. https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000049895041
 
Code de l’environnement, art. L413-1-1. (Version en vigueur). https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000044389851
 
Ministère de la Transition écologique. (2023). Mission d’exploration des différentes options relatives au devenir des cétacés captifs en France [PDF]. https://portail.documentation.developpement-durable.gouv.fr/exl-php/document-affiche/mte_recherche_avancee/OUVRE_DOC/11977?fic=cge00001143.pdf