Toute ressemblance avec une personne vivante serait un pur hasard due à mon insomnie

Je crois être née dans les années 40 ou 50. Je ne sais plus. La torture sûrement, m’a fait oublier.

Je vivais avec ma mère, ma tante et mon petit cousin en Afrique. J’adorais courir. Ma maman me disait toujours d’être prudente. De ne pas m’éloigner. Qu’il y avait du danger partout. Moi ? Bien sûr, j’étais si jeune. Sentir le soleil sur ma peau et le vent était trop tentant pour ne pas succomber.

Avec mon cousin on essayait toujours de chiper les quelques fruits en haut des branches, et ma mère me disait de faire super attention, que je risquais à force de me dresser ainsi, de tomber à la renverse et de me briser le cou.

J’étais jeune et insouciante. J’aimais la vie. Je n’avais pas beaucoup d’amis, mais quand même certains venaient s’occuper de ma tête à domicile et se promenaient du coup avec moi.

Un soir, on a vu de la lumière et entendu des cris. Des hommes sont arrivés par dizaine. Ils étaient armés. Je n’ai rien compris ça été beaucoup trop vite. J’ai entendu en même temps que j’ai ressentis au fin fond de mes tripes le coup de fusil. J’ai vu ma maman tomber raide morte à mes côtés. Son regard était vide, et au bord de son œil une larme brillait sous les rayons de la lune. Mon petit cousin hurlait et essayait de s’enfuir. Ma tante a tout fait pour le défendre mais les hommes étaient si nombreux, si puissants. Si bestials qu’ils ont réussis à l’abattre elle aussi, d’une balle dans le cœur. J’entends encore parfois le dernier son rauque qui est sorti de sa gorge. J’en tremble encore.

Ils nous ont attachés les chevilles avec des chaînes et nous ont traînés dans des camions. Il faisait si noir dedans. Ça puait la peur et la mort. Mon petit cousin voulait se blottir contre moi. Ils ne l’ont pas laissé. Ils l’ont battu. Devant moi. Lui. Si petit.

Arrivé à leur campement, ils nous ont traînés comme des sacs et nous ont marqué au fer rouge. La douleur était telle que je ne pourrais vous dire si c’était dans mon dos, sur mes fesses ou sur une autre partie de mon corps. Puis ? C’est devenu tout noir. Je me suis évanouie.

Le trajet était long. On ne pouvait pas se coucher. Ça sentait très mauvais et il faisait froid et humide.


Je ne savais pas où ils nous conduisaient. Après plusieurs jours il me semble. Ils se sont arrêtés. J’étais terrorisée. Je ne savais pas ce qu’il allait nous arriver. Quand ils ont ouvert le camion il faisait jour et il y avait énormément de gens. Des centaines peut-être. Ça criait. Ça riait. On nous montrait du doigt. On nous lançait même des choses dessus. J’ai appris bien plus tard ce que c’était. Du Maïs. Oui. Mais cuit. Ce qu’ils appellent du popcorn.

On ne m’a plus jamais retiré mes chaines. Je n’ai plus jamais pu sentir mon cousin. Je le voyais au loin abattu et obéissant le regard mort dans le vide. Son âme s’en était allée retrouver sa mère je pense.

Moi ? J’ai toujours été une battante et une têtue, mais ça ne m’a pas aidé pour autant.

J’ai quand même terminé ma vie au cirque. A faire des numéros stupides et douloureux pour moi girafe pour vous satisfaire, vous humains. Vous dites aimer les animaux, mais ça ne vous empêche pas de venir me voir tous les soirs me faire humilier sous une musique autant ridicule que douloureuse pour mes oreilles sensibles.

J’ai également appris que vous violez régulièrement mon petit cousin en lui volant sa semence pour la réutiliser dans un autre viol sur mes amies d’infortune. Les pauvres ! Elles font des bébés non désirés qui finissent dans des zoos et, ou, empaillée dans vos musées d’histoire naturelle. Laissez-moi rire !

Mais moi, vous savez quoi ? On m’appelle Sophie. Oui Sophie la girafe. J’ai même une égérie à mon nom que vous donnez à vos bébés depuis une cinquantaine d’année sans savoir mon histoire.


Je vous haïs humains !

Par Vegetal

 

 

girafe cirque

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