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Chaque numéro vise à démontrer une suprématie de l'homme sur la bête qui exécute les numéros les plus ridicules : ours sur une mobylette, éléphant faisant le poirier, singes en tutu... La coercition de l'animal pour l'exécution de ces tours est en soit une violence. L'ankus (pique) et le fouet utilisés lors des séances de dressage ne sont que les accessoires de cette brutalité. Afin de gommer toute connotation coercitive, les gens du cirque utilisent de plus en plus le terme d'éducateur plutôt que de dresseurs. Anthromorphisme et anthropocentrisme
Une détention contraire «aux besoins physiologiques» Chaque animal a besoin de développer une palette de comportements liés aux besoins de son espèce : comportement social, antagoniste, maternel, alimentaire, sexuel, locomoteur, territorial... Les signes de bien être ou de mal être peuvent être interprété à partir du répertoire comportemental de l'animal selon qu'il est en adéquation ou non avec celui de l'espèce. « Les animaux expriment le bien être en faisant preuve de modes de comportement correspondant à leur répertoire comportemental. Inversement cela signifie que le mal être peut être défini comme l'absence de ces éléments de comportement (2)». Ainsi des activités (et le temps qui leur est imparti) telles que le toilettage, les interactions sociales, le marquage du territoire, les déplacements (sauter, courir), l'exploration, le grattage du sol, les bains de boue ou de poussière, le repos ...sont autant d'éléments permettant d'évaluer le bien être ou mal être d'un animal.
Lions - cirque Roger Lanzac
Ainsi, le caractère itinérant des cirques, qui implique des déplacements continuels, peut avoir des « conséquences extrêmement néfastes (3)» : Le stress, qui peut être cause de peur, surtout pendant le transport et le déchargement. Des changements perpétuels des lieux de séjours induisent un « terrain de chasse » constamment remis en question. Des milieux toujours différents, notamment au niveau du climat, de la température, les odeurs et de tous les autres paramètres de l'environnement.
Les espèces sauvages ont un moindre potentiel d'adaptation que les espèces domestiques face à une variation des facteurs environnementaux (physique, biologique et social). Ainsi « la privation de certains aspects de l'environnement met les animaux dans des états qu'ils expérimentent comme souffrance.(4) » Les systèmes de détention ont tendance à mener à des privations de stimuli conduisant à l'apathie physique (dépression, passivité et soumission) accompagnée de déviances du comportement et même de névroses (5). Les stéréotypies qui « sont des répétitions des mêmes actes, sans grandes variations et sans fonctions ni buts apparents (6) » sont une des manifestations visibles de ces déviances comportementales. Elles visent par exemple à se substituer à : l'absence de stimuli externes (rares en captivité) l'impossibilité d'établir une distance de fuite face aux agressions externes (environnement sans cesse nouveau, regard, odeur, sons, infrasons ...) l'absence de phase de recherche, de maîtrise et de capture de la nourriture. l'impossibilité de réagir par la fuite ou l'attaque. l'impossibilité d'approche d'un espace, d'un objet, d'un congénère...
Ces stéréotypies , qu'elles soient de type déambulatoire (principalement chez les félins) ou caractérisées par un balancement permanent de la tête (éléphants, ours...), sont les « manifestations d'un échec à s'adapter de façon appropriée, et peuvent donc acquérir valeur de critère pour l'adéquacité des environnements d'hébergement au long cours pour les animaux (7).», ils sont les « marqueurs des états de mal être chroniques (8)» et peuvent même représenter le « signe manifeste d'une souffrance chronique de l'animal et d'une diminution de son bien-être (9)». On trouve également comme autres troubles du comportement le léchage à outrance (primates), des rejets par leur mère de leurs progénitures après la mise bas (félins) ou l'automutilation.
Mais malgré tous ces efforts , l'enrichissement matériel ne semble pas suffisant pour compenser l'artificialisation du territoire. Ainsi malgré « l'amélioration significative de l'enclos et de l'alimentation des ours du zoo de Zürich, en particulier, est restée sans effet sur leurs stéréotypies (11). » Un tel enrichissement ne peut du fait de la configuration des cirques (mobilité, restriction de l'espace, environnement changeant...) réellement améliorer la condition de ces animaux. Les zoologues du zoo de Vienne concluent sans détour qu' « il est tout à fait impossible de détenir des animaux sauvages dans des cirques d'une façon qui soit en accord avec les besoins de chaque espèce (12) ». (2 & 3) SCHWAMMER Harald Dr, PECHLANER Helmut Dr, GSANDTER Hermann, BUCHL-KRAMMERSTATTER Dr, Guidelines for keeping of wild animals in circuses, Vienne 1996. (4) VAN ROOJEN, "Impoverished environments and welfare" in Applied Animal Behaviour Science12, 1984, p.3-13. (5)SCHWAMMER Harald Dr, PECHLANER Helmut Dr, GSANDTER Hermann, BUCHL-KRAMMERSTATTER Dr, Guidelines for keeping of wild animals in circuses, Vienne 1996. (6) ZECCHINI Alain, Les animaux sauvages peuvent-ils rester 'naturels' ?, in Le Courrier de l'environnement n°46, INRA. juin 2002 (7) BRIDE Mc, GLEN & CRAIG, J.V., « Environmental design and its evaluation for intensively housed animals» in Bresard B., 1985. (8) HANNIER I., in le point vétérinaire vol.26 n°165, février 1995. (9) WEMELSFELDER, F., "The concept of animal boredom and its relationship to stereotyped behaviour" in : Lawrence, A.B. & Rushen, J. (Éds). Stereotypic Animal Behaviour. Fundamentals and Applications to Welfare. CAB International, U. K.,1993. (10) ZECCHINI Alain, Les animaux sauvages peuvent-ils rester 'naturels' ?, in Le Courrier de l'environnement n°46, INRA. juin 2002 (11) FISCHBACHER M., SCHMID H., 1999. Feeding Enrichment and Stereotypic Behavior in Spectacled Bears. Zoo Biology, 18, 363-371. (12) SCHWAMMER Harald Dr, PECHLANER Helmut Dr, GSANDTER Hermann, BUCHL-KRAMMERSTATTER Dr, Guidelines for keeping of wild animals in circuses, Vienne 1996.
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