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Un questionnement éthique

Il nous paraît étonnant qu'au 21ème siècle un tel débat soit encore utile tant l'annihilation de l'animal dans les cirques paraît évidente, si évidente que de nombreux enfants s'en émeuvent naturellement. Comment en effet invoquer l'amour de l'animal lorsqu'on lui impose un enfermement permanent dans 3 à 4 m2 carrés ? en ne lui permettant pas d'exprimer ses comportements les plus fondamentaux ? en lui imposant des postures contre-nature ?  
Comment parler de protection de l'espèce, alors même que ces présentations banalisent la chosification de l'animal et qu'aucun des animaux ne pourra retrouver la liberté ?   Comment prétendre à une éducation de l'enfant en lui présentant un animal arraché à son environnement et présentant des comportements atypiques ?


Violence

L'animal en pis te est présenté sous l'angle exclusif de sa soumission à l'homme. Les félins feulent face à un dompteur qui joue de son fouet, offrant le spectacle trompeur de la maîtrise du monde sauvage, alors que le dresseur d'éléphant derrière une apparente volubilité plie l'éléphant à son bon vouloir.


Tigre - cirque Diana Moreno Bormann

Chaque numéro vise à démontrer une suprématie de l'homme sur la bête qui exécute les numéros les plus ridicules : ours sur une mobylette, éléphant faisant le poirier, singes en tutu... La coercition de l'animal pour l'exécution de ces tours est en soit une violence. L'ankus (pique) et le fouet utilisés lors des séances de dressage ne sont que les accessoires de cette brutalité.   Afin de gommer toute connotation coercitive, les gens du cirque utilisent de plus en plus le terme d'éducateur plutôt que de dresseurs.

Anthromorphisme et anthropocentrisme

 

4 Ours bruns dans une jeep - Dietzel, 2005

Le cirque est le royaume de l'anthropomorphisme par excellence  :on affuble les animaux d'attributs humains (robe, tutu, cigarette, verre...), de positions humaines (assis, debout...) ou d'intentions humaines (défilés, applaudissements...) tout en imposant une domination écrasante de l'homme sur l'animal.

C'est un paradoxe qui montre à quel point l'animal est utilisé comme un objet et non pour ce qu'il est.


On ne le présente pas, on le travestit, on l'asservit, le transformant ainsi en un « animal de cirque », comme s'il existait par essence des « races d'animaux de cirque » !

 

Une détention contraire «aux besoins physiologiques»

Chaque animal a besoin de développer une palette de comportements liés aux besoins de son espèce : comportement social, antagoniste, maternel, alimentaire, sexuel, locomoteur, territorial...

Les signes de bien être ou de mal être peuvent être interprété à partir du répertoire comportemental de l'animal selon qu'il est en adéquation ou non avec celui de l'espèce. «  Les animaux expriment le bien être en faisant preuve de modes de comportement correspondant à leur répertoire comportemental. Inversement cela signifie que le mal être peut être défini comme l'absence de ces éléments de comportement (2)».

Ainsi des activités (et le temps qui leur est imparti) telles que le toilettage, les interactions sociales, le marquage du territoire, les déplacements (sauter, courir), l'exploration, le grattage du sol, les bains de boue ou de poussière, le repos ...sont autant d'éléments permettant d'évaluer le bien être ou mal être d'un animal.

La détention artificielle telle qu'elle est pratiquée dans les cirques conduit à la restriction de ces comportements spécifiques. La constitution d'un groupe social est également le plus souvent difficile, soit du fait de l'absence de congénères, soit du fait de l'exiguïté, des attaches mais aussi du stress.

Lions - cirque Roger Lanzac

Ainsi, le caractère itinérant des cirques, qui implique des déplacements continuels, peut avoir des «  conséquences extrêmement néfastes (3)» :

•  Le stress, qui peut être cause de peur, surtout pendant le transport et le déchargement.

•  Des changements perpétuels des lieux de séjours induisent un « terrain de chasse » constamment remis en question.

•  Des milieux toujours différents, notamment au niveau du climat, de la température, les odeurs et de tous les autres paramètres de l'environnement.

29 juillet 2007 - Bretagne : lndra l'éléphante chute a 10 m en contrebas de la RN12 .

C'est vers 9h sur la voie express Brest - Rennes, qu'un camion de 38 tonnes et le semi-remorque de 11 tonnes, avec Indra enfermée dedans, ont quitté la route plongeant à 10 mètres en contrebas.

On imagine aisément la panique et la violence du choc subi par le pachyderme, qui lui n'a pas de ceinture de sécurité... La conductrice du véhicule a été conduite à l'hôpital alors qu'Indra a été extraite du camion par le toit. Celle-ci a été transférée dans un autre camion pour regagner Plouaret, où le cirque se produit....

24 juillet 2007 - Saint-Quay Portrieux en Côte d'Armor - Le camion des fauves sur le toit.

Suite à un problème d'essieu, un camion du cirque Pinder se serait retrouvé sur le toit avec 2 lionnes (Zully et Ruffy) et 1 lion (Patcha) à son bord. Selon le Télégramme, les 3 félins ne se produiraient plus en public, vu leur âge.

Les espèces sauvages ont un moindre potentiel d'adaptation que les espèces domestiques face à une variation des facteurs environnementaux (physique, biologique et social). Ainsi « la privation de certains aspects de l'environnement met les animaux dans des états qu'ils expérimentent comme souffrance.(4) »

Les systèmes de détention ont tendance à mener à des privations de stimuli conduisant à l'apathie physique (dépression, passivité et soumission) accompagnée de déviances du comportement et même de névroses (5).

Les stéréotypies qui «  sont des répétitions des mêmes actes, sans grandes variations et sans fonctions ni buts apparents (6) » sont une des manifestations visibles de ces déviances comportementales.

Elles visent par exemple à se substituer à   :

•  l'absence de stimuli externes (rares en captivité)

•  l'impossibilité d'établir une distance de fuite face aux agressions externes (environnement sans cesse nouveau, regard, odeur, sons, infrasons ...)

•  l'absence de phase de recherche, de maîtrise et de capture de la nourriture.

•  l'impossibilité de réagir par la fuite ou l'attaque.

•  l'impossibilité d'approche d'un espace, d'un objet, d'un congénère...

  Lionne - cirque Anthony Zavatta

Ces stéréotypies , qu'elles soient de type déambulatoire (principalement chez les félins) ou caractérisées par un balancement permanent de la tête (éléphants, ours...), sont les «  manifestations d'un échec à s'adapter de façon appropriée, et peuvent donc acquérir valeur de critère pour l'adéquacité des environnements d'hébergement au long cours pour les animaux (7).», ils sont les «  marqueurs des états de mal être chroniques (8)» et peuvent même représenter le «  signe manifeste d'une souffrance chronique de l'animal et d'une diminution de son bien-être (9)».

On trouve également comme autres troubles du comportement le léchage à outrance (primates), des rejets par leur mère de leurs progénitures après la mise bas (félins) ou l'automutilation.

Afin de répondre à ces déviances, les parcs zoologiques ont développé le concept d'enrichissement qui vise à «  améliorer l'environnement physique, social et psychologique de l'animal (10)  ». Cet enrichissement inclut des aménagements des enclos et des cages, une complexification de l'espace disponible afin d'inciter à la découverte, les stimulations dans la recherche de la nourriture, etc.

Macaque enchaîné et édenté - cirque Jeanne Fratellini (photo Vpsj)

Mais malgré tous ces efforts , l'enrichissement matériel ne semble pas suffisant pour compenser l'artificialisation du territoire. Ainsi malgré «  l'amélioration significative de l'enclos et de l'alimentation des ours du zoo de Zürich, en particulier, est restée sans effet sur leurs stéréotypies (11).  »

Un tel enrichissement ne peut du fait de la configuration des cirques (mobilité, restriction de l'espace, environnement changeant...) réellement améliorer la condition de ces animaux. Les zoologues du zoo de Vienne concluent sans détour qu' «  il est tout à fait impossible de détenir des animaux sauvages dans des cirques d'une façon qui soit en accord avec les besoins de chaque espèce (12)  ».


(2 & 3) SCHWAMMER Harald Dr, PECHLANER Helmut Dr, GSANDTER Hermann, BUCHL-KRAMMERSTATTER Dr, Guidelines for keeping of wild animals in circuses, Vienne 1996.

(4) VAN ROOJEN, "Impoverished environments and welfare" in Applied Animal Behaviour Science12, 1984, p.3-13.

(5)SCHWAMMER Harald Dr, PECHLANER Helmut Dr, GSANDTER Hermann, BUCHL-KRAMMERSTATTER Dr, Guidelines for keeping of wild animals in circuses, Vienne 1996.

(6) ZECCHINI Alain, Les animaux sauvages peuvent-ils rester 'naturels' ?, in Le Courrier de l'environnement n°46,   INRA. juin 2002

(7) BRIDE Mc, GLEN & CRAIG, J.V., « Environmental design and its evaluation for intensively housed animals» in Bresard B., 1985.

(8) HANNIER I., in le point vétérinaire vol.26 n°165, février 1995.

(9) WEMELSFELDER, F., "The concept of animal boredom and its relationship to stereotyped behaviour" in : Lawrence, A.B. & Rushen, J. (Éds). Stereotypic Animal Behaviour. Fundamentals and Applications to Welfare. CAB International, U. K.,1993.

(10) ZECCHINI Alain, Les animaux sauvages peuvent-ils rester 'naturels' ?, in Le Courrier de l'environnement n°46,   INRA. juin 2002

(11) FISCHBACHER M., SCHMID H., 1999. Feeding Enrichment and Stereotypic Behavior in Spectacled Bears. Zoo Biology, 18, 363-371.

(12) SCHWAMMER Harald Dr, PECHLANER Helmut Dr, GSANDTER Hermann, BUCHL-KRAMMERSTATTER Dr, Guidelines for keeping of wild animals in circuses, Vienne 1996.


 

 

 
Sommaire
Historique >>

3 types de cirques >>

Un état des lieux (2006 - 2008) >>

Un questionnement éthique >>

Une détention contraire aux besoins physiologiques >>

Un dressage coercitif et contre-nature >>

Analyse comparative de quelques espèces >>

Législation >>

Perspective >>

Proposition commune >>

Bibliographie >>

 

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A lire : "Les animaux, malades du cirque ou l'esclavage itinérant" version Pdf >>

 

 
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